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Le journal d'un fou d'art
Chapitre : 27 titres
10/27
XXIXème Chapitre
RISQUE D'UNE PANNE DE DOLLARS SUR LE MARCHE DE L'ART
11 Octobre 2008
Vendredi 10 octobre 2008, panique à la Bourse de Tokyo avec une chute de 10% de l'indice Nikkéi. Dans la foulée, les bourses asiatiques et européennes ont décroché à leur tour histoire de prouver une nouvelle fois que les nuls étaient aux commandes des marchés financiers. Cette série de dégringolades n'a pas manqué de faire l'objet des conversations des brocanteurs de Saint-Ouen qui pour la plupart ont eu toutefois la consolation de ne pas avoir investi leur argent en bourse, ce qui n'a malheureusement pas été le cas d'un peintre contemporain chinois installé à Paris lequel a avoué avoir perdu quelque 500 000 euros en deux semaines à la bourse de Hong Kong. Ce ne sera certainement pas avec sa belle collection de montres de grandes marques qu'il pourra espérer se refaire.
Rencontre au détour d'une allée du marché Paul Bert avec le galeriste Charles Bailly qui lui aussi a manifesté son inquiétude pour le marché de l'art, encore épargné par le tsunami financier venu des Etats-Unis. Ayant eu au moins la satisfaction de ne pas trop enregistrer de déconvenues lors d'une vente organisée quelques jours plus tôt à New York, il a dit cependant craindre une baisse de l'activité en raison de la mise au chômage de nombreux golden boys qui achetaient auparavant sans compter dans les ventes aux enchères. "Il ne faut pas se leurrer, seules les pièces exceptionnelles continueront à se vendre alors que la marchandise de qualité moyenne sera de plus en plus délaissée", a-t-il ajouté un brin fataliste. Bref, le marché de l'art va risquer d'être en panne de dollars.
En soirée, la fête annuelle du marché aux Puces de Saint-Ouen a battu son plein. A défaut de trouver de nouveaux acheteurs, les marchands ont noyé leur spleen dans l'alcool qui a coulé à flots jusqu'à minuit avec le risque pour les fêtards de se faire contrôler par la police et d'être invités à souffler dans un ballon une fois repartis au volant de leur voiture.
Sur les buffets, beaucoup de charcuteries et peu de petits fours succulents au grand dam des pique-assiette qui se sont rattrapés sur les vins, les mousseux et les coupes de champagne sauf au stand 13 de l'allée principale du marché Paul Bert où il fallait montrer son carton d'invitation personnel pour boire un verre. En cette période de crise désastreuse, certains marchands du genre grippe-sou finiront peut-être par demander un droit d'entrée à tout visiteur.
Samedi 11 octobre 2008, rencontre au marché de Vanves avec un marchand surnommé « Le Stressé » qui a manifesté sa colère à l'encontre d'un galeriste parisien à qui il avait confié à la vente un dessin ancien valant dans les 30 000 euros tout en touchant un acompte de 3500 euros dans l'attente de son authentification. Au bout d'un certain temps, le bougre avait constaté que son dessin avait été « cramé » après avoir été présenté sans succès à divers spécialistes en dépit de la délivrance d'un certificat d'authenticité tant attendu. Ayant alors voulu récupérer son dessin, il s'était entendu répondre qu'il avait été perdu mais quelques semaines plus tard, il l'avait découvert, trônant au milieu d'un stand dans un salon d'antiquités avec un prix affiché de 33 000 euros. Fureur du « Stressé » qui a décidé de poursuivre le galeriste en justice pour lui montrer que les petits marchands en avaient marre de se faire marcher dessus par ceux qui se prenaient pour les pontes du marché. Non mais !
Mardi 14 octobre 2008, petit à l'Hôtel Drouot où les expositions précédant les ventes du mercredi ont paru bien décevantes, à croire que la marchandise de qualité a subitement fait défaut. Au détour d'une salle, rencontre avec un expert qui a révélé un brin inquiet que certains groupes de vente ont commencé à réduire leur personnel alors qu'une grande maison dont un des crieurs a été remercié récemment était actuellement en butte à des difficultés budgétaires propres à risquer de la mettre sur le carreau. Certains commissaires-priseurs auront donc de quoi devenir marteau...
Quelques minutes plus tard, on a pu assister à une vente surréaliste à la Salle Rossini où de nombreux lots sont partis à moins de 30 euros. Face à un tel déferlement d'enchères minables, on finirait par être tenté de penser que la crise a sonné brutalement à la porte des salles de vente au point d'entendre bientôt l'Hôtel Drouot fredonner à la façon de Ray Charles "Enchères my heart, Baby set me free"....
Mercredi 15 octobre 2008, le ministère de la Culture a annoncé que la fréquentation des musées français avait augmenté de 9% en trois ans. Enfin une bonne nouvelle qui ne servira malheureusement pas à gommer les tourments nés de la crise économique mais qui a semblé prouver que l'art peut constituer un excellent dérivatif pour oublier durant quelques heures que le monde est devenu de plus en plus fou.
Dans la journée, visite au Centre Pompidou pour une rétrospective consacrée à Jacques de La Villeglé, le spécialiste des affiches lacérées reconstituées génialement. Prises une à une, elles sont magnifiques mais leur réunion a finalement semblé avoir un effet nuisible pour l'oeil. Découverte ensuite de l'exposition sur le Futurisme pour constater l'effet révolutionnaire que ce mouvement produisit il y a tout juste cent ans en Europe. Carra, Boccioni, Severini et Russolo avaient vraiment la vitesse au bout du pinceau tant l'illusion du mouvement était intense sur leurs toiles. N'empêche, à présent, le Futurisme a acquis un côté passéiste étant donné que le progrès qu'on n'arrête pas a tout emporté sur son passage.
