Jeudi 7 mars, la plupart des chineurs partis à la foire à la brocante de Chatou sont pour la plupart revenus les mains vides, tout comme ceux qui ont visité celle du Bourget la veille. Le manque de camelote est flagrant et ce constat n'a pas manqué de revenir sur les lèvres de ceux qui ont hanté le marché aux Puces de Saint-Ouen au petit matin ce vendredi.
Les stands des bons marchands ont été assaillis comme de coutume mais aucun d'eux n'a sorti de pièce valable, à part ce vieux brocanteur surnommé « Louis XIV» dont la minuscule boutique à l'entrée du marché Paul Bert est un véritable capharnaüm. Celui-ci a en effet vendu à Charles Bailly un ravissant portrait de femme du XVIIe siècle peint sur un cuivre ovale de la taille d'une miniature.
A l'entrée de Jules Vallès, c'est Chester Fielx qui, sur mes conseils, a acheté pour 275 euros un superbe porte-manteau du début du XXe siècle portant l'étiquette de la manufacture Kohn à laquelle collaborait Joseph Hoffman. Voyant Chester se tâter, je lui ai glissé à l'oreille qu'un fauteuil de Kohn et de Hoffman avait été adjugé pour plus de 16 000 euros dans une vente aux enchères organisée il y a quelques jours et que ce porte-manteau valait au bas mot plus de 1400 euros.
L'après-midi, mon ami qui avait acheté à J.R cette reproduction de nature morte cubiste par Picasso m'appelle pour m'informer que ce dernier lui avait promis hier soir de la reprendre en échange de deux dessins de Kupka mais qu'en fin de compte, il ne s'est pas pointé au rendez-vous qu'il lui avait fixé vers 18 heures.
L'ami est furieux et je le comprends tout en faisant mon mea culpa car il était de mon devoir de le prévenir que J.R tenait rarement parole. Comme d'habitude, l'oiseau s'est envolé et ne réapparaîtra probablement pas avant quelques semaines en pensant que cette fâcheuse histoire aura été oublié. Cette fois-ci, il se trompe car il aura intérêt à tenir sa promesse. Dans le cas contraire, il risquera de se retrouver un peu plus grillé auprès des quelques marchands qui acceptent encore de le fréquenter.
Décidément, il n'y a rien à attendre de J.R qui serait capable de vendre père et mère pour une somme dérisoire. En attendant, je me mords les doigts d'avoir laissé mon ami se précipiter sur un truc qui déjà n'avait pratiquement aucune chance d'être authentifié. S'il s'était agi d'une copie à l'huile, la pilule aurait été bien plus facile à avaler mais là il y a de quoi rager puisque cette reproduction ne vaut même pas 100 euros.