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Un homme accompli n'a rien d'un homme fini (AD)
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Le journal d'un fou d'art
Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.
XXIIIème Chapitre
Courtage rime souvent avec courage
01 Février 2005 |
Cet article se compose de 4 pages.
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Epris de vitesse, Ollier venait juste de sortir indemne d'un terrible crash qui avait causé la destruction de son 4 x 4 BMW, ce qui lui avait dire qu'il était un miraculé bénéficiant d'une seconde vie sans imaginer qu'il n'avait eu droit qu'à un bref sursis. Il aurait simplement suffi d'un seul dixième de seconde pour que l'antiquaire échappe à l'incroyable accident dont il a été victime mais, cruelle, la fatalité a voulu que sa voiture circulant sur une autoroute près de Marbella soit écrasée par un véhicule tombé d'une bretelle surplombant la voie sur laquelle elle roulait. Certains antiquaire du quai ont subitement constaté avec angoisse que traviole qui veut dire de travers était l'anagramme de Voltaire... Samedi 12 mars 2005, promenade au marché de Vanves sous une averse de grêle pour finalement ne rien voir de valable. Dans un café, un marchand de Saint-Ouen m'a raconté une anecdote amusante concernant une visite qu'il avait faite il y a quelques années chez un particulier désireux de vendre des biens de famille. « Ce type voulait vendre une sculpture de Saint Christophe datant du XVIIe siècle et un lustre magnifique mais il m'avoua un tantinet embarrassé que ces pièces étaient inscrites dans l'inventaire d'une succession dont il n'était pas le seul bénéficiaire », a dit le marchand. Ayant un terrible besoin d'argent, le particulier suggéra alors au marchand de trouver une sculpture de Saint Christophe et un lustre à 36 bras de lumière pour remplacer ces pièces figurant dans la succession. Ce dernier se rendit donc dans un magasin d'articles religieux où il dénicha un saint en plâtre peint avant de se mettre en devoir de faire fabriquer en province un lustre en métal ayant quelque ressemblance avec l'original. Mesurant 70 cm de moins que sa représentation en bois polychrome, le Saint Christophe fit pourtant l'affaire car sa dimension n'avait pas été mentionnée dans l'inventaire de la succession. Par contre, le particulier tiqua en voyant le lustre du fait qu'il y avait été décrit comme doré. « Il se mit à réfléchir un moment avant de s'écrier qu'il suffirait simplement de le peindre. Chose dite, chose faite, il passa la nuit à couvrir le lustre à l'aide d'une bombe de peinture dorée et le résultat fut finalement à la hauteur de ses espérances puisque le partage de la succession se fit ensuite sans anicroche », a ajouté le marchand un brin hilare. On peut se douter qu'en matière de succession, les trucages d'inventaires de la part d'héritiers peu scrupuleux ne sont pas du domaine de l'impossible pour peu que les objets y figurant soient décrits sommairement.
