Les musées Jacquemart-André et du Luxembourg présentent actuellement des chefs d'oeuvres de la peinture médiévale italienne qui ont été des jalons marquants menant à l'éclosion de l'art de la Renaissance.
La présentation des Primitifs italiens du Musée d'Altembourg jusqu'au 22 juin 2009 au Musée Jacquemart-André permet ainsi de juger de l'évolution de la peinture religieuse au Moyen Age à travers les oeuvres sur fond d'or des peintres siennois et florentins qui travaillaient dévotement selon les canons artistiques imposés par l'Eglise. Il s'agissait simplement de délivrer un message sans faire montre de personnalité mais à y regarder de plus près, les artistes surent quand même bien marquer leur individualité pour évoluer vers un art qui devint sans cesse moins rigide.
Ce constat est encore plus flagrant lorsqu'on découvre les oeuvres de Filippo Lippi et de son fils Filippino présentées jusqu'au 2 août 2009 dans l'exposition "Filippo et Filippino Lippi, la Renaissance à Prato" au Musée du Luxembourg, deux artistes qui se dégagèrent du style hiératique de leurs prédécesseurs toscans en peignant enfin les drapés et les visages avec beaucoup plus de réalisme pour aussi inclure des fonds de paysages de paysages à la place des fonds or longtemps reliés aux icônes byzantines et en insérant, fait vraiment innovant, des portraits de donateurs dans leurs oeuvres. Ce fut ainsi à ce moment là que l'Eglise perdit peu à peu sa toute puissance sur les peintres désormais sollicités par les princes et autres individus en vue de leur époque pour des commandes qui permirent d'accélérer la révolution en marche laquelle vit dans le domaine de la peinture l'introduction de la perspective et un traitement de plus en plus élaboré de l'espace.
A partir de là, la mythologie commença à pointer le nez à travers l'interprétation des scènes de la vie du Christ contenant des symboles de plus en plus visibles pour dérouler enfin des histoires et non plus des scènes invitant à la simple dévotion.
A la fin du XIIIe et jusqu'au milieu du XVe siècle, les peintres étaient pour la plupart intimement liés à l'Eglise et souvent même des serviteurs en tant que moines-artistes. Par contre, Le frère carmélite Lippi fut loin d'être un saint puisqu'en 1456, à l'âge d'environ 50 ans, il tomba amoureux de son modèle Lucrezia Buti, une moniale de 20 ans du couvent où il était chapelain, et l'enleva, ce qui provoqua un énorme scandale et lui fit encourir la peine de mort que son mécène Cosme de Medicis lui évita en allant plaider sa cause auprès du Pape. Après lui avoir donné deux enfants, Lucrezia préféra toutefois retourner au couvent en laissant le peintre terriblement désespéré.
Hanté par l'image de Lucrezia, celui-ci continua à la représenter dans divers tableaux et notamment dans le portrait de Marguerite représentée sous ses traits à côté de la mère supérieure du couvent, commanditaire d'un tableau représentant la Vierge sur un trône entourée d'anges, de Tobie, l'Archange Raphaël, saint Grégoire et saint Augustin, un panneau, aujourd'hui exposé dans la cathédrale de Prato, qu'il laissa inachevé durant dix ans et qui fut terminé par son élève Fra Diamante (1430-1498). Cette oeuvre sublime représente d'ailleurs un chaînon majeur entre l'art gothique et celui de la Renaissance si on se rappelle que Filippino, son fils, fut l'élève de Botticelli considéré avec Mantegna comme un de ses principaux pionniers.
On se rend ainsi compte à travers ces deux expositions parisiennes d'une évolution sensible de la peinture religieuse, délivrée progressivement des diktats artistiques de l'Eglise pour tendre subtilement vers cet Humanisme si admirablement décliné durant la Renaissance.