La pandémie de coronavirus qui a touché la planète depuis janvier 2020 a eu un effet désastreux pour les musées, forcés de fermer leurs portes depuis la mi-mars en subissant des pertes sévères pour leurs trésoreries.
Au-delà de ce problème, les musées ont été amenés à réfléchir à leur avenir quitte a briser des traditions pour survivre. Ainsi, le Metropolitan Museum de New York a estimé que ses pertes risqueraient d'atteindre 150 millions de dollars alors que nombre de petits musées seront obligés de fermer leurs portes à jamais.
Plusieurs musées américains, dont la majorité est formée d'institutions charitables privées, pourraient aussi être obligés de vendre des pièces de leurs collections pour compenser leurs pertes alors qu'en Europe, les musées ne sont pas autorisés à faire une telle pratique pour s'en remettre avant tout à des financements d'Etat. Ainsi, l'Allemagne s'est engagée à aider ses institutions artistiques tandis que les promesses d'aides ont été toujours attendues ailleurs en Europe.
Vendre des pièces pour assainir ses finances n'est pas bien vu du côté des Etats-Unis où il faut d'ailleurs contacter les donateurs et leurs héritiers pour obtenir la permission de le faire, l'Association des Musées veillant pour sa part à la bonne conduite des activités de ses adhérents en ayant toute latitude pour imposer des sanctions à ceux jugés fautifs.
Les donations en argent ne sont en général pas destinées à être dépensées mais à constituer des réserves financières et les comités directeurs des musées ont des devoirs assez stricts à cet égard alors que les associations de musées n'ont pas hésité à sanctionner plusieurs institutions, notamment le Musée d'Académie nationale de New York en 2008 ou le Berkshire Museum pour avoir utilisé de l'argent provenant de ventes de pièces pour assurer leurs dépenses.
AFFAIRE KNOEDLER : UN DES ACCUSES SE DECLARE INNOCENT
Accusé d'avoir joué un rôle plus qu'actif dans la vente de 80 millions de dollars de faux tableaux par la célèbre galerie Knoedler de New York, José Carlos Bergantinos Diaz a reconnu qu'il avait repéré Pei Shan Qian, un peintre chinois vivant dans le Queen's qui n'avait pazs son pareil pour copier les maîtres modernes comme Mark Rothko ou Jackson Pollock mais a nié l'avoir sollicité pour produire des plagiats.
Réfugié en Espagne, Bergantinos Diaz, 64 ans, a tout mis sur le dos de la marchande Glafira Rosales qui avait vendu plusieurs faux par l'entremise de la galerie Knoedler en disant qu'il avait été très loin d'avoir son ambition.
De son côté Glafira, 63 ans, qui avait reconnu sa culpabilité dans 9 chefs d'accusation en 2013, avait affirmé aux enquêteurs qu'elle avait été constamment soumise au chantage de Diaz pour continuer à vendre des faux mais la justice américaine n'est pas parvenue à le faire extrader d'Espagne jusqu'à présent alors que le scandale avait été tel que la galerie Knoedler avait dû fermer ses portes après 165 ans d'activité.
Diaz a profité d'un reportage filmé sur cette affaire pour prétendre qu'il avait commis l'erreur de faire confiance à Rosales et qu'elle avait menti en affirmant qu'il la faisait chanter. « Je lui pardonne, d'autant plus qu'elle est la mère de ma fille et je lui souhaite le meilleur à l'avenir », a-t-il déclaré à son domicile de Lugo en ajoutant qu'il avait rencontré Rosales à Mexico et qu'en s'installant à New York ils avaient été impressionnés par les prix des œuvres d'art pour se décider à ouvrir une galerie dans le quartier de Chelsea et se faire de l'argent facilement.
Dévorée d'ambition, Rosales l'aurait donc entraîné à faire produire par Qian des faux qui dupèrent de nombreux experts. En attendant les autorités fédérales américaines sont restées persuadées que Bergantinos Diaz avait recruté le faussaire tout en vieillissant les toiles qu'il lui fournissait en faisant virer ensuite à son profit de fortes sommes d'argent en Espagne provenant de la vente des plagiats.
Bergantinos Diaz avait rencontré Qian à l'Art Students League de New York en constatant qu'il était un copiste hyperdoué avant de lui acheter des toiles mais il a affirmé que sa principale cliente était Rosales qui lui suggérait quoi inventer. Il a ajouté qu'il n'avait joué aucun rôle dans la collaboration de cette dernière avec la galerie Knoedler et qu'il n'avait jamais rencontré Ann Freedman, sa directrice, en ignorant que sa compagne lui vendait des plagiats de Qian car il avait monté son propre réseau indépendant.
