Mardi 5 février, écœuré par l'attitude changeante et passéiste des commissaires-priseurs, Pierre Bergé renonce à sa tentative de reprise de Drouot SA et annonce dans la foulée qu'il va créer son propre groupe de vente. Il était néanmoins écrit que le président du groupe Yves Saint-Laurent couture ne parviendrait pas à ses fins d'autant plus qu'il ne faisait pas l'unanimité parmi les commissaires-priseurs qu'il voulait regrouper afin de faire de Drouot, un solide pôle de vente capable de rivaliser avec les maisons anglo-saxonnes.
Le lendemain, un commissaire-priseur m'appelle justement pour me dire que Bergé n'avait pas le profil souhaité par ses confrères pour prendre la direction de Drouot SA.
«Bergé ne connaît rien au fonctionnement d'une étude en dépit de sa passion pour l'art. Sa réputation d'homme inflexible en affaires a de plus été un handicap tout comme sa méconnaissance de notre milieu», m'a déclaré cet officier ministériel.
Bergé avait cependant le mérite de vouloir enfin réveiller les commissaires-priseurs et de leur faire prendre conscience de la nécessité de s'adapter aux nouvelles lois du marché. Son désir de les fédérer aurait pu éventuellement conduire à la création d'un groupement apte à renforcer le rôle de Paris sur le marché de l'art mais son retrait signale à l'évidence une stagnation néfaste pour la profession qui n'a toujours pas pris le taureau par les cornes pour tenter de trouver des solutions qui conditionneront leur avenir.