Cette statue avait été repérée en mars 2006 au marché aux Puces de Vanves par un historien d'art lequel avait cru opportun d'alerter un marchand et ami de Saint-Ouen spécialisé dans les arts premiers qui, le 25 mars de cette année là, se déplaça derechef en compagnie d'un de ses associés pour voir la dite pièce. Ils décidèrent de l'acheter pour 10 000 euros après l'avoir longuement examinée sous tous les angles et s'être entendu dire par le brocanteur qu'elle provenait de la succession de Maurice de Vlaminck, comme mentionné dans la brochure publiée à l'occasion d'une discrète vente aux enchères organisée à Orléans où il l'avait acquise pour des clopinettes.
Après avoir promis à leur rabatteur un certain pourcentage sur la revente de cette pièce, les deux acquéreurs se mirent en quête d'éventuels acheteurs avec l'espoir d'en obtenir au moins 150 000 euros mais ils commirent apparemment une erreur en la montrant ici et là si bien qu'au bout du compte tous les marchands du quartier Rive Gauche furent vite au courant de la trouvaille. Le résultat ne se fit pas attendre puisque certains d'entre eux ne se privèrent pas de la dénigrer en mettant en doute son authenticité.
Résolus à prouver le contraire, ils exposèrent la statue dans une boutique de l'avenue George V puis s'avisèrent de préparer un dossier suffisamment solide pour confronter leurs détracteurs, notamment en faisant effectuer des examens radiologiques et des analyses scientifiques qui mirent en évidence le fait que le bois utilisé pour la sculpter provenait bien de Nouvelle-Irlande et qu'il était vieux de plus d'un siècle.
Curieux de savoir si les deux hommes avançaient dans leurs démarches, l'intermédiaire intéressé à l'affaire se vit à chaque fois répondre par ceux-ci qu'ils étaient sans cesse confrontés à un barrage de la part des experts et qu'ils risquaient de rester avec cette statue sur les bras, ce qu'il avait fini par croire après avoir appris que le vendeur de la Porte de Vanves l'avait d'abord présentée chez Christie's où elle avait été considérée comme douteuse par le spécialiste de cette maison.
Quoiqu'il en soit, au bout de trois années passées à s'enquérir plusieurs fois du sort de cette statue, le rabatteur en question a eu finalement la surprise d'apprendre qu'elle passait en vente à l'Hôtel Drouot le 1er juillet 2009 mais que dès la parution du catalogue de cette vacation, elle n'avait pas manqué de susciter de vifs débats opposant des spécialistes faisant la loi sur le marché parisien des Arts premiers.
Pour certains d'entre eux, cette statue n'aurait été qu'une copie commandée à un sculpteur talentueux par Vlaminck lui-même. Pour d'autres, confortés par l'analyse du bois et des pigments, elle aurait été un chef d'oeuvre digne d'un grand musée. Etrangement, le catalogue a seulement indiqué que l'expert Alain de Monbrison confirmait qu'elle avait appartenu à Maurice de Vlaminck sans aucunement donner un avis confirmant son authenticité.
En attendant, l'historien d'art à l'origine de la transaction du 25 mars 2006 a évidemment cherché à tirer au clair les conditions de la mise en vente de la statue pour finalement apprendre que ses deux acquéreurs l'avaient en désespoir de cause cédée il y a quelques mois à un collectionneur chilien bien mieux placé qu'eux pour obtenir un certificat d'authenticité, une entreprise que ce dernier aurait pu ainsi mener à bien tout en ayant osé apporter quelques retouches à la pièce et en la débarrassant de son socle d'origine de style Art déco.
En attendant, irrité du fait que ses acheteurs avaient cédé cette statue à ce marchand sud-américain sans lui rétrocéder un pourcentage en retour, cet historien s'est étonné de constater de leur résignation à accepter d'être les grands perdants de cette histoire d'autant plus qu'ils auraient eu des arguments à faire valoir pour contester la vente de Drouot. Autrement dit, leur attitude aurait eu de quoi laisser planer l'idée que seuls les grands marchands seraient en mesure de faire authentifier des pièces jugées rares, ce qui serait plutôt malséant. Pour le reste, le marchand de Vanves aura eu de quoi hurler au scandale en apprenant que sa statue pouvait valoir un quart de million d'euros. Seulement voilà, aux dernières nouvelles, celle-ci n'aurait finalement pas trouvé preneur alors qu'on la croyait vendue au musée de Hanovre. Toutefois, selon certaines mauvaises langues , le vendeur aurait trouvé plus commode de noyer le poisson en cédant la statue en coulisse histoire de faire croire qu'elle avait été ravalée, ce qui serait, avouons-le, un subtil moyen de faire cesser toute polémique à son sujet.