Le Centre Pompidou présente jusqu'au 20 juillet 2009 une exposition consacrée à Alexandre Calder (1898-1972) lors de sa période parisienne entre 1926 et 1933.
Né en Pennsylvanie dans une famille d'artistes, Calder montra des dons artistiques précoces dès l'âge de 8 ans avant de débarquer en 1926 à Paris où il manifesta son talent en créant des oeuvres en fil de fer avec un certain humour et une sacrée dose d'inventivité.
Le débonnaire géant américain fut vite considéré comme un magicien dans les milieux artistiques subjugués par sa créativité. Passionné par le monde du cirque, il réalisa des figures étonnantes ainsi que des mobiles extraordinaires d'équilibre ou des stabiles qui étonnèrent les Surréalistes.
A travers 300 sculptures, jouets, dessins, photographies et films, les organisateurs de cette exposition ont su restituer à merveille l'univers féérique de Calder qui fut notamment influencé par Mondrian et Miro.
Le génie de Calder se manifesta ainsit tout autant dans la sculpture, le dessin ou la peinture ainsi que dans des installations mécaniques résolument modernes comme son oeuvre phare " Le Cirque" animé d'une centaine de figurines animées avec des ressorts et des fils.
Calder retourna aux Etats-Unis en 1934 auréolé d'une solide réputation avant de revenir en France après la Seconde Guerre Mondiale pour poursuivre son oeuvre en restant fidèle au style de ses débuts, ce que l'exposition n'a malheureusement pas montré. L'artiste travailla plusieurs années dans un atelier à Saché (Indre-et-Loire) à partir de 1960 jusqu'au début des années 1970 avant de devenir une des stars du marché. Lui qui fit montre de générosité en offrant de nombreuses oeuvres à des connaissances n'aurait cependant pas vraiment apprécié de voir le comité créé après sa dispaition veiller un peu trop jalousement sur son oeuvre au point de refuser sans raison d'authentifier des pièces qu'il avait offertes de son vivant.
Surnommé Sandy, il avait eu la chance d'avoir un grand-père et père sculpteur alors que sa mère, née Nanette Lederer, était peintre. Avec ses parents il habita successivement l'Arizona, la Californie, l'Etat de New York et San Francisco puis la ville de New York avant de faire en 1915 des études d'ingénieur au Stevens Institute of Technology à Hoboken (New Jersey), ce qui lui permit de se familiariser avec la mécanique. Mobilisé dans la Marine en 1918, il obtint l'année suivante un diplôme d'ingénieur puis mena une vie aventureuse entre 1920 et 1923 en exerçant divers métiers. Jusqu'en 1926, il travailla comme ingénieur des Travaux Publics et du Bâtiment à New York tout en suivant des cours du soir à l'Art Student's League pour se perfectionner comme dessinateur, ce qui l'amena à produire des dessins de sportifs pour des journaux et à réaliser un reportage sur le cirque Barnum.
En 1925, l'idée lui vint de construire un cadran solaire en fil de fer représentant un coq sur une patte avant de faire sa première exposition de peinture et de réaliser sa première sculpture, "The Flattest Cat". En juin 1926, il s'engagea comme matelot sur un cargo puis fit un premier voyage à Paris où il produisit ses premières sculptures en fil de fer qui représentaient Josephine Baker avant de construire les premiers éléments du "Cirque", acquis par le Whitney Museum en 1982, après avoir rencontré un spécialiste des automates, ce qui lui donna l'idée de gagner sa vie en fabriquant des jouets artistiques.
L'année 1926 fut un tournant dans l'existence de Calder qui, en donnant des représentations de son "Cirque", bénéficia de l'admiration de personnalités parisiennes en vue, notamment Jean Cocteau. Partageant son temps entre New York et Paris, il peignit aussi des toiles et réalisa des sculptures en bois tout exposant ses jouets animés. En 1929, il produisit ses premières sculptures en bronze tout en voyageant en Espagne et dans le Midi. Puis, il rencontra Miro, impressionna Léger, Le Corbusier ou Mondrian avec ses sculptures en fil de fer sur la thème de la danseuse, du policier, des insectes ou de Kiki de Montparnasse. En 1931, il épousa Louisa James dont il eut deux filles et rencontra Jean Arp et Hélion avant d'illustrer "Les Fables" d'Esope et d'adhérer au groupe Abstraction-Création.
Ce fut Marcel Duchamp qui trouva le mot de mobiles pour désigner ses premières constructions animées et parfois sonores qu'il exposa en 1932 à Paris, des oeuvres parfois mues par des moteurs bruyants, ce qui l'amena à réaliser des mobiles sans moteur mûs par le déplacement de l'air dont le premier fut constitué de deux poissons placés sur un pivot. Il exposa ensuite avec Arp, Pevsner et Miro puis acheta une ferme à Roxbury, dans le Connecticut, où il installa un grand atelier.
En 1934, Calder exposa ses Mobiles à New York puis en 1935-36, il réalisa les décors de deux ballets de Martha Graham et ceux du "Socrate" d'Erik Satie. En 1937, il construisit pour le Pavillon de la République espagnole à l'Exposition Internationale de Paris "La Fonatine de mercure" puis exposa des bijoux à New York en 1940. En 1943, il produisit des Mobiles en bois et fils de fer appelés "Constellations" et eut droit à une importante rétrospective au Metropolitan Museum de New York. Il réalisa alors une "Toile d'Araignée matinale" en tôles peintes non mobile qu'il surnomma Stabile, un nom suggéré par Arp en opposition aux Mobiles.
Calder exposa à Paris peu après son retour à la fin de 1944 et participa à de nombreuses expositions entre 1945 et 1949, notamment à Berne, Amsterdam, Rio de Janeiro ou Sao Paulo et conçut des Mobiles pour des spectacles de danse. En 1950, il présenta à Paris les Stabiles-Mobiles puis l'année suivante les "Tours" avant d'obtenir en 1952 le Grand Prix de Sculpture de la Biennale de Venise. En 1953, il acheta une maison à Saché, près de Tours et y travailla surtout à partir de 1960. A partir de 1958, il réalisa des lithographies, des gravures et des tapisseries puis à nouveau des peintures et des gouaches. En 1962, dans son grand atelier qu'il venait de faire construire à Saché, il réalisa un film sur "Le Cirque" puis assembla un Stabile géant de 18 mètre de haut pour la ville de Spoleto. En 1964, il réalisa le Stabile Renforts pour la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence alors que le Guggenheim Museum de New York organisa une grande rétrospective de son oeuvre. En 1965, il eut droit aussi à une rétrospective au Musée d'Art Moderne de Paris et en 1967, il réalisa le Stabile l'Homme haut de 23 mètres pour l'Exposition Internationale de Montréal.
En 1968, la ville de Grand-Rapids dans le Michigan lança un programme d'équipement artistique avec l'érection d'un Stabile via une souscription publique. En 1968, un grand Stabile de 24 mètres de haut, "Soleil Rouge", fut installé devant le stade de Mexico pour les Jeux Olympiques alors que des écrivains, notamment Sartre, et des historiens d'art vantèrent ses inventions, leur équilibre et leur lyrisme.
Finalement, Calder fut le premier artiste à introduire le mouvement véritable dans l'univers de l'art, en s'amusant, et en jouant avec les couleurs et les formes flottant dans l'air et ce, avec enchantement et aussi une profonde poésie tout en instillant le rire dans l'art.
Adrian Darmon