Jeudi 7 mars, conversation téléphonique avec un historien d'art suisse impliqué dans de grosses opérations de courtage qui lui permettent de survivre car ses ouvrages ne lui rapportent pas grand chose. Plutôt las de se battre comme Don Quichotte contre les moulins, celui-ci m'avoue que le marché de l'art est gangrené par ceux qui font les catalogues raisonnés en se prenant pour des experts alors qu'ils ne sont tout au plus que des documentalistes bénéficiant de l'appui de sommités qui contrôlent le marché de l'art grâce à leur argent.
"Il est temps de mettre bon ordre à tout cela et je ne comprends pas l'attitude du gouvernement français qui ne fait rien pour changer les choses. Il faudrait que tous ceux qui luttent contre cette mafia qui régente le marché de l'art se regroupent pour faire cesser tant d'abus", me dit-il d'un ton énervé.
Cet historien basé à Lausanne estime ainsi que nombre de catalogues raisonnés sont à refaire et que les méthodes d'expertise sont à revoir.
« La situation devient désespérée car ces messieurs qui contrôlent le marché de l'art dépassent de plus en plus les limites. Certains experts font preuve d'une attitude inadmissible et sont en-dessous de tout en ne cherchant pas à exercer leur métier correctement. Y en a marre », ajoute-t-il avec colère.
Et de poursuivre en s'en prenant à ces courtiers d'opérette qui font tomber à l'eau de nombreuses transactions privées.
« Dès qu'un tableau est à vendre, son dossier circule un peu partout et on finit par ne plus savoir qui en est le véritable mandataire. Résultat : la plupart du temps, l'œuvre à vendre est grillée par des mythomanes dangereux qui bousillent le travail de courtiers sérieux », souligne-t-il en énumérant ensuite quelques noms d'intermédiaires qui prennent les collectionneurs pour des imbéciles.
L'énoncé de certains noms de personnes paraissant dignes de foi et qui finalement ne le seraient vraiment pas, me laisse plutôt coi. Décidément, le monde du courtage semble être une véritable jungle où Tarzan lui-même ne serait pas à l'abri d'un sale coup. A qui faire confiance ?
Une heure plus tard, je reçois un coup de fil du « Dinosaure », ce courtier redoutable qui a tant de fois foulé au pied toute éthique en matière de transaction. Il m'appelle d'un voilier voguant au large des Bahamas et me signale que la vie est belle. Avec tout l'argent qu'il a amassé à travers de multiples opérations juteuses, le contraire m'eut étonné…