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Mercredi 2 février 2005, le marché de l'art parisien a continué à tourner au ralenti, englué comme jamais dans la sinistrose. A l'Hôtel Drouot, les rares bonnes pièces présentées en vente ont été arrachées à des prix plutôt fous par des amateurs affamés. Et pourtant, depuis quelques mois, les ventes en privé de tableaux exceptionnels n'ont jamais été aussi nombreuses. Et pour cause, ceux-ci peuvent rapporter des plus-values de 10% l'an, bien plus que la caisse d'épargne, les comptes bancaires rémunérés ou la Bourse, où les titres sont restés toujours aussi volatiles. Ces transactions sont en général réalisées par des courtiers en relation avec les plus grosses fortunes de la planète et ce, dans un contexte qui dépasse l'imagination car le circuit des ventes de gré à gré est semé d'incroyables embûches propres à faire passer un classique parcours du combattant pour une simple virée à Disneyland. D'habitude, les choses se passent de la manière suivante : un collectionneur désire se séparer par exemple de son Picasso acheté 3 millions de dollars il y a une dizaine d'années. Cherchant à en obtenir un bénéfice substantiel, il contacte donc un courtier bien en vue pour le vendre à 4 millions de dollars. Ce dernier, qui compte toucher une bonne commission, le propose alors à d'éventuels acheteurs à un prix de départ de 4,5 millions de dollars. Bien entendu, le vendeur tient à ce qu'une totale discrétion préside aux négociations qui vont suivre mais le plus souvent, la mécanique finit par s'emballer une fois que le dossier relatif au tableau à vendre est transmis à un acheteur éventuel car ce dernier risque de le faire circuler pour diverses raisons. En effet, si l'œuvre en question ne l'intéresserait pas personnellement, l'idée pourrait lui venir de gagner de l'argent au passage en la proposant à d'autres amis collectionneurs susceptibles de l'acheter de leur côté. Si les choses se passent ainsi, et c'est souvent le cas, d'autres petits malins s'approprieront ce fameux dossier en se faisant passer pour les intermédiaires directs du vendeur et au fil des semaines, celui-ci circulera un peu partout accompagné d'un prix de vente encore plus conséquent que celui demandé par le véritable mandataire de la vente. Au bout du compte, il arrive bien souvent qu'un vendeur, connu pour acheter des œuvres de grands maîtres, se voit proposer le tableau qu'il a lui-même mis en vente ! Les collectionneurs – qui sont souvent des spéculateurs- cherchent des pièces inédites sur le marché, en général des tableaux qui ne sont pas sortis d'une collection ou qui ne sont pas passés dans une vente publique depuis fort longtemps. Une toile vendue chez Christie's ou Sotheby's depuis moins de huit ans, a donc peu de chances de les intéresser. A première vue, on peut donc croire qu'un tableau resté durant plus d'une dizaine d'années dans des mains privées a ainsi toutes les chances d'être facilement vendu mais si son dossier se met à tourner durant des mois d'un courtier à l'autre, les éventuels acheteurs finissent par le considérer comme grillé sur le marché. Pour qu'une transaction soit menée à bien, il est nécessaire que le candidat à l'acquisition d'un tableau fournisse une lettre d'intention d'achat et une évidence bancaire. L'étape suivante consiste à lui montrer le tableau, en général chez un transitaire ou au port franc de Genève où il a été déposé. S'il est satisfait de sa visite, il effectue ensuite un virement et une fois l'argent encaissé, l'œuvre lui est livrée. Il arrive cependant qu'en manifestant son intention d'acheter une toile importante, un acheteur éventuel s'amuse simplement à la bloquer parce qu'en même temps, il est en train de négocier l'acquisition d'une œuvre similaire et qu'il a besoin d'un certain délai de réflexion pour se décider en faveur de l'une ou de l'autre. Il se peut même qu'il cherche déjà à revendre la toile avant de l'avoir achetée ou qu'il tente de se passer des services du courtier pour négocier directement avec le propriétaire et gagner 5 ou 10% sur le prix qui lui a été demandé. Chaque mois, ce sont pas moins de 40 œuvres de Picasso, 20 de Modigliani, de Renoir, Monet ou Matisse ou 5 encore de Pissarro, de Sisley, Gauguin, Van Gogh, Braque, Giacometti, de Staël, Moore ou Bacon qui sont proposées dans des ventes privées. Parmi celles-ci, une