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Le journal d'un fou d'art

Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.

  • Introduction et chapitres de 1 à 2
  • Chapitres 3 à 5
  • Chapitres 6 à 8
  • Chapitres 9 à 11
  • Chapitres 12 à 14
  • Chapitres 15 à 17
  • Chapitres 18 à 20
  • Chapitres 21 à 23
  • Chapitres 24 à 26
  • Chapitre 27 à 29
  • Chapitre 30 à 32
  • Chapitre 33 à 35
  • Chapitre 36 à 38
  • Chapitre 39 à 41
  • Chapitre 42 à 44
  • Chapitre 45 à 47
  • Chapitre 48 à 50
  • Chapitre 51 à 53
  • Chapitre 54 à 56
  • Chapitre 57 à 59
  • Chapitre 60 à 62
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    LVème Chapitre
    VOL IMPORTANT DANS UN COLLEGE D'OXFORD
    08 Avril 2020

    Dans la nuit du 16 mars, des voleurs se sont introduits dans une galerie du collège Christchurch d'Oxford pour s'emparer d'un tableau en grisaille montrant un soldat à cheval par Van Dyck datant de 1616, d'une toile représentant un jeune garçon buvant par Annibal Carrache peinte en 1580 et d'une autre par Salvator Rosa montrant une côte rocheuse avec des soldats étudiant un plan par  exécutée dans les années 1640.

    La police s'est lancée activement à la recherche de ces trois œuvres estimées à quelque 12 millions d'euros. Les peintures de Van Dyck et de Carrache faisaient partie d'un don du général John Guise fait au collège d'Oxford en 1765 qui comprenait 200 tableaux et 2000 dessins. Le Salvator Rosa avait quant à lui été offert par Sir Richard Nosworthy en 1966.

    LA NATIONAL GALLERY DE WASHINGTON RESTITUE UN PICASSO SPOLIE

    La National Gallery of Art de Washington a décidé de restituer un pastel de Picasso de 1903 aux héritiers du banquier et collectionneur juif allemand Paul von Mendelssohn-Bartholdy qui avait été spolié par les nazis.

    Ce pastel représentant une femme brune au regard figé faisait partie des 16 chefs d'œuvre que le banquier avait été forcé de vendre quelques mois après la prise du pouvoir par Hitler et avant son décès en 1935.

    Parent du compositeur Félix Mendelssohn et du philosophe Moses Mendelssohn, Mendelssohn-Bartholdy avait été exclu de l'association des banques allemandes en 1933 puis du comité de la fédération allemande de assurances l'année suivante. Sa banque fut « aryanisée » et transmise à des serviteurs nazis en 1938.

     

    Le Picasso avait été vendu en 1934 au marchand Justin K. Thannhauser puis offert à la National Gallery de Washington en 2001. En 2009 juste avant l'ouverture d'un procès devant un tribunal fédéral, le Musée Salomon R. Guggenheim et le Musée d'Art Moderne de New York avaient préféré négocier un accord avec les héritiers de Mendelssohn-Bartholdy concernant deux autres œuvres de Picasso que le banquier avait été forcé de céder à Thannhauser. Ces œuvres titrées « Le Moulin de la Galette» et "garçon menant un cheval" furent négociées à un prix non dévoilées et restèrent dans les collections de ces musées ; un autre Picasso ayant appartenu au banquier, portrait d'Angel Fernandez de Soto (le buveur d'absinthe » (1903) fut acquis par la fondation Lloyd Webber en 1995. Après un accord conclu avec les héritiers, il fut vendu pour 51.8 millions de dollars( commissions comprises) chez Christie's en 2010 à Londres.  Le pastel de la National Gallery sera pour sa part vendu à leur profit pour 10 millions de dollars par l'intermédiaire de Larry Gagosian.

    UN PROFESSEUR D'OXFORD SOUPCONNE DE VOL DE FRAGMENTS DE PAPYRUS

    La police a arrêté Dirk Obbink, un professeur de l'université d'Oxford spécialiste du déchiffrage de papyrus anciens, sous le soupçon d'avoir volé à la bibliothèque Sackler au moins 13 textes anciens appartenant à l'Egypt Exploration Society pour les revendre ensuite au Musée de la Bible de Washington qui les restitua en 2018 en apprenant leur provenance plus que douteuse.

    Obbink, 63 ans, s'est déclaré innocent au sujet du vol de ces papyrus provenant de la collection Oxyrhynchus qui avait été découverte à la fin du 19e siècle dans un dépôt d'ordures en Egypte. Ces papyrus avaient une grande valeur historique du fait qu'ils évoquaient les premiers textes bibliques écrits dans ce pays.

