« L'art et la vie ne faisant qu'un, c'est dans la recherche de la poésie de tous les jours, à base d'objets manufacturés ou de structures existantes, que je peux déterminer ma poétique » (Jean-Pierre Raynaud)
A l'initiative du
philosophe et académicien Jean Clair qui s'est inspiré d'un projet de l'ancien
ministre de la Justice Robert Badinter, le Musée d'Orsay présente jusqu'au 27
juin 2010 une exposition intitulée « Crime et Châtiment » se
rapportant au crime dans l'art.
Le propos est
plutôt pertinent puisque la moitié des œuvres exposées dans les musées se
réfèrent à des scènes représentant des guerres, des crucifixions ou des
martyres sans compter que les artistes eux-mêmes ont souvent été fascinés par
l'horreur longtemps décrite selon des codes généralement établis
par la religion alors que le sexe a longtemps été un sujet tabou sans compter
que certains d'entre eux ont été des tueurs, notamment les Cubistes qui
bouleversèrent les principes établis et Duchamp qui les brisa complètement en
faisant d'un bidet un objet d'art.
Qui dit crime dit
châtiment, ce qui permet de varier les thèmes traités tout autant que les massacres
historiques ou les scènes de martyrs qui offrent une multitude de
représentations saisissantes d'autant plus que l'histoire de l'humanité est
peuplée de meurtres, à commencer par celui d'Abel par son frère Caïn, comme l'a
rappelé Jean Clair dans une interview au "Figaro".
La main-mise de
l'Eglise sur l'art avec la Crucifixion du Christ comme principale armature de la représentation d'un meurtre marquant profondément les esprits a entraîné la
déclinaison d'une foultitude de scènes de mort destinées à édifier les fidèles
et à leur faire craindre l'enfer, dépeint notamment dans toute son horreur par
Jérôme Bosch.
Même le XVIIIe
siècle, pourtant réputé pour son laisser-aller via ses galanteries, n'a pas été
avare de représentation morbides, en particulier lors de la Révolution avec
Goya, David et son assassinat de Marat ou Fussli avec ses monstres. Le XIXe siècle n'a pas été en
reste avec Delacroix et d'autres alors qu'au XXe siècle, les Surréalistes ont joué
abondamment sur le registre du crime qui a exercé sur eux une profonde
fascination d'autant plus qu'il n'a pas été possible de dresser un profil type pour les criminels,
les uns pouvant être épouvantables de nature et les autres se comportant comme
des individus normaux en apparence alors que certains ont été considérés comme des
personnages ambivalents à l'image de Charlotte Corday, vue par les
Révolutionnaires comme la meurtrière de Marat, « Le Père du Peuple » alors qu'elle a été regardée par les Royalistes comme une justicière injustement condamnée.
On ne peut donc
pas rester insensible en parcourant cette exposition dédiée au crime qui invite
à se poser nombre de questions sur la nature du mal déjà tant débattue en dehors du
domaine de l'art. On en vient aussi à s'interroger forcément sur l'invention de
la guillotine, prévue au départ comme un moyen moins douloureux de donner la
mort avant qu'elle ne devienne l'instrument des exécutions massives qui de fil en aiguille ont débouché sur des méthodes industrielles lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Bien entendu, on
en arrive à être interpellé sur la pertinence de l'abolition de la peine de mort,
voulue et obtenue par Robert Badinter pour mettre fin à la loi du talion.
Finalement, cette exposition devient un lieu de réflexion sur l'histoire des
hommes et sur les exécutions longtemps publiques avant de devenir discrètes,
bien plus que sur celle de la peinture ayant reflété durant des siècles des
coutumes qui aujourd'hui paraissent d'un autre âge bien qu'il faille rappeler
que la peine de la mort reste encore appliquée dans certains pays.