Dans un articletitré « L'artiste maudit, c'est
fini » consacré au marché de l'art et notamment au domaine de l'art
contemporain, le journal belge « Le Soir »faisait le 27 décembre 2007 un bilan à
travers des interviews de Thierry Ehrmann, patron d'Artprice, et de Adrian
Darmon, créateur du site artcult, lesquels avaient des vues diamétralement
opposées concernant le risque d'une crise à venir.
A la
question de savoir ce qui se vendait le mieux sur le marché, Thierry Ehrmann
répondait : « A 51 %, des œuvres de moins de 1.000 euros »
alors que le créateur d'artcult rétorquait : "Ce qui se situeau-dessus de 10.000 euros " .
« Ce
marché de l'art ne va-t-il pas tomber malade, avec les problèmes financiers
mondiaux ? », leurdemandait
le journal.
« On
a atteint la surchauffe », signalait Adrian Darmon. « Tous
les achats d'aujourd'hui sont spéculatifs. Une œuvre d'art rapporte (à ce jour) 8 à 10 %
l'an. Tout dépend du dollar, du pétrole, des Bourses mais je crois qu'en juin
2008, le marché va fléchir. »
Thierry
Ehrmann n'était pas du tout d'accord : « Le thermomètre du marché, c'est le
nombre d'invendus. Lorsque le marché est très chaud, le nombre d'invendus
chute. Mais il reste le même depuis quatre ans, à 29 %. S'il y avait une vraie
spéculation, le marché s'effondrerait. Les spécialistes en économétrie
d'ArtPrice ne voient en tout cas rien qui trahit une surtension, un affolement,
une spéculation. »
N'empêche,
le nombre d'invendus a dépassé la barre des 65% dans les ventes aux enchères
depuis la fin du mois de septembre 2008, ce qui tend à donner tort à Thierry
Ehrmann. Il est même permis de croire que la crise qui a atteint désormais le marché de
l'art va durer des mois, voire des années.
« Le
Soir » s'extasiait aussi sur les résultats enregistrés pour des artistes
comme Damien Hirst ou Jeff Koons, ce qui faisait dire à Adrian Darmon :
« C'est de la folie pure, des gimmicks. Je ne comprends pas,
j'ai du mal. Ça dépasse l'entendement. »
Ainsi, ce dernier avait prédit la crise à plus de dix mois de distance après avoir fait une
multitude de constats sur le terrain, notamment parmi les brocanteurs et nombre
de galeristes qui se plaignaient déjà d'une chute de leurs chiffres d'affaires
alors que les analystes d'Artprice basaient leurs analyses sur les résultats (étonnants) des maisons
de vente lesquels procédaient en grande partie d'une intense spéculation due en
grande partie aux nouveaux riches russes et chinois et à certains traders
rendus euphoriques par d'énormes primes gagnées à travers leurs opérations
–plutôt hasardeuses- sur les marchés financiers.
La
dégringolade folle subie par les places boursières de la planète a créé une
panique générale pour avoir finalement des effets terriblement négatifs sur
l'économie réelle. Il va sans dire que le marché de l'art ne pouvait pas rester
longtemps à l'abri de ce véritable tsunami qui a eu pour origine la crise des
subprimes aux Etats-Unis pour ensuite submerger les marchés financiers et
boursiers. Dès lors, il n'a pas fallu être devin pour prédire que les riches
acheteurs venus se manifester sur le marché de l'art joueraient la prudence
après avoir vu leur portefeuille fondre comme neige au soleil en quelques
semaines. De plus, ceux qui ont encore des liquidités à leur disposition
vont être tentés de se refaire en achetant à bas prix des actions boursières.
Autant dire que le marché de l'art ne représente pas une priorité pour eux.
Depuis la
fin du mois de septembre, les maisons de vente ont enregistré des résultats
décevants, ce qui signifie que le marché de l'art est entré en récession du
fait que la situation économique n'a pas cessé de se dégrader partout dans le
monde.
Durant la
troisième semaine de vente à l'hôtel Drouot, le nombre d'invendus a souvent
dépassé les 80% alors que les lots adjugés ont tout juste atteint les prix de
réserve pour la plupart, ce qui représente un signe évident de la désaffection
des acheteurs. La crise est donc bien présente et n'est donc pas près de
cesser.
Pour
rappel, le chiffre d'affaires total du marché de l'art a atteint 100 milliards
de dollars l'an dernier, les Etats-Unis s'octroyant 46 % de ce marché ; le
Royaume-Uni, 27 % ; laFrance 6,4 % ;
la Chine, 5 % ; l'Allemagne, 3 %alors
que l' Italie,les Pays-Bas, et Belgique,
n'ont eu que 1 % chacun.