Jeudi 30 octobre, référé au tribunal d'instance de Versailles concernant les ventes par une étude versaillaise entre 1992 et 1996 de quatre tableaux aujourd'hui contestés. En voulant les revendre, l'acheteur a été informé par des experts que ces tableaux étaient douteux et a de ce fait réclamé la nomination d'un expert auprès du tribunal. L'affaire s'est corsée lorsque dans le cours de la procédure, l'étude a décidé de mettre en cause les vendeurs mais ceux-ci auront tout loisir de préciser que s'ils avaient bien donné ces œuvres à vendre, ils n'avaient aucunement pris part à la rédaction des catalogues de ventes.
En fait, la décision d'inclure dans ces catalogues des œuvres de Charles Chaplin, Bompard, Galien-Laloue ou Gervex avait été prise par le commissaire-priseur lequel, pour se couvrir, aurait peut-être dû prendre la précaution d'accompagner leurs noms de la mention « attribué
à ».
Maintenant, l'expert nommé par le tribunal a-t-il les compétences requises pour authentifier ces œuvres ? Quand on sait que d'ordinaire l'autorité d'un bon spécialiste ne se rapporte qu'à quelques peintres, on devine que la tache dévolue à ce dernier sera des plus compliquées d'autant plus qu'il est surprenant que le tribunal ait demandé aux vendeurs d'assister celui-ci dans sa tâche.
Un des vendeurs a précisé au tribunal qu'il avait donné à vendre un tableau à ce commissaire-priseur lequel n'avait pas hésité à l'inclure dans son catalogue de vente comme étant une œuvre du peintre Charles Chaplin. Bizarrement, ce tableau n'avait été vendu que pour
7 200 FF lors de cette vacation organisée en juin 1992, une somme plutôt modeste pour ce peintre alors que certaines de ses toiles se vendent entre 4 000 et 30 000 euros avec un record de 210 000 euros à la clé. Il va de soi qu'en atteignant un prix si bas dans une salle comble, ce tableau pouvait susciter des doutes quant à sa réelle attribution alors que le vendeur avait de son côté de quoi être déçu.
Que décidera alors l'expert alors qu'il n'existe pas de spécialiste patenté pour Chaplin ? That is the question. En attendant, cette affaire promet de lui donner du fil à retordre nonobstant le fait que les juges ne connaissent pas grand chose aux petites embrouilles du monde de l'art.
Vendredi 31 octobre, le marché aux Puces de Saint-Ouen offre un visage plutôt tranquille à six heures du matin. En cette veille de Toussaint, l'activité des marchands est plutôt moribonde et ceux, bien rares, qui ont amené de la bonne marchandise l'ont réservée en priorité à des professionnels ayant le portefeuille plus garni que les chineurs. A ce jeu-là, il vaut mieux rester douillettement au lit au lieu d'arpenter les allées du marché pour rien.
La grande fête organisée aux Puces il y a trois semaines est retombée comme un soufflet et le marché est vite retombé dans la morosité d'autant plus que les acheteurs américains restent cruellement absents et le demeureront tant que le dollar ne vaudra que 83 centimes d'euro.
Samedi 1er novembre, rencontre avec « Ben Claude » à Saint-Ouen, le petit chineur de l'île de la Réunion qui s'était fait oublier depuis des mois s'est décidé à réapparaître sans pour autant être sorti de la mouise. Il n'a toujours pas revendu sa maison achetée grâce à un tableau de Monet acheté 110 euros à Drouot en février 1995 et revendu pour 150 000 euros chez Sotheby's et vit chichement du RMI en attendant des jours meilleurs.
Il est cependant dommage que ce brave chineur soit maintenant hors-jeu puisque la situation ne lui permet plus de taquiner ses rivaux. Un peu honteux, il avoue d'ailleurs qu'il a du mal à survivre avec 300 euros par mois et que la raréfaction de la marchandise le pénalise car ce n'est pas avec le peu d'argent qu'il lui reste en poche qu'il pourra se donner les moyens de trouver un trésor.
Il me parle d'ailleurs de ce tableau divisionniste de Maximilien Luce trouvé cet été pour trois euros dans un vide-grenier près de Nancy et revendu dernièrement aux enchères dans cette ville pour 68 000 euros en ajoutant qu'il n'aurait de toute manière jamais suffisamment d'argent pour quitter les environs de la capitale et aller chiner en province. « Et encore, il aurait fallu que je me trouve au bon endroit et au bon moment pour faire ce coup », dit-il d'une voix triste.
Triste, tel est aussi le mot pour décrire le week-end de la Toussaint aux Puces de Saint-Ouen où les affaires ont été pratiquement nulles. La situation devient franchement inquiétante, surtout que tout le premier étage du marché Malassis est sur le point d'être fermé faute de locataires.
Le marché est devenu plus un terrain pour promeneurs qu'un lieu de vente tout simplement parce que l'économie est gelée. A ce compte là, il ne restera plus aux marchands qu'à demander un droit d'entrée aux visiteurs pour au moins s'offrir un casse-croûte et rembourser leurs frais d'essence et de parking.
Triste aussi l'attitude de certains policiers de Saint-Ouen chargés de surveiller le marché car ils viennent d'être suspendus après avoir été fortement soupçonnés d'avoir eux-mêmes taxé de la marchandise dans des stands. Si maintenant les policiers se mettent à jouer aux voleurs, où va-t-on ?