dizaine à peine trouveront des preneurs au terme d'un véritable travail d'Hercule effectué par chaque courtier pour mener une transaction à bien. Il existe près d'une centaine de courtiers bien introduits sur le marché mais leur taux de réussite est somme toute assez faible alors que ceux qui parviennent à vendre plus de cinq œuvres par an ne sont qu'une poignée. Inutile de dire que pour s'instituer courtier il faut connaître la peinture, avoir des relations et de l'expérience, savoir être patient pour conclure une affaire à et avoir une force mentale à toute épreuve pour envoyer balader les parasites et dialoguer avec des acheteurs parfois très enquiquinants, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Maintenant, pourquoi des collectionneurs préfèrent-ils le circuit des ventes privées plutôt que de vendre leurs œuvres aux enchères ou directement à des galeries ? Tout simplement parce qu'une vente chez Sotheby's ou Christie's implique des frais, qu'elle peut être aléatoire car si une œuvre reste invendue, elle ne pourra plus intéresser d'autres collectionneurs avant longtemps alors que négocier une vente auprès d'une galerie, qui cherchera à réaliser un écart sur la revente de l'oeuvre, aboutit souvent à un marchandage fatigant quant au prix demandé. Par contre, une vente en privé offre des avantages évidents car d'une part, un vendeur se contente de laisser un courtier mener d'âpres négociations à sa place alors que d'autre part, il peut avoir la possibilité d'obtenir qu'une transaction soit réalisée en toute discrétion à Genève ou dans un autre paradis fiscal. Samedi 5 février 2005, rien de spécial le matin de bonne heure au marché de Vanves. Par contre, en se permettant d'y flâner jusqu'à midi, Chester Fielx a fini par mettre la main sur des aquarelles et pastels de Maufra, Boudin, Cross et Jongkind. A 200 euros pièce, ce diable de Luxembourgeois a réussi un petit coup d'enfer plutôt rare en cette période de misère.
Mercredi 9 février 2005, un tableau du peintre expressionniste anglais Lucian Freud représentant le mannequin Kate Moss allongée nue enceinte a été vendu par Christie's à Londres pour 3,93 millions de livres sterling (environ 5,8 millions d'euros).Mieux même, l'artiste a été crédité au cours de cette vente d'une enchère record de 4,15 millions de livres sterling pour un portrait montrant son ami Tim Behrens titré" Red Haired man on a chair" de 1962-63, deux scores faramineux qui ont une nouvelle fois confirmé que le petit-fils du célèbre psychanalyste Sigmund Freud était bien le peintre vivant le plus cher d'Europe. Influencé par l'oeuvre de son grand-père en matière de psychanalyse, Lucian Freud fut attiré par le Surréalisme au début de sa carrière avant d'être influencé par les expressionnistes allemands Georg Grosz et Otto Dix. Il a souvent peint des nus et des portraits avec plutôt le désir de mettre en évidence les défauts physiques de ses modèles en cherchant par là à pousser très loin l'observation psychologique et ce, dans le but manifeste de déranger. "Je veux que ma peinture fonctionne comme la chair... Pour moi, la peinture est la personne. Je veux qu'elle fasse sur moi-même le même effet que la chair", a-t-il précisé un jour pour expliquer pourquoi il peignait sans complaisance des corps ingrats représentés dans des postures passives ou des personnages fatigués ou vieillissants. Âgé de 82 ans, Lucian Freud a fui la beauté pour aller vers la vérité et le temps qui passe en s'attachant surtout à traduire la lente dégradation physique d'un individu tout en conférant au corps une expression égale à celle d'un visage. Pour saisir ainsi un instant d'humanité, l'artiste a mis instinctivement l'accent sur les imperfections physiques de ses modèles en montrant donc la chair dans ce qu'elle a de moins séduisant pour ne pas travestir la réalité. C'est percutant et émouvant à la fois car le spectateur est amené immédiatement à s'interroger sur sa propre déchéance. Au bout du compte, il n'y a que sa cote sur le marché qui ne risque pas de devenir décrépie. Dans " Naked portrait" peint en 1982, Kate Moss, considérée comme l'archétype de la beauté par les grands couturiers, est montrée nue, avachie, la tête reposant sur un oreiller, les yeux dans le vague, le visage fatigué, les seins lourds et le ventre rebondi dans une position plutôt inconfortable qui semble