Le Centre Pompidou consacre jusqu'au 19 juillet 2010 une exposition exceptionnelle au peintre britannique Lucian Freud, un des artistes les plus chers du monde.
Petit-fils du célèbre psychanalyste autrichien Sigmund Freud qui se réfugia à Londres avant la Seconde Guerre Mondiale, Lucian Freud a été à sa manière un peintre aussi libre d'esprit que fut Le Caravage à la fin du XVIe siècle en peignant la nature humaine telle qu'elle est sans chercher à l'embellir en aucune façon.
Âgé aujourd'hui de 88 ans, Freud n'a pas hésité à peindre des femmes nues avec leur chair flasque et leurs rides pour montrer sans compromission les affres du vieillissement. Lui-même n'a eu que faire du paraître en s'habillant d'une manière négligée, pieds nus dans ses chaussures, son costume et sa chemise éclaboussés de peinture, vivant en solitaire comme un misanthrope, peu enclin à fréquenter les vernissages ou à donner des interviews mais plus que content d'être exposé à Paris.
Cet homme au caractère entier parfois grossier lorsqu'on ose le provoquer, est néanmoins considéré à présent comme un grand maître ayant rejoint la cour des grands comme Picasso, Warhol ou son ami Francis Bacon.
Peintre, Freud l'est au bout des doigts en se montrant d'une exigence crasse avec ses modèles qu'il fait poser durant des heures entières pour décortiquer leur caractère avec son pinceau tout en les éblouissant par sa faconde pendant qu'il les peint. Etre son modèle débouche donc quelque part sur une relation intime avec l'artiste qui fait qu'on devient l'acteur de son tableau en faisant partie de son discours et devenir pour le spectateur l'objet d'une réflexion intense, ce qui fait de Freud le peintre de l'âme humaine comme Hans Holbein plus de 470 ans avant lui.