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Le journal d'un fou d'art

Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.

  • Introduction et chapitres de 1 à 2
  • Chapitres 3 à 5
  • Chapitres 6 à 8
  • Chapitres 9 à 11
  • Chapitres 12 à 14
  • Chapitres 15 à 17
  • Chapitres 18 à 20
  • Chapitres 21 à 23
  • Chapitres 24 à 26
  • Chapitre 27 à 29
  • Chapitre 30 à 32
  • Chapitre 33 à 35
  • Chapitre 36 à 38
  • Chapitre 39 à 41
  • Chapitre 42 à 44
  • Chapitre 45 à 47
  • Chapitre 48 à 50
  • Chapitre 51 à 53
  • Chapitre 54 à 56
  • Chapitre 57 à 59
  • Chapitre 60 à 62
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    LIVème Chapitre
    L'ESPAGNE PAYS DES RESTAURATIONS DEPLORABLES
    26 Juin 2019

    L'Espagne a un sérieux problème avec des restaurations farfelues réalisées dans des églises, comme en 2012 lorsqu'une paroissienne avait repeint dans une église de la localité de Borja la fresque d'un Christ en transformant son visage en celui d'un clown. Cette fois c'est une sculpture du 16e siècle de Saint Georges à cheval terrassant le dragon qui a été massacrée dans l'église San Miguel d'Estella, en Navarre, par une équipe de sagouins qui lui a donné l'air de ressembler à Tintin.

    Face à la multiplication de ces affreux ratages, les autorités ont délivré une amende de 6010 euros aux restaurateurs amateurs et aux responsables de l'église qui ont dû  dépenser 30.000 euros pour redonner à la sculpture une partie de son éclat originel.

    Des représentants du patrimoine espagnol ont souligné que ces problèmes de restaurations désastreuses étaient en fait plus nombreux par rapport aux cas cités par la presse. Néanmoins, ayant fait l'objet d'une couverture médiatique sans précédent, l'incident de Borja avait permis non seulement d'attirer des milliers de touristes venus constater le massacre commis par Cecilia Gimenez, une paroissienne exagérément sûre de son talent, et visiter par la même occasion l'exposition de ses propres œuvres mais aussi d'inspirer l'auteur d'un opéra comique. Nullement démontée pour un sou, la vieille dame avait même obtenu des royalties sur la vente de tee shirts, de souvenirs et de tasses représentant son pitoyable massacre.

    L'an dernier, un paroissien zélé ne s'était pas gêné de couvrir de couleurs fluo trois sculptures du 15e siècle dans la chapelle d'El Ranadoiro, un hameau du nord de l'Espagne en affublant l'Enfant Jésus d'une robe verte, en peignant l'écharpe de la Vierge en rose, sa robe en bleu ciel et en maquillant ses yeux. Il serait donc temps que les autorités prennent les choses en main pour décréter que des restaurations d'objets patrimoniaux ne soient confiées qu'à des artisans confirmés.

    MIRACLE POUR NOTRE-DAME

    L'incendie qui avait ravagé en avril la toiture et la flèche de Notre-Dame avait également causé la destruction de son horloge qui, à la différence de la charpente de l'édifice, n'avait pas été numérisée avant le sinistre.

    Les plans ayant disparu, aucune indication n'existait donc, sauf des photos, pour guider sa reconstruction mais, miracle, sa sœur jumelle a été retrouvée au hasard d'un inventaire à l'église de la Sainte Trinité à Paris, ce qui permettra aux restaurateurs de refaire à l'identique celle de Notre-Dame

    L'horloge de l'église de la Sainte-Trinité avait été remplacée depuis 50 ans par un modèle électrique et n'avait plus tourné depuis .Mais il suffit de donner un bon coup de manivelle pour qu'à nouveau le tic-tac et la sonnerie de son mécanisme de plus de deux mètres de long se fassent entendre. 

    C'est le même modèle, à quelques différences de près, que celui fabriqué pour Notre-Dame par l'atelier Colin en 1867 mais il n'est pas question de le transférer dans la cathédrale où les maîtres horlogers s'attelleront à reproduire à l'identique l'horloge perdue.


    UNE LONGUE BATAILLE JUDICIAIRE POUR UN TRESOR DU MOYEN ÂGE VENDU SOUS LA CONTRAINTE

    En 1929, un consortium de marchands juifs avait acheté pour 7,5 million de marks auprès du Duc de Brunswick de la dynastie royale de Guelph 82 pièces importantes du Moyen Âge provenant de la Cathédrale de Brunswick à Braunschweig mais en 1935, ceux-ci avaient été contraints de les céder à l'Etat prussien pour 4,25 millions de marks alors que plusieurs années plus tard, leurs héritiers ont réclamé leur restitution à la Fondation du patrimoine de Prusse (SPK) en entamant une longue bataille judiciaire.

    L'affaire pourrait se terminer devant un tribunal américain qui a été saisi par les héritiers mais le SPK, pour qui la vente de l'ensemble ne fut pas soumise à une contrainte du régime nazi, compte démontrer que la justice américaine n'a aucune compétence en la circonstance puisque la transaction s'était faite entre Allemands en Allemagne.

    Selon les plaignants, le consortium en question avait été soumis à la pression de Hermann Goering pour céder leur trésor, lequel fut ensuite offert à Adolf Hitler alors qu'aujourd'hui, ce qui reste de la collection, exposée au Bode Museum de Berlin, vaudrait quelque 276 millions de dollars.

    L'affaire a commencé en 2008 lorsque les héritiers des marchands ont saisi la justice allemande mais la commission d'Etat chargée de traiter les cas de spoliations par les nazis avait estimé en 2014 que la vente du trésor de Guelph n'avait pas été forcée et que le prix qui avait été payé, bien inférieur à celui de son achat, avait été la conséquence de la crise monétaire survenue après le krach de Wall Street en 1929.

    En 2015, le SPK a tenté d'empêcher une nouvelle plainte déposée devant la justice américaine qui avait accepter d'examiner l'affaire, une décision confirmée en juillet 2018 par une cour d'appel puis à nouveau en juin 2019 par celle du district de Columbia.

    Les avocats des héritiers ont estimé que le SPK avait tout fait pour que la vente de 1935 ne soit pas examinée à la loupe et que l'Allemagne prenait d'étranges libertés à propos d'une affaire de spoliation par les nazis en faisant en sorte de ne pas prendre position pour gagner du temps jusqu'à la disparition des plaignants.

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