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« Quand la merde vaudra de l'or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus. » Henry Miller
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Le journal d'un fou d'art
Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.
XIVème Chapitre
Des héritiers enquiquinants
01 Mars 2002 |
Cet article se compose de 2 pages.
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Je ne conteste nullement l'idée de défendre l'œuvre d'un peintre mais le fait de toucher des droits (plus de 120 millions d'euros par an pour les héritiers Picasso) sur ce qu'il a produit durant sa carrière ne devrait pas conduire à une dictature crasse concernant la diffusion des images à partir du moment où leur utilisation ne portent pas atteinte à la mémoire de ce dernier. Ces droits, qui courent sur une période de 70 ans suivant la mort d'un artiste, ne rapportent cependant pas grand chose aux héritiers d'artistes qui n'atteignirent pas la célébrité mais sont générateurs de profits fabuleux pour certains autres, lesquels n'ont pour la plupart jamais manifesté un quelconque talent pour peindre ou dessiner. Les ayants-droit qui connaissent parfaitement les oeuvres des artistes ayant assuré confortablement leur avenir sont assez rares et il serait plutôt naturel de croire que les jackpots ainsi encaissés devraient les inviter à plus d'humilité et de magnanimité. Il y a quelques années, j'avais publié l'image d'une boite de Campbell's soup pour évoquer Warhol, pas son œuvre mais l'étiquette originale du produit. A ma stupéfaction, on me réclama des droits au prétexte qu'il s'agissait d'une œuvre de l'artiste lequel avait en fait utilisé l'image de cette boite pour réaliser un tableau devenu mythique. Si je reproduisais demain une photo de la lune qui aurait été ensuite détournée par un artiste pour créer une œuvre, je risquerais ainsi de me voir réclamer des droits par celui-ci ou ses héritiers. Où allons-nous? Bref, les ayants-droit deviennent de plus en plus enquiquinants en profitant d'héritages conséquents et en annexant abusivement la mémoire d'artistes célèbres du XXe siècle tout en n'aidant donc pas toujours à la promotion de leurs œuvres dans le bon sens. Dommage… Dimanche après-midi, j'ai croisé à Saint-Ouen un marchand de tableaux marseillais qui m'a déclaré d'emblée être de plus en plus remonté contre certains ayants-droit et experts. « Y en a marre ! Je n'essuie que des refus lorsque je veux faire authentifier des œuvres qui à mes yeux sont sublimes. A la longue, il faudra que je vienne avec un gros calibre pour finir par convaincre certains de ces experts à la gomme à mieux examiner ce que je leur présente», m'a-t-il dit d'un ton rageur. Et de m'avouer qu'appartenant à une famille corse très connue dans l'Île de Beauté, il finirait par faire monter à Paris une partie de son clan pour mettre certains experts au pas… « J'avais deux œuvres de très grands artistes offertes par ces derniers pour une fête annuelle du Parti Communiste à Marseille. Eh bien, ces fadas d'experts m'ont informé que celles-ci étaient fausses. Fausses ? Mon cul ! », a-t-il ajouté d'un air écoeuré. Je ne puis dire si ce marchand marseillais a raison ou pas puisque je n'ai jamais vu les œuvres en question mais j'ai la sensation qu'un jour un drame finira par survenir lorsqu'un collectionneur excédé par l'attitude d'un expert perdra patience pour aller jusqu'à commettre l'irréparable. Je suis même surpris que cela ne soit pas déjà arrivé de par le monde tellement il y a de gens rendus furieux par des refus d'authentification. Untel croit posséder un chef d'œuvre et on lui répond qu'il ne s'agit que d'une vulgaire croûte, ce qui néanmoins est souvent vrai mais parfois, le chef d'œuvre existe bel et bien mais il est rejeté sans que l'on comprenne pourquoi. J'avoue toutefois qu'être expert n'est guère un métier facile et qu'un homme seul peut se trouver confronté au doute mais il est pour le moins regrettable que certains spécialistes se refusent à authentifier des œuvres au prétexte qu'elles n'ont pas de provenance ou que les trombines de ceux qui les leur présentent ne leur dit rien qui vaille. Bon, j'arrête de ratiociner car on va finir par me classer parmi les ennemis invétérés des experts alors que mon seul propos est d'être en droit de formuler des critiques lorsqu'elles sont parfaitement justifiées.