démontrer sa réticence à s'accepter telle qu'elle est, c'est à dire dans un état de future mère et non plus dans celui, éphémère, de top model. Vendredi 11 février 2005,le marché aux puces de Saint-Ouen a plus que jamais ressemblé à une ville morte alors que les prix ont flambé lors des ventes aux enchères de tableaux modernes et contemporains organisées durant la semaine écoulée à Londres. A Paris, l'atmosphère a été aussi des plus lugubres à l'Hôtel Drouot où les amateurs sont restés sur leur faim. Que ce soit dans la capitale ou en province, les marchands ont eu du mal à joindre les deux bouts et à trouver de la bonne marchandise. Résultat : les cessations d'activité se sont multipliées sous l'effet d'une crise qui n'a pas fini de s'amplifier tandis que le marché n'a continué à fonctionner qu'à travers les ventes de pièces exceptionnelles. Mercredi 16 février 2005, les principaux acteurs du marché de l'art n'ont guère été surpris d'apprendre à la lecture d'un bref article paru dans "Le Figaro" le départ de François Tajan de la société de vente Tajan SA, rachetée en 2003 au groupe LVMH par la femme d'affaires américaine d'origine roumaine Rodica Seward. Dès le rachat de sa société par LVMH, Jacques Tajan avait vu sa marge de manoeuvre se réduire considérablement tout en croyant assurer sa succession en confiant les rênes de celle-ci à son fils François alors que lui-même se trouvait sur la sellette après avoir été accusé d'avoir truqué le procès-verbal de la vente de la succession Giacometti, ce qui lui avait valu une comparution en justice propre à écourter sa carrière. Destabilisé par le procès qui lui a été intenté tout autant que par la prise de contrôle de Tajan S.A par Rodica Seward, une femme au caractère bien trempé et aux idées bien arrêtées, Jacques Tajan avait annoncé sa retraite à la fin de l'année 2004 avec toutefois l'intention de tenir le marteau lors de quelques ventes de prestige tout en nourrissant surtout l'espoir de voir son fils François continuer à diriger la société de vente en perpétuant son oeuvre. Las, François Tajan n'a pas pesé lourd face à la tempétueuse femme d'affaires qui, d'après le quotidien, n'a plus voulu d'une société familiale et lui a souhaité dans un communiqué laconique le meilleur succès dans ses futures activités. Ce congédiement rapporté par "Le Figaro" a fait l'effet d'un couperet de guillotine mais force est de constater que les rejetons des ténors du marteau ont pour la plupart eu le plus grand mal à se mettre au niveau de leurs glorieux paternels, ce qui néanmoins s'est également vérifié dans d' autres professions en vue. Au bout du compte, la dynastie des Tajan, comme au temps des empereurs romains, n'a pas survécu au changement, à la conjoncture ou aux intrigues. Subitement privé de l'aile protectrice de son père, François Tajan ne semble malheureusement pas avoir eu les épaules assez larges ni la forte personalité de ce dernier pour s'opposer à la toute puissance de sa redoutable patronne. En fait, la race des grands commissaires-priseurs amoureux de leur métier est en train de s'éteindre pour ne plus laisser la place qu'à des officiers ministériels zélés aux ordres de groupes financiers avant tout obnubilés par la notion de profit. Charmeur, élégant, raffiné, intelligent mais aussi mégalomane, Jacques Tajan en était un des derniers représentants. En subissant en outre l'incommensurable handicap de ne pouvoir donner son nom à une autre société de vente, son fils se retrouvera désormais confronté à l'énorme défi de reconstruire sa carrière. La rumeur a couru qu'il irait faire la preuve de son talent de priseur en Belgique ou qu'il rejoindrait le groupe dirigé par Pierre Bergé, comparé par certains commissaires-priseurs à un petit Napoléon des affaires. Pierre Bergé a dû d'ailleurs ressentir ses oreilles tinter lorsqu'on a parlé de lui lors d'un dîner mondain copieux en potins organisé à Paris le jeudi 17 février. A cette occasion, Christophe Girard, responsable de la culture à la Mairie de Paris, n'a pas apprécié le jugement peu amène que celui-ci avait porté il y a peu à son égard en susurrant qu'il n'allait pas recevoir de leçon de la part de quelqu'un qui avait loupé son Baccalauréat. Assurément, ces deux là sont loin d'être copains mais vu sa belle réussite comme entrepreneur, Bergé n'a probablement que faire des ragots colportés dans son dos.