Vendredi 10 octobre 2008, panique à la Bourse de Tokyo avec une chute de 10% de l'indice Nikkéi. Dans la foulée, les bourses asiatiques et européennes ont décroché à leur tour histoire de prouver une nouvelle fois que les nuls étaient aux commandes des marchés financiers. Cette série de dégringolades n'a pas manqué de faire l'objet des conversations des brocanteurs de Saint-Ouen qui pour la plupart ont eu toutefois la consolation de ne pas avoir investi leur argent en bourse, ce qui n'a malheureusement pas été le cas d'un peintre contemporain chinois installé à Paris lequel a avoué avoir perdu quelque 500 000 euros en deux semaines à la bourse de Hong Kong. Ce ne sera certainement pas avec sa belle collection de montres de grandes marques qu'il pourra espérer se refaire.
Rencontre au détour d'une allée du marché Paul Bert avec le galeriste Charles Bailly qui lui aussi a manifesté son inquiétude pour le marché de l'art, encore épargné par le tsunami financier venu des Etats-Unis. Ayant eu au moins la satisfaction de ne pas trop enregistrer de déconvenues lors d'une vente organisée quelques jours plus tôt à New York, il a dit cependant craindre une baisse de l'activité en raison de la mise au chômage de nombreux golden boys qui achetaient auparavant sans compter dans les ventes aux enchères. "Il ne faut pas se leurrer, seules les pièces exceptionnelles continueront à se vendre alors que la marchandise de qualité moyenne sera de plus en plus délaissée", a-t-il ajouté un brin fataliste. Bref, le marché de l'art va risquer d'être en panne de dollars.
En soirée, la fête annuelle du marché aux Puces de Saint-Ouen a battu son plein. A défaut de trouver de nouveaux acheteurs, les marchands ont noyé leur spleen dans l'alcool qui a coulé à flots jusqu'à minuit avec le risque pour les fêtards de se faire contrôler par la police et d'être invités à souffler dans un ballon une fois repartis au volant de leur voiture.
Sur les buffets, beaucoup de charcuteries et peu de petits fours succulents au grand dam des pique-assiette qui se sont rattrapés sur les vins, les mousseux et les coupes de champagne sauf au stand 13 de l'allée principale du marché Paul Bert où il fallait montrer son carton d'invitation personnel pour boire un verre. En cette période de crise désastreuse, certains marchands du genre grippe-sou finiront peut-être par demander un droit d'entrée à tout visiteur.
Samedi 11 octobre 2008, rencontre au marché de Vanves avec un marchand surnommé « Le Stressé » qui a manifesté sa colère à l'encontre d'un galeriste parisien à qui il avait confié à la vente un dessin ancien valant dans les 30 000 euros tout en touchant un acompte de 3500 euros dans l'attente de son authentification. Au bout d'un certain temps, le bougre avait constaté que son dessin avait été « cramé » après avoir été présenté sans succès à divers spécialistes en dépit de la délivrance d'un certificat d'authenticité tant attendu. Ayant alors voulu récupérer son dessin, il s'était entendu répondre qu'il avait été perdu mais quelques semaines plus tard, il l'avait découvert, trônant au milieu d'un stand dans un salon d'antiquités avec un prix affiché de 33 000 euros. Fureur du « Stressé » qui a décidé de poursuivre le galeriste en justice pour lui montrer que les petits marchands en avaient marre de se faire marcher dessus par ceux qui se prenaient pour les pontes du marché. Non mais !
Mardi 14 octobre 2008, petit à l'Hôtel Drouot où les expositions précédant les ventes du mercredi ont paru bien décevantes, à croire que la marchandise de qualité a subitement fait défaut. Au détour d'une salle, rencontre avec un expert qui a révélé un brin inquiet que certains groupes de vente ont commencé à réduire leur personnel alors qu'une grande maison dont un des crieurs a été remercié récemment était actuellement en butte à des difficultés budgétaires propres à risquer de la mettre sur le carreau. Certains commissaires-priseurs auront donc de quoi devenir marteau...
Quelques minutes plus tard, on a pu assister à une vente surréaliste à la Salle Rossini où de nombreux lots sont partis à moins de 30 euros. Face à un tel déferlement d'enchères minables, on finirait par être tenté de penser que la crise a sonné brutalement à la porte des salles de vente au point d'entendre bientôt l'Hôtel Drouot fredonner à la façon de Ray Charles "Enchères my heart, Baby set me free"....
Mercredi 15 octobre 2008, le ministère de la Culture a annoncé que la fréquentation des musées français avait augmenté de 9% en trois ans. Enfin une bonne nouvelle qui ne servira malheureusement pas à gommer les tourments nés de la crise économique mais qui a semblé prouver que l'art peut constituer un excellent dérivatif pour oublier durant quelques heures que le monde est devenu de plus en plus fou.
Dans la journée, visite au Centre Pompidou pour une rétrospective consacrée à Jacques de La Villeglé, le spécialiste des affiches lacérées reconstituées génialement. Prises une à une, elles sont magnifiques mais leur réunion a finalement semblé avoir un effet nuisible pour l'oeil. Découverte ensuite de l'exposition sur le Futurisme pour constater l'effet révolutionnaire que ce mouvement produisit il y a tout juste cent ans en Europe. Carra, Boccioni, Severini et Russolo avaient vraiment la vitesse au bout du pinceau tant l'illusion du mouvement était intense sur leurs toiles. N'empêche, à présent, le Futurisme a acquis un côté passéiste étant donné que le progrès qu'on n'arrête pas a tout emporté sur son passage.