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Samedi 16 mars, rien d'emballant au marché de Vanves où Chester Fielx a toutefois trouvé une aquarelle pointilliste de Lucie Cousturier représentant un bord de mer. Heureux veinard. Dans la soirée, détente au cinéma pour voir « Le Frère du Guerrier », un film finalement bien ficelé dont l'action se déroule au Moyen Age et montre un herboriste et son épouse boiteuse aux prises avec une bande de brigands. Je ne comprends pas certains critiques qui se sont montrés plutôt sévères envers le réalisateur Pierre Jolivet qui à mon sens a fait du bon travail comparable à une œuvre d'art. Les images sont sublimes, les personnages crédibles, les gestes vrais et l'histoire plutôt palpitante. Un film à ne pas manquer… Ce 17 mars, le Journal du Dimanche consacre un article à la dation Matisse montrée désormais au Centre Pompidou et qu'il faut voir absolument. Néanmoins, Matisse pose un problème pour les journalistes qui sont maintenant obligés de prendre des pincettes pour évoquer ce grand artiste à cause d'ayants droit tatillons qui veulent absolument avoir un droit de regard sur ce qu'ils écrivent à son sujet. Cette semaine, Christian Germak, rédacteur en chef de Art Gazette International (AGI) a justement fustigé l'attitude des héritiers Matisse tout en affirmant en signe de protestation qu'il s'abstiendrait dorénavant d'évoquer en long et en large toute exposition concernant cet artiste. Personnellement, je trouve les exigences de certains héritiers de grands peintres plutôt inquiétantes car, en voulant jouer les censeurs, ils font obstacle à la liberté d'informer. Ce jeudi, j'ai d'ailleurs eu l'occasion de discuter avec l'artiste Olivier Blanckart, ce prestidigitateur qui se met photographiquement en scène sous divers déguisements fort bien réussis, à tel point que certains clichés où il se montre successivement sous les traits de Warhol, Coluche, Joseph Bueys, Diego Rivera ou Balzac sont incroyablement trompeurs. Bref, celui-ci s'est insurgé contre les héritiers de Picasso qui exigeaient que certaines photos de ses œuvres ne soient pas placées en compagnie de celles d'autres artistes qui étaient susceptibles d'écorner l'image du grand peintre. Blanckart est pourtant loin d'aller dans l'outrance et je ne comprends pas pourquoi les héritiers de Picasso aillent ainsi s'arroger le droit de lui mettre des bâtons dans les roues. Je ne pense pas que Matisse ou Picasso auraient vraiment trouvé à redire au sujet de l'interprétation de leurs œuvres par d'autres artistes. L'ennui est que les héritiers de grands peintres se donnent un rôle tout puissant à protéger leur mémoire tout en cherchant à préserver leurs intérêts dérivant notamment du fameux droit de suite qui a malheureusement fait perdre à la France sa position dominante sur le marché de l'art.
Je ne conteste nullement l'idée de défendre l'œuvre d'un peintre mais le fait de toucher des droits (plus de 120 millions d'euros par an pour les héritiers Picasso) sur ce qu'il a produit durant sa carrière ne devrait pas conduire à une dictature crasse concernant la diffusion des images à partir du moment où leur utilisation ne portent pas atteinte à la mémoire de ce dernier. Ces droits, qui courent sur une période de 70 ans suivant la mort d'un artiste, ne rapportent cependant pas grand chose aux héritiers d'artistes qui n'atteignirent pas la célébrité mais sont générateurs de profits fabuleux pour certains autres, lesquels n'ont pour la plupart jamais manifesté un quelconque talent pour peindre ou dessiner. Les ayants-droit qui connaissent parfaitement les oeuvres des artistes ayant assuré confortablement leur avenir sont assez rares et il serait plutôt naturel de croire que les jackpots ainsi encaissés devraient les inviter à plus d'humilité et de magnanimité. Il y a quelques années, j'avais publié l'image d'une boite de Campbell's soup pour évoquer Warhol, pas son œuvre mais l'étiquette originale du produit. A ma stupéfaction, on me réclama des droits au prétexte qu'il s'agissait d'une œuvre de l'artiste lequel avait en fait utilisé l'image de cette boite pour réaliser un tableau devenu mythique. Si je reproduisais demain une photo de la lune qui aurait été ensuite détournée par un artiste pour créer une œuvre, je risquerais ainsi de me voir réclamer des droits par celui-ci ou ses héritiers. Où allons-nous? Bref, les ayants-droit deviennent de plus en plus enquiquinants en profitant d'héritages conséquents et en annexant abusivement la mémoire d'artistes célèbres du XXe siècle tout en n'aidant donc pas toujours à la promotion de leurs œuvres dans le bon sens. Dommage… Dimanche après-midi, j'ai croisé à Saint-Ouen un marchand de tableaux marseillais qui m'a déclaré d'emblée être de plus en plus remonté contre certains ayants-droit et experts. « Y en a marre ! Je n'essuie que des refus lorsque je veux faire authentifier des œuvres qui à mes yeux sont sublimes. A la longue, il faudra que je vienne avec un gros calibre pour finir par convaincre certains de ces experts à la gomme à mieux examiner ce que je leur présente», m'a-t-il dit d'un ton rageur. Et de m'avouer qu'appartenant à une famille corse très connue dans l'Île de Beauté, il finirait par faire monter à Paris une partie de son clan pour mettre certains experts au pas… « J'avais deux œuvres de très grands artistes offertes par ces derniers pour une fête annuelle du Parti Communiste à Marseille. Eh bien, ces fadas d'experts m'ont informé que celles-ci étaient fausses. Fausses ? Mon cul ! », a-t-il ajouté d'un air écoeuré. Je ne puis dire si ce marchand marseillais a raison ou pas puisque je n'ai jamais vu les œuvres en question mais j'ai la sensation qu'un jour un drame finira par survenir lorsqu'un collectionneur excédé par l'attitude d'un expert perdra patience pour aller jusqu'à commettre l'irréparable. Je suis même surpris que cela ne soit pas déjà arrivé de par le monde tellement il y a de gens rendus furieux par des refus d'authentification. Untel croit posséder un chef d'œuvre et on lui répond qu'il ne s'agit que d'une vulgaire croûte, ce qui néanmoins est souvent vrai mais parfois, le chef d'œuvre existe bel et bien mais il est rejeté sans que l'on comprenne pourquoi. J'avoue toutefois qu'être expert n'est guère un métier facile et qu'un homme seul peut se trouver confronté au doute mais il est pour le moins regrettable que certains spécialistes se refusent à authentifier des œuvres au prétexte qu'elles n'ont pas de provenance ou que les trombines de ceux qui les leur présentent ne leur dit rien qui vaille. Bon, j'arrête de ratiociner car on va finir par me classer parmi les ennemis invétérés des experts alors que mon seul propos est d'être en droit de formuler des critiques lorsqu'elles sont parfaitement justifiées.
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