Vendredi 25 février 2005, temps glacial à Saint-Ouen où plus d'un marchand a eu l'occasion de se plaindre de la mauvaise marche de leurs affaires. L'un d'eux a raconté d'une voix dépitée à un collègue qu'il avait pris la claque de sa vie en essayant de vendre une partie de son stock de meubles à l'Hôtel Drouot. «J'ai envoyé à Drouot un camion entier de meubles et d'objets mais lors de la vente, les enchères sont restées en rade à 200 euros pour des commodes que j'avais payées entre 2 000 et 3 000 euros. Au bout du compte, je n'ai réussi à vendre qu'un lustre pour 150 euros. Autant dire que j'en ai fini avec les meubles », a-t-il indiqué en faisant une mine de dégoûté. En fait, le marché parisien n'a pas cessé de s'enfoncer dans la morosité alors que le niveau des ventes organisées à Drouot n'a jamais été aussi bas. La crise économique, la hausse du taux de chômage, le manque d'appétit des acheteurs, la raréfaction des pièces exceptionnelles et les changements de goûts des Français ont ainsi fait reculer la perspective de jours meilleurs. Heureusement pour le marché, il reste encore des gens riches pour lui redonner parfois des couleurs à l'occasion de ventes intéressantes. Dans l'après-midi, Jacques Tajan a été condamné en justice à une amende de 10 000 euros après avoir été soupçonné de détournement de fonds à l'issue de la vente de la succession Giacometti à Drouot en 1994 tout en étant accusé d'avoir falsifié le procès verbal de cette vacation. Jacques Tajan s'en est relativement bien sorti car le ministère public avait réclamé une peine de prison avec sursis à son encontre lors de son réquisitoire. De son côté, l'ancien ministre des affaires étrangères Roland Dumas, poursuivi pour abus de confiance dans cette affaire, a échappé à une condamnation après que le tribunal ait estimé que les faits qui lui étaient reprochés étaient trop anciens pour être jugés. Mardi 1er mars 2005, on a appris que 42 tableaux, dont un Corot, appartenant au conseil général de Seine-Maritime avait purement et simplement disparu. Ces disparitions ont été constatées dans le cadre des audits réalisés par la nouvelle équipe de gauche qui avait pris le département à la droite en 2004. On peut imaginer que les tableaux ont été emportés lorsque l'ancienne équipe dirigeante a déménagé ses archives des bureaux du conseil général. L'enquête de la police judiciaire de Rouen servira peut-être à découvrir par qui. Cela posé, ce genre d'affaire n'est pas unique en France puisque sur plus de 110 000 œuvres d'art laissées en dépôt par le Patrimoine dans diverses administrations près de 12 000 d'entre elles se sont volatilisées. Elles n'auront vraisemblablement pas été perdues pour tout le monde. Vendredi 4 mars 2005, l'artiste Gunter Von Hagens qui a organisé des expositions très controversées réalisées à partir de restes humains et d'animaux, a refait parler de lui en annonçant son intention d'ouvrir un centre destiné à embaumer les corps dans la petite ville de Sieniawa Zarska, en Pologne. Ce projet a déclenché un tollé après qu'on ait appris que le père de Von Hagens, aujourd'hui âgé de 89 ans et accessoirement son agent en Pologne, avait été un officier nazi durant la Seconde Guerre Mondiale. En attendant, les expositions macabres de son rejeton ont déjà attiré plus de 16 millions de visiteurs à travers le monde, à croire que le morbide fait plutôt recette. Vendredi 11 mars 2005, la foire internationale de Maastricht a été d'un bon cru grâce au retour des acheteurs américains longtemps absents du marché européen. Leur présence a constitué un signe encourageant pour le marché européen englué dans une crise sans précédent et qui n'a fonctionné qu'à travers les ventes