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Il faut toujours viser la lune, car même en cas d'échec, on atterrit dans les étoiles (Oscar Wilde)
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Le journal d'un fou d'art
Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.
XVème Chapitre
Invitation au rêve
01 Avril 2002 |
Cet article se compose de 2 pages.
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Dans la soirée, visite impromptue de l'incorrigible J.R qui tient à me montrer un tableau naïf qui serait selon lui du Douanier Rousseau. L'œuvre représentant un paysage avec des maisons est signée « R. Henriot » et ressemble fortement à un Rousseau mais la signature ne me dit rien qui vaille. J.R m'affirme alors que l'expert de Rousseau lui avait révélé que l'artiste signait parfois ses œuvres du nom de Henriot. A-t-il la preuve de ce qu'il avance ? Assurément non, d'autant plus que Henri Certigny, l'expert en question, est mort depuis quelques années et qu'aucun ouvrage consacré au Douanier Rousseau ne mentionne nulle part ce pseudonyme. Croire J.R équivaut à avoir la certitude de l'existence des Martiens et ce coquin, que Jérôme Bosch aurait certainement pris pour modèle s'il avait vécu au début du XVIe siècle, ne me fera pas avaler une telle couleuvre. J.R vient en fait me voir pour essayer de m'embobiner et me faire rêver avec son Rousseau sorti de derrière les fagots. Cela dit, il n'a aucunement l'intention de me montrer le tableau fauve non signé qu'il évoque avoir chiné dernièrement. Ainsi, comme à l'accoutumée, il essaye de fourguer ses nanars à droite et à gauche mais garde au chaud ses bonnes trouvailles. N'ayant jamais peur du ridicule, l'impayable J.R n'éprouve donc aucun scrupule pour revenir enquiquiner les collectionneurs et marchands qui, ne supportant plus de s'être fait roulés dans la farine, l'ont viré de chez eux plus d'une fois. Samedi 20 avril, rien d'extraordinaire à Vanves où le peintre Robert Combas a erré très tôt parmi les stands avec probablement l'idée de trouver de nouveaux thèmes à développer. Côté chine, un brocanteur a proposé pour 4 800 euros un tableau signé Puvis de Chavannes représentant une femme nue vue de dos, en fait un plagiat ancien assez bien exécuté qui a cependant laissé de marbre les amateurs de bons coups. Déjeuner à treize heures avec un peintre brésilien travaillant en France qui me déclare s'inquiéter des dérives de l'art contemporain tout en s'insurgeant contre un système qu'il juge déplorable. « On ne voit pratiquement que des merdes dans les galeries ou dans les ventes aux enchères alors que rien n'est fait pour détecter des artistes valables", me dit-il en me signalant qu'il est bien mieux loti au Portugal qu'en France. Cela me fait penser qu'il y a maintenant de moins en moins de ventes consacrées à la jeune peinture contemporaine à Drouot, ce qui démontre quelque part que les artistes éprouvent toujours autant de mal à trouver des débouchés pour se promouvoir. Les ventes aux enchères se comptent chaque année sur les doigts d'une main alors que les sélections proposées laissent parfois à désirer. Les organisateurs de ces ventes pourraient bien mieux faire, quand bien même ils enregistrent des résultats intéressants à travers ce qu'ils proposent, mais leur contingent reste faible et peu représentatif au niveau des professionnels de l'art sensés favoriser l'éclosion de jeunes pousses. Par exemple, l'un d'eux ne dispose donc que d'un emploi du temps limité pour monter des ventes de ce genre à Drouot.
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Dans la soirée, visite impromptue de l'incorrigible J.R qui tient à me montrer un tableau naïf qui serait selon lui du Douanier Rousseau. L'œuvre représentant un paysage avec des maisons est signée « R. Henriot » et ressemble fortement à un Rousseau mais la signature ne me dit rien qui vaille. J.R m'affirme alors que l'expert de Rousseau lui avait révélé que l'artiste signait parfois ses œuvres du nom de Henriot. A-t-il la preuve de ce qu'il avance ? Assurément non, d'autant plus que Henri Certigny, l'expert en question, est mort depuis quelques années et qu'aucun ouvrage consacré au Douanier Rousseau ne mentionne nulle part ce pseudonyme. Croire J.R équivaut à avoir la certitude de l'existence des Martiens et ce coquin, que Jérôme Bosch aurait certainement pris pour modèle s'il avait vécu au début du XVIe siècle, ne me fera pas avaler une telle couleuvre. J.R vient en fait me voir pour essayer de m'embobiner et me faire rêver avec son Rousseau sorti de derrière les fagots. Cela dit, il n'a aucunement l'intention de me montrer le tableau fauve non signé qu'il évoque avoir chiné dernièrement. Ainsi, comme à l'accoutumée, il essaye de fourguer ses nanars à droite et à gauche mais garde au chaud ses bonnes trouvailles. N'ayant jamais peur du ridicule, l'impayable J.R n'éprouve donc aucun scrupule pour revenir enquiquiner les collectionneurs et marchands qui, ne supportant plus de s'être fait roulés dans la farine, l'ont viré de chez eux plus d'une fois. Samedi 20 avril, rien d'extraordinaire à Vanves où le peintre Robert Combas a erré très tôt parmi les stands avec probablement l'idée de trouver de nouveaux thèmes à développer. Côté chine, un brocanteur a proposé pour 4 800 euros un tableau signé Puvis de Chavannes représentant une femme nue vue de dos, en fait un plagiat ancien assez bien exécuté qui a cependant laissé de marbre les amateurs de bons coups. Déjeuner à treize heures avec un peintre brésilien travaillant en France qui me déclare s'inquiéter des dérives de l'art contemporain tout en s'insurgeant contre un système qu'il juge déplorable. « On ne voit pratiquement que des merdes dans les galeries ou dans les ventes aux enchères alors que rien n'est fait pour détecter des artistes valables", me dit-il en me signalant qu'il est bien mieux loti au Portugal qu'en France. Cela me fait penser qu'il y a maintenant de moins en moins de ventes consacrées à la jeune peinture contemporaine à Drouot, ce qui démontre quelque part que les artistes éprouvent toujours autant de mal à trouver des débouchés pour se promouvoir. Les ventes aux enchères se comptent chaque année sur les doigts d'une main alors que les sélections proposées laissent parfois à désirer. Les organisateurs de ces ventes pourraient bien mieux faire, quand bien même ils enregistrent des résultats intéressants à travers ce qu'ils proposent, mais leur contingent reste faible et peu représentatif au niveau des professionnels de l'art sensés favoriser l'éclosion de jeunes pousses. Par exemple, l'un d'eux ne dispose donc que d'un emploi du temps limité pour monter des ventes de ce genre à Drouot.
Ainsi donc, le sort de nombreux artistes de demain dépend en grande partie des choix d'un passionné, et non d'un professionnel habitué à organiser des expositions d'œuvres contemporaines, donc à priori plus apte à monter une vente de qualité. Quoiqu'il en soit, ceux qui devraient être les véritables promoteurs de la jeune peinture n'ont probablement pas envie de se casser le nez à jouer les Don Quichotte dans un domaine où le plus grand flou continue de régner plus que jamais.
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