    Enseignant la littérature grecque et la lecture des papyrus, Obbink a été mis en garde à vue après la décision de l'Egypt Exploration Society de lui interdire l'accès à ses collections en juin 2019 suivie de celle de l'Université d'Oxford de le suspendre en octobre.

    Obbink aurait rencontré à de multiples occasions Steve Green, le fondateur du Musée de la Bible à Washington alors que des factures de vente l'ont désigné comme le vendeur principal des papyrus volés mais celui-ci a persisté à affirmer qu'on avait fabriqué des faux documents pour tenter de nuire à sa réputation et ruiner sa carrière.

    UNE FONTE DES GLACES PROVIDENTIELLE

    La fonte des glaces dans une région montagneuse de Norvège a permis la découverte de près 800 objets vikings le long d'une route commerciale créée dès l'époque romaine.

    Les archéologues ont ainsi mis à jour dans la région d'Innlandet une chaussure en cuir, une mitaine en laine et une tunique datant de vers l'an 300 ainsi que des pointes de flèches, des ustensiles de cuisine, des cannes, un morceau de traineau et des fers de cheval produits entre le 10e et 13e siècle.

    Des bornes faites à partir de pierres carrées servaient à délimiter la route recouverte après la fin du XVe siècle par la neige et les glaces, lesquelles ont fini par fondre en raison du changement climatique.

    En fait, dès le quatrième millénaire avant notre ère, les humains s'étaient aventurés dans des cols montagneux, notamment dans les Alpes où on a retrouvé il y a quelques années la dépouille remarquablement conservée depuis 5300 ans d'un homme que les savants ont surnommé Ötzi après la fonte de la glace qui l'avait préservée tout ce temps.

    EFFET DEVASTATEUR DU CORONAVIRUS SUR LE MARCHE DE L'ART

    L'épidémie de Coronavirus qui s'est propagée à travers l'Asie, l'Europe et les Etats-Unis a eu en deux mois des effets dévastateurs sur le commerce mondial de l'art au point que les observateurs du marché ont craint la mise en faillite de 30% de galeries et boutiques d'antiquaires de la planète.

    Le marché n'a pu trouver qu'une légère bouffée d'oxygène à travers des ventes en ligne en général modestes alors que les prix se sont effondrés dans plusieurs domaines, hormis pour les pièces exceptionnelles toutefois rares à trouver en cette période de confinement général, une tendance facilement vérifiée dans les estimations des catalogues en ligne des grandes maisons de vente qui sera susceptible de profiter à ceux qui ne sont pas en panne de liquidités.

    Les galeries de la planète s'attendent à une perte moyenne de 72% d'e leur CA et même à 79% au Royaume-Uni mais en définitive, 33% d'entre elles auront mis la clé sous la porte en raison de la pandémie de Covid19, notamment les plus petites qui n'auront pas eu les moyens financiers de tenir.

    Disposant encore de liquidités,, les grandes galeries parviendront à se refaire progressivement, à condition toutefois d'obtenir des aides dans les pays où elles se trouvent et de voir les faibles taux d'intérêts maintenus pour leurs emprunts.

    Reste à savoir combien d'employés parmi les 67% mis en congé forcé durant la pandémie pourront retrouver leur travail alors que les pays concernés ont agi pour l'instant en ordre dispersé, l'Allemagne se montrant la plus généreuse en prêtant 50 milliards d'euros à des entreprises et des auto-entrepreneurs. De son côté, le Royaume Uni s'est engagé à aider les personnels et les auto-entrepreneurs mis au chômage tandis que les Etats-Unis ont alloué 370 milliards de dollars de prêts aux petites entreprises qui ont estimé que les mesures n'étaient en rien généreuses.

    En fait, les galeries auraient espéré des réductions substantielles d'impôts et de TVA après avoir retenu des stands dans des foires plus tard annulées sans compter qu'elles ont dû continuer à payer leurs loyers qui représentent entre 27 et 40% de leurs dépenses mensuelles, les plus petites se retrouvant exposées à une faillite inéluctable face à des propriétaires peu disposés à se transformer en mécènes alors que les lois contre les évictions peuvent être facilement contournées.

    En attendant la pandémie aura fait de sérieux dégâts parmi les acteurs du monde de l'art qui auront à se débattre durant au moins quatre ans pour retrouver leur niveau de 2019.

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