Je ne conteste nullement l'idée de défendre l'œuvre d'un peintre mais le fait de toucher des droits (plus de 120 millions d'euros par an pour les héritiers Picasso) sur ce qu'il a produit durant sa carrière ne devrait pas conduire à une dictature crasse concernant la diffusion des images à partir du moment où leur utilisation ne portent pas atteinte à la mémoire de ce dernier. Ces droits, qui courent sur une période de 70 ans suivant la mort d'un artiste, ne rapportent cependant pas grand chose aux héritiers d'artistes qui n'atteignirent pas la célébrité mais sont générateurs de profits fabuleux pour certains autres, lesquels n'ont pour la plupart jamais manifesté un quelconque talent pour peindre ou dessiner.
Les ayants-droit qui connaissent parfaitement les oeuvres des artistes ayant assuré confortablement leur avenir sont assez rares et il serait plutôt naturel de croire que les jackpots ainsi encaissés devraient les inviter à plus d'humilité et de magnanimité.
Il y a quelques années, j'avais publié l'image d'une boite de Campbell's soup pour évoquer Warhol, pas son œuvre mais l'étiquette originale du produit. A ma stupéfaction, on me réclama des droits au prétexte qu'il s'agissait d'une œuvre de l'artiste lequel avait en fait utilisé l'image de cette boite pour réaliser un tableau devenu mythique. Si je reproduisais demain une photo de la lune qui aurait été ensuite détournée par un artiste pour créer une œuvre, je risquerais ainsi de me voir réclamer des droits par celui-ci ou ses héritiers. Où allons-nous?
Bref, les ayants-droit deviennent de plus en plus enquiquinants en profitant d'héritages conséquents et en annexant abusivement la mémoire d'artistes célèbres du XXe siècle tout en n'aidant donc pas toujours à la promotion de leurs œuvres dans le bon sens. Dommage…
Dimanche après-midi, j'ai croisé à Saint-Ouen un marchand de tableaux marseillais qui m'a déclaré d'emblée être de plus en plus remonté contre certains ayants-droit et experts.
« Y en a marre ! Je n'essuie que des refus lorsque je veux faire authentifier des œuvres qui à mes yeux sont sublimes. A la longue, il faudra que je vienne avec un gros calibre pour finir par convaincre certains de ces experts à la gomme à mieux examiner ce que je leur présente», m'a-t-il dit d'un ton rageur.
Et de m'avouer qu'appartenant à une famille corse très connue dans l'Île de Beauté, il finirait par faire monter à Paris une partie de son clan pour mettre certains experts au pas…
« J'avais deux œuvres de très grands artistes offertes par ces derniers pour une fête annuelle du Parti Communiste à Marseille. Eh bien, ces fadas d'experts m'ont informé que celles-ci étaient fausses. Fausses ? Mon cul ! », a-t-il ajouté d'un air écoeuré.
Je ne puis dire si ce marchand marseillais a raison ou pas puisque je n'ai jamais vu les œuvres en question mais j'ai la sensation qu'un jour un drame finira par survenir lorsqu'un collectionneur excédé par l'attitude d'un expert perdra patience pour aller jusqu'à commettre l'irréparable. Je suis même surpris que cela ne soit pas déjà arrivé de par le monde tellement il y a de gens rendus furieux par des refus d'authentification.
Untel croit posséder un chef d'œuvre et on lui répond qu'il ne s'agit que d'une vulgaire croûte, ce qui néanmoins est souvent vrai mais parfois, le chef d'œuvre existe bel et bien mais il est rejeté sans que l'on comprenne pourquoi. J'avoue toutefois qu'être expert n'est guère un métier facile et qu'un homme seul peut se trouver confronté au doute mais il est pour le moins regrettable que certains spécialistes se refusent à authentifier des œuvres au prétexte qu'elles n'ont pas de provenance ou que les trombines de ceux qui les leur présentent ne leur dit rien qui vaille.
Bon, j'arrête de ratiociner car on va finir par me classer parmi les ennemis invétérés des experts alors que mon seul propos est d'être en droit de formuler des critiques lorsqu'elles sont parfaitement justifiées.