d'œuvres exceptionnelles. Pour les pièces courantes, les ventes plutôt rimé avec Bérézina. En fait, quoiqu'on veuille, c'est New York qui a continué à tenir le haut du pavé loin devant Londres concernant les ventes majeures d'œuvres de stars du marché comme Van Gogh, Picasso, Modigliani, Pollock, Rothko, Warhol, de Kooning, Basquiat, Lucien Freud, Damien Hirst, Maurizio Cattelan ou Jeff Koons alors qu'à Paris, les maisons de vente ayant réussi à enregistrer un chiffre d'affaires supérieur à 40 millions d'euros en 2004 n'ont été qu'une poignée. Depuis le mois de décembre 2004, le marché parisien s'est endormi au gré de ventes sans intérêt. Pour le reste, on a enregistré une percée du marché asiatique grâce à l'émergence des nouveaux riches chinois qui s'intéresseront peut-être aux Impressionnistes et aux artistes modernes d'ici l'an 2010. Dans la matinée, le grand marchand du quai Voltaire Jacques Ollier, mort tragiquement en Espagne deux semaines auparavant, a été accompagné à sa dernière demeure par sa famille et ses amis.
Epris de vitesse, Ollier venait juste de sortir indemne d'un terrible crash qui avait causé la destruction de son 4 x 4 BMW, ce qui lui avait dire qu'il était un miraculé bénéficiant d'une seconde vie sans imaginer qu'il n'avait eu droit qu'à un bref sursis. Il aurait simplement suffi d'un seul dixième de seconde pour que l'antiquaire échappe à l'incroyable accident dont il a été victime mais, cruelle, la fatalité a voulu que sa voiture circulant sur une autoroute près de Marbella soit écrasée par un véhicule tombé d'une bretelle surplombant la voie sur laquelle elle roulait. Certains antiquaire du quai ont subitement constaté avec angoisse que traviole qui veut dire de travers était l'anagramme de Voltaire... Samedi 12 mars 2005, promenade au marché de Vanves sous une averse de grêle pour finalement ne rien voir de valable. Dans un café, un marchand de Saint-Ouen m'a raconté une anecdote amusante concernant une visite qu'il avait faite il y a quelques années chez un particulier désireux de vendre des biens de famille. « Ce type voulait vendre une sculpture de Saint Christophe datant du XVIIe siècle et un lustre magnifique mais il m'avoua un tantinet embarrassé que ces pièces étaient inscrites dans l'inventaire d'une succession dont il n'était pas le seul bénéficiaire », a dit le marchand. Ayant un terrible besoin d'argent, le particulier suggéra alors au marchand de trouver une sculpture de Saint Christophe et un lustre à 36 bras de lumière pour remplacer ces pièces figurant dans la succession. Ce dernier se rendit donc dans un magasin d'articles religieux où il dénicha un saint en plâtre peint avant de se mettre en devoir de faire fabriquer en province un lustre en métal ayant quelque ressemblance avec l'original. Mesurant 70 cm de moins que sa représentation en bois polychrome, le Saint Christophe fit pourtant l'affaire car sa dimension n'avait pas été mentionnée dans l'inventaire de la succession. Par contre, le particulier tiqua en voyant le lustre du fait qu'il y avait été décrit comme doré. « Il se mit à réfléchir un moment avant de s'écrier qu'il suffirait simplement de le peindre. Chose dite, chose faite, il passa la nuit à couvrir le lustre à l'aide d'une bombe de peinture dorée et le résultat fut finalement à la hauteur de ses espérances puisque le partage de la succession se fit ensuite sans anicroche », a ajouté le marchand un brin hilare. On peut se douter qu'en matière de succession, les trucages d'inventaires de la part d'héritiers peu scrupuleux ne sont pas du domaine de l'impossible pour peu que les objets y figurant soient décrits sommairement.
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