La chute de 12% du chiffre d'affaires annuel pour 2008 de Christie's, première maison de vente mondiale, et les mauvais résultats des autres groupes ont démontré que le marché de l'art avait sérieusement tangué sous l'effet de la crise financière et boursière survenue en septembre de l'année dernière.
Un tel pourcentage pourrait paraître un brin inquiétant mais à y regarder de plus près, il est bien moins catastrophique que les baisses abyssales enregistrées sur les places boursières de la planète. Néanmoins, il convient de signaler que la crise est appelée à durer d'autant plus que nombre d'amateurs ne sont plus aussi actifs sur le marché qu'avant le premier semestre de 2008. On devra donc s'attendre à une nouvelle baisse d'au moins 10% pour 2009 quand bien même la vente en février de la collection Saint-Laurent par Christie's tiendrait toutes ses promesses.
En fait, le marché a commencé à se restructurer avec d'un côté un retour au valeurs sûres après la disparition soudaine des spéculateurs et de l'autre, un afflux soudain dans les salles de vente d'investisseurs qui ont pensé que faire des placements dans le domaine de l'art était moins risqué que de jouer en bourse.
Mais le plus inquiétant a été le fait que les transactions ont fini par être faites en majorité dans les salles de vente alors que les activités des professionnels ont sérieusement marqué le pas, ce qui pourrait entraîner nombre d'entre eux à mettre la clé sous la porte si les affaires restaient aussi nulles.
Auparavant, les ventes aux enchères et les activités des professionnels étaient étroitement liées et profitaient à ces derniers lors des foires organisées tout au long de l'année mais désormais, celles-ci ont fini par être désertées alors que d'autres ont été supprimées comme la fameuse foire de Moscou qui devait se tenir en mai 2009.
D'autre part, les individus ont brutalement changé de comportement en raison de la crise en tournant ainsi le dos aux achats inutiles. Etant donné que l'art n'entre pas dans les priorités des foyers, on pourrait ainsi craindre un recul des activités sur le marché lequel a pourtant réservé quelques surprises en ce début de l'année 2009, notamment lors des premières ventes importantes à Londres où le 3 février La Petite danseuse de quatorze ans d'Edgar Degas a atteint l'enchère record de 14,6 millions d'euros.
En attendant, n'ayant pas vu venir la crise, les grandes maisons de vente ont dû revoir en catastrophe leurs prévisions à la baisse et licencier une partie de leur personnel. Les rumeurs ont même couru au sujet d'une vente possible de Christie's, la maison anglaise acquise il y a 11 ans par François Pinault lequel a cédé en juin 2008 60% des parts du groupe parisien Piasa à un groupe de cinq investisseurs, dont Laurent Fabius.
Sotheby's,rivale N°1 de Christie's, n'a pas été mieux lotie après avoir vu son action chuter de plus de 70% à Wall Street depuis octobre 2007 alors que Phillips de Pury & Company, une maison rachetée à Bernard Arnault par le groupe de luxe Mercury en octobre 2008 a su mieux éviter les effets de la crise en s'abstenant d'offrir des garanties de prix aux vendeurs, une pratique usitée avec outrance par Christie's et Sotheby's qui en ont à présent mesuré trop tard les conséquences.
Le marché de l'art a donc été obligé d'opérer une mue brutale avec la disparition d'amateurs qui achetaient sans compter et d'autres qui pour de multiples raisons n'ont plus les moyens d'investir leurs économies. Il y a cependant un côté positif à ce changement puisque les acheteurs sont désormais pour la plupart des collectionneurs et non plus des spéculateurs qui opéraient sur celui-ci comme dans les marchés financiers. Certes, il reste un marché dans le sens du terme car toute œuvre a un prix mais il est devenu par la force des choses plus régulé, du moins jusqu'au jour où la crise ne sera plus qu'un mauvais souvenir car à partir de là, les vieux démons y ressurgiront au galop comme par le passé.