L'histoire des ateliers de la Ruche à Montparnasse est mise en images jusqu'au 10 mai 2009 au Palais Lumière d'Evian à la grande joie des admirateurs de l'Ecole dite de Paris qui regroupa nombre d'artistes étrangers du début des années 1940 jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale.
Ces ateliers furent créé dans un ancien pavillon de Gustave Eiffel installé pour les vins de Bordeaux lors de l'Exposition Universelle de 1900 puis remonté près de Montparnasse grâce à l'initiative du sculpteur Alfred Boucher qui y logea de nombreux artistes français ou étrangers, notamment Modigliani et Diego Rivera, et bien d'autres pour la plupart venus des pays de l'Est comme Pinchus Krémègne, Soutine, Marc Chagall, Epstein, Kikoïne, Archipenko, Zadkine, Chapiro ou Jacques Lipchitz.
Ce fut à la Ruche que bourdonnèrent tant d'artistes souvent désargentés qui furent à l'origine de l'Ecole dite de Paris, dite car elle ne représenta pas un mouvement particulier mais plutôt un groupement par affinités ethniques. Ces artistes travaillèrent librement avec un attrait pour la couleur et l'expressionnisme qui les différencièrent des peintres et sculpteurs français retournés après la Première Guerre Mondiale vers un académisme de bon aloi.
La Ruche fut un lieu d'échanges et de camaraderie, les artistes qui y logeaient étant restés des apatrides aux yeux des Parisiens qui d'abord les considérèrent avec amusement avant de les dénigrer à partir du moment où la presse devint franchement xénophobe avec la montée du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne.
Les deux grands artistes de la Ruche furent Chagall qui jusqu'en 1914 multiplia des oeuvres magnifiques rappelant sa jeunesse dans le shtetl et Soutine qui empesta l'endroit avec des carcasses de viande et de la volaille au point de risquer l'expulsion.
A Evian, l'histoire de la Ruche est revisitée à travers 250 peintures, sculptures, photos, installations et vidéos qui rappellent que les ateliers retrouvèrent une nouvelle vie après la Seconde Guerre Mondiale, si tragique pour nombre de ses précédents locataires, grâce à des artistes comme Rebeyrolle, André Barelier, Léonard Léoni, et d'autres avant que l'endroit ne soit menacé de démolition en 1967 puis sauvé par André Malraux quatre ans plus tard grâce à l'intervention énergique de Chagall, Jean Renoir ou Jean-Paul Sartre.
Abritant une soixantaine d'artistes, la Ruche est ainsi demeurée aussi bourdonnante que par le passé en étant désormais un des derniers chaînons encore visibles de l'antique gloire artistique de Paris, là où des milliers de peintres allèrent chercher la liberté avec des rêves de gloire.
Adrian Darmon