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Le journal d'un fou d'art

Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.

  • Introduction et chapitres de 1 à 2
  • Chapitres 3 à 5
  • Chapitres 6 à 8
  • Chapitres 9 à 11
  • Chapitres 12 à 14
  • Chapitres 15 à 17
  • Chapitres 18 à 20
  • Chapitres 21 à 23
  • Chapitres 24 à 26
  • Chapitre 27 à 29
  • Chapitre 30 à 32
  • Chapitre 33 à 35
  • Chapitre 36 à 38
  • Chapitre 39 à 41
  • Chapitre 42 à 44
  • Chapitre 45 à 47
  • Chapitre 48 à 50
  • Chapitre 51 à 53
  • Chapitre 54 à 56
  • Chapitre 57 à 59
  • Chapitre 60 à 62
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    LIVème Chapitre
    LES HERITIERS DE RENE GIMPEL SE MANIFESTENT CONTRE L'ETAT
    25 Juin 2019


    Les descendants de collectionneur  et galeriste  juif René Gimpel  spolié sous l'Occupation ont attaqué en justice l'Etat français et deux musées pour demander la restitution de trois tableaux du fauviste André Derain exposés depuis des années à Troyes et à Marseille.


    Les débats se sont annoncés ardus entre les héritiers de René Gimpel d'une part, et le ministère de la Culture et les musées d'art moderne de Troyes et Cantini à Marseille d'autre part, les premiers réclamant justice tandis que les seconds ont plaidé la la légalité de l'acquisition des œuvres «Paysage à Cassis», «La Chapelle-sous-Crecy» et «Pinède, Cassis», peintes entre 1907 et 1910.

     

    Les musées ont estimé qu'un doute subsistait sur la concordance entre les peintures réclamées et les toiles qu'ils détiennent, certaines ayant changé de nom ou ont été rentoilées. Claire, la petite-fille de René Gimpel, un résistant qui mourut au camp de Neuengamme en janvier 1945., n'a découvert tardivement qu'il avait été l'un des plus grands collectionneurs d'art de l'entre-deux-guerres. Comme d'autres galeristes juifs, il avait été spolié, contraint de vendre à bas prix des œuvres pour financer la fuite de sa famille à Londres ou son réseau de résistance.

     

    Avec quatre autres héritiers, Claire Gimpel a décidé de se battre pour retrouver et récupérer toutes les œuvres ayant appartenu à son grand-père qui n'ont pas encore été restituées, a expliqué leur avocate Me Corinne Hershkovitch, qui a obtenu il y a 20 ans la restitution par le musée du Louvre d'un tableau spolié.

     

    Selon des documents présentés au tribunal, René Gimpel avait acheté six Derain en 1921 aux enchères de Drouot. Pour les héritiers, ce sont trois de ces tableaux qui se trouvent aux musées de Troyes et de Marseille. Or la trace de ces œuvres s'est perdue pendant la guerre. Pour Béatrice Cohen, avocate du Musée d'art moderne de Troyes, il y a trop d'hypothèses émises en l'espèce pour que l'on puisse véritablement connaître le parcours des deux œuvres de Derain exposées à Troyes et savoir si elles étaient toujours dans le patrimoine de René Gimpel après le 16 juin 1940.

    LA VENTE DE JUDITH ET HOLOPHERNE ATTRIBUE AU CARAVAGE ANNULEE

    Attribué au Caravage par le cabinet d'expertise Turquin, la vente du tableau "Judith et Holopherne" qui devait se tenir à Toulouse le 27 juin a été soudainement annulée, celui-ci ayant été cédé à l'occasion d'une transaction privée pour un montant non dévoilé.

    L'oeuvre avait été estimée à quelque 100 millions d'euros, une somme normale pour un Caravage mais exorbitante pour une oeuvre dont l'attribution a été contestée. Les vendeurs semblent donc avoir préféré s'en séparer sans passer par le feu des enchères en obtenant peut-être un prix convenable.

    L'acheteur, un étranger qui a tenu à préserver son anonymat, compterait  déposer le tableau d'ici 18 mois dans un grand musée mais il reste à savoir s'il sera reconnu un jour comme une œuvre autographe du Caravage. Jusque là, le débat a fait rage entre les spécialistes qui ont eu la certitude qu'il était de sa main et ceux qui ont exprimé des doutes.

    Le tableau n'a figuré que dans le catalogue de l'exposition Caravage organisée à Naples comme de l'entourage de l'artiste alors qu'aucun musée français n'a cherché à l'acquérir, un signe d'incertitude qui a certainement joué durant les jours précédant sa vente puisque aucun acheteur n'a apparemment placé d'ordre dépassant le prix de départ.

    Ramené de Naples vers 1806 par un officier de l'armée de Napoléon, le tableau comportait des éléments pointant vers le Caravage mais d'autres, qui semblaient plus faibles, auraient pu être de la main du suiveur du Caravage Louis Finson qui l'aurait peut-être terminé après le départ de l'artiste précipité de l'artiste en 1606 lorsqu'il venait d'être condamné à mort pour avoir tué un homme d'un coup de couteau à la suite d'une rixe à Rome.

    Selon des sources fiables, l'acheteur du tableau ne serait autre que le collectionneur américain milliardaire J. Tomilson Hill qui l'aurait payé bien au-delà du prix de départ de 30 millions d'euros (peut-être aux alentouts de 75 millions) après l'avoir trouvé plus que convainquant

    Ancien président du groupe Blackstone, ce dernier a déjà effectué des transactions de poids dans les domaines de l'art contemporain et des tableaux anciens avant d'inaugurer la Fondation Hill Art au début de l'année en exposant des oeuvres de Christopher Wool.

    En 2015, il avait déboursé 30 millions de livres pour un portrait d'homme au bonnet rouge daté de 1530 peint par Jacopo Pontormo en profitant de l'incapacité du ministère britannique de la Culture de réunir des fonds pour que l'oeuvre reste au Royaume-Uni.

    Tomilson Hilla ainsi pris un risque en achetant le tableau de Toulouse du fait que les spécialistes du Caravage étaient divisés quant à son authenticité d'autant plus que le ministère français de la Culture n' pas jugé opportun d'empêcher son exportation. N'empêche, l'oeuvre est de qualité mais certains détails ont laissé suggérer la collaboration d'une deuxième main ou du tout qu'elle ait terminé par un autre artiste que le Caravage qui l'aurait laissée inachevée. D'ailleurs, la présence de repentirs semble prouver cette hypothèse.

    Ce serait Keith Christiansen, le directeur du département des peintures européennes au Metropolitan Museum de New York, lequel avait été d'avis dès le début que le tableau était de la main du Caravage, qui aurait poussé Tomilson Hill à l'acquérir.

    En attendant, même si l'oeuvre a été terminée par un autre artiste (on pense surtout à Finson), la vente de ce tableau aura été plus marquante du fait qu'il n'existe que six oeuvres attribuées au Caravage qui soient aujourd'hui en mains privées et ul se pourrait bien que le Met l'expose dans sa galerie des peintures européennes appelée à être réouverte après des travaux de rénovation. A moins que son acheteur ait conclu un accord avec le Getty Museum de Los Angeles auquel il a déjà prêté des oeuvres.


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