L'artiste d'origine française Louise Bourgeois est décédée à 98 ans le 31 mai 2010 à New York.
Née à Paris le 25 décembre 1911, Louise Bourgeois avait d'abord étudié les mathématiques jusqu'en 1935 à la Sorbonne tout en fréquentant l'école des Beaux-Arts, l'école du Louvre ou l'Académie Bissière. Entrée en contact avec Lhote, Léger et l'affichiste Paul Colin qui lui fit découvrir les constructivistes russes, elle rencontra également André Breton et les Surréalistes dont elle subit l'influence, notamment au niveau du rapport de l'inconscient et des sentiments de peur et d'angoisse.
Mariée avec l'historien d'art Robert Goldwater, elle se fixa aux Etats-Unis en 1938 après avoir brièvement ouvert une galerie où elle avait montré des oeuvres de Delacroix, Bonnard ou Matisse et prit la nationalité américaine au début des années 1950. Pendant les années de guerre, elle côtoya les artistes réfugiés à New York, notamment Miro, Tanguy, Ozenfant et Le Corbusier alors qu'elle se contentait à cette époque de dessiner et de réaliser des gravures.
Ce ne fut qu'à partir de 1949 qu'elle commença à sculpter en réalisant des oeuvres sur le toit de son immeuble sans songer alors à les exposer. Sa carrière resta longtemps discrète d'autant plus qu'elle participait activement au mouvement féministe et ce ne fut qu'en 1971 qu'elle eut droit à sa première exposition rétrospective de son oeuvre à l'Université de Chicago suivie en 1982 de celles du Museum of Modern Art de New York, du Museum d'Akron (Ohio), du Contemporary Art Museum de Houston et du Museum of Contemporary Art de Chicago.
Il a fallu qu'elle attende d'avoir 70 ans pour que Louise Bouregois connaisse enfin une reconnaissance internationale pour devenir avec ses petits yeux de fouine et son maigre visage asséché et ridé une icône de l'art contemporain.
Dès l'âge de 12 ans, elle avait commencé un journal intime qu'elle tint toute sa vie durant en révélant notamment une enfance difficile, la mort prématurée de sa mère et la tyrannie de son mère qui se mit en ménage avec sa gouvernante qui était chargée de lui enseigner l'anglais.
Après avoir exposé ses premières peintures à la galerie Dufresne en 1938 à Paris, elle vint plus tard à traiter de deux thèmes récurrents dans son oeuvre, le phallus qu'elle intitula "Fillette" et l'araignée, fileuse et travailleuse à l'image de sa mère. Grâce à son mari, elle rencontra à New York les figures les plus importantes du monde de l'art, notamment Erwin Panofsky, Léo Castelli, Clement Greenberg, Mark Rothko, Willem de Kooning et nombre d'artistes européens qui s'y étaient réfugiés après 1940.
Se nourrissant de nombreuses influences, elle réalisa des sculptures rappelant des corps et des maisons signifiant la menace ou un piège puis au fil des années 1950, ses oeuvres constituées de matériaux variés devinrent plus abstraites. Malgré son âge, Louise Bourgeois fut plus proches des jeunes artistes que ceux de sa génération tout en se permettant de rendre son oeuvre de plus en plus sexuée et violente à partir des années 1970 avec des références appuyées à son enfance, à sa mère et à son père.
Sans concession envers elle-même, elle joua un rôle prédominant sur la scène artistique new-yorkaise en organisant des "tea parties" où elle invitait des gens d'horizons différents en ne se privant pas de critiquer des artistes ou des galeristes lorsqu'elle en ressentait le besoin.
En 1985, la galerie Maeght-Lelong montra sa première rétrospective en Europe, à Paris et Zurich suivie en 1989 par une manifestation de ce type au Kunstverein de Francfort puis à Munich, Lucerne et au Musée Saint-Pierre de Lyon tandis que le Centre Pompidou lui rendit hommage lors de l'exposition "Les Magiciens de la terre". En 1995, l'ARC (Art Recherche Confrontation) du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris montra aussi une exposition d'ensemble de ses sculptures.
Ce fut Fernand Léger qui le premier l'incita à travailler en volume en lui suggérant de dessiner une volute en trompe l'oeil. Cette volute, cercle ou spirale, se retrouva ainsi comme une des rares constantes à travers son oeuvre qui surprenait par le disparate des matériaux.
Dans ses débuts on trouva une certaine unité dans les formes en bois peint, allongées comme des fuseaux figurant la personne humaine dans sa solitude ou en couple puis à partir de 1960, en foules serrées et bariolées.
Louise Bourgeois évoqua une totale absence de contrôle qu'elle s'autorisait dans son travail en abordant l'espoir d'ascension et d'évasion pour aboutir finalement à l'impasse et à l'échec en se voulant tributaire de ses anciennes références à l'inconscient et à ses angoisses pour chercher une sorte de catharsis à ses conflits psychologiques intimes dans l'enfance mal enfouis comme le rappelait l'historien d'art Jacques Busse.
Dévastatrice par le choix de son thèmes et par son franc-parler, Louise Bourgeois avait dit un jour: " Ma mère ne m'aimait pas... je voulais donc la blesser et cette fois j'ai réussi. Je l'ai décapitée... Je crée et je me convainc que ma mère m'aime..."
Traumatisée dans son enfance, Louise Bourgeois a su exprimer son génie en trouvant à travers l'art le moyen de se sortir de ses angoisses tout en faisant en sorte d'être quotidiennement accro à une thérapie qui lui permettait de les surmonter mais surtout pas d'en guérir de peur de n'avoir plus rien à exprimer.