Joint à Shanghaï, Qian a de con côté déclaré qu'il n'avait jamais su que ses faux étaient vendus à la galerie d'Ann Freedman, laquelle a affirmé qu'elle avait toujours cru que les œuvres cédées par Rosales étaient authentiques avant de prendre connaissance des aveux de cette dernière. Il parait toutefois plus que probable que Bergantinos Diaz a tenté à minimiser son rôle dans cette affaire en ne se privant pas d'accuser son ex-compagne.
LE CONFINEMENT PROFITE AUX TRAFIQUANTS
Le centre de surveillance du trafic d'antiquités et du projet de de recherche anthropologique du patrimoine a relevé une recrudescence de l'activité sur les réseaux sociaux des pilleurs d'objets en Afrique du Nord et au Proche Orient durant la période de confinement visant à stopper la pandémie de coronavirus.
A la fin du mois d'avril, une mosquée a été pillée au Maroc, comme l'ont démontré les images postées sur Facebook par le vendeur qui cherchait à prouver l'authenticité des pièces qu'il voulait céder. Ainsi, des groupes de pillards se partagent des informations en toute tranquillité sur ce réseau social en utilisant de fausses identités. Mettant à profit le confinement imposé dans de nombreux pays, ceux-ci ont ainsi pillé le musée d'Olympe en Grèce, le musée de Kiev pendant une manifestation opposant la police à des protestataires et dans d'autres endroits du Proche-Orient où des groupes terroristes sont toujours actifs, notamment en Syrie, en Irak, au Yémen ou en Libye.
Il revient donc à Facebook et d'autres réseaux sociaux de se montrer plus vigilants pour se débarrasser de groupes indésirables afin de ralentir leurs activités, sachant qu'ils trouveront d'autres moyens pour écouler leurs butins frauduleux.
Par ailleurs 98% des transactions dans le domaine des antiquités archéologiques en Allemagne seraient douteuses, notamment concernant des pièces provenant de Syrie ou d'Irak, selon une étude publiée en mars par la Fondation culturelle allemande qui s'est penchée sur 6000 objets offerts à la vente depuis trois ans en Allemagne.
Les chercheurs travaillant pour la fondation ont déterminé que des objets provenant d'Egypte, d'Israël, de Jordanie, du Liban, de Turquie, de Syrie, d'Iran, d'Irak ou de Chypre avaient des provenances non vérifiées et étaient maintes fois dépourvus de licences d'exportation alors que plus de 56% d'entre eux n'avaient pu être authentifiés après analyse, ce qui supposerait un commerce intensif de faux.
L'Allemagne est à l'épicentre du trafic illégal en Europe du fait de sa prospérité et d'un important nombre d'immigrés du Proche-Orient parmi lesquels figurent des trafiquants travaillant souvent pour Daech. D'autre part, les lois protègent les collectionneurs, ce qui rend donc difficile tout processus de restitution.
La fondation a déclaré que 40% des antiquités analysées provenaient à elles seules de Syrie ou d'Irak en dépit des mesures de restrictions imposées par l'UE. En attendant, sur 2387 pièces analysées,seulement 0.4% et 9.6% provenant respectivement d'Irak et de Syrie se trouvaient légalement sur le marché allemand.
Le problème est que les provenances sont difficiles à établir lorsque les objets proposés sur le marché ne figurent pas dans le Art Lost Register des pièces volées ou n'ont pas été dans des collections connues alors que nombre de pièces sont restées enfouies dans le sol durant des millénaires avant d'être déterrées récemment. De plus, certaines pièces légales n'ont pas des provenances en béton d'autant plus qu'une antiquité romaine ne provient pas nécessairement d'Italie puisque l'empire s'étendait jusqu'en Irak au Proche-Orient et dans le reste du bassin méditerranéen.
D'autre part, les polices européennes doivent prouver que des pièces saisies proviennent de pillages et si oui, dans quels pays, ce qui représente un travail considérable qui nécessite des moyens financiers et humains. Reste à corriger l'attitude des collectionneurs et des maisons de vente si on désire freiner le trafic d'objet illicites, notamment à partir de pays où la corruption n'a pas été endiguée.
Il convient donc de renforcer les lois et d'améliorer l'archivage des pièces vendues depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale tout en se servant des nouvelles technologies sans compter qu'il serait bon de cataloguer les faux alors qu'une surveillance accrue du marché s'avère nécessaire mais pour le reste, acheter des pièces archéologiques devient de plus en plus périlleux.
BACHAR AL ASSAD OFFRE UN HOCKNEY DE 27 MILLIONS D'EUROS A SON EPOUSE
Vendue le 11 février 2020 chez Sotheby's à Londres pour 23 millions d'euros sans les frais, la toile du peintre britannique David Hockney titrée « The Splash » a en fait été acquise par le dictateur syrien Bachar Al Assad qui l'a offerte à sa femme Asma, selon le journal russe Gosnovosti.
Alors que le peuple syrien vit des moments terribles depuis des années, cette nouvelle a provoqué un tollé et vraisemblablement un malaise chez Hockney, peu ravi de voir son art partir chez un tyran.