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Le comble pour un artiste de Belgrade est d'avoir le pinceau acerbe...
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Le journal d'un fou d'art
Chapitre :
23 titres
XXème Chapitre
Confessions d'un faussaire
01 Octobre 2003 |
Cet article se compose de 2 pages.
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Lundi 3 novembre, lecture du livre titré « L'Art en Feu » (Editions Carnot) par Alin Marthouret, ancien braqueur et surtout plagiaire génial, auteur de nombreux faux signés Marquet, Derain, Vlaminck, Utrillo, Modigliani ou autres grands noms de la peinture. Selon Marthouret, plus de 200 000 excellentes copies de grands maîtres furent produites de la fin du XVIIIe à celle du XIXe siècle. Nombreuses furent celles qui furent ensuite attribuées à « untel » avant d'être considérées comme authentiques par certains conservateurs de musées. Ce faussaire commença sa carrière à vingt ans pour le compte de propriétaires de boîtes de nuit qui lui demandèrent de produire des toiles impressionnistes, fauves et post-impressionnistes pour les écouler sur le marché. A partir de là, il découvrit le gotha du marché de l'art et notamment le marchand Pétridès pour qui, affirme-t-il, il réalisa des faux Utrillo. Ce fut Fernand Legros qui écoula ses plagiats, notamment de nombreuses toiles signées Marquet que l'escroc faisait authentifier par sa veuve. Il peignit également de nombreux faux Derain fauves pour lesquels la fille et la veuve du peintre ne se faisaient pas beaucoup prier pour produire des certificats d'authenticité. « Les filles de Maurice de Vlaminck étaient, elles, toujours à courir après l'argent pour les réparations de leur maison de campagne. Combien de signatures Fernand leur a-t-il fait cautionner ? », demande-t-il dans son livre. Et d'ajouter : « Pendant la période Legros, qui dura pour moi jusqu'en 1970 environ, les documents d'authenticité arrivaient souvent avant même la réalisation de l'œuvre, tant tout ce beau monde (celui des veuves, des maîtresses et des ayants droit manquant de morale) était pressé ». Fernand Legros écoula ainsi aux Etats-Unis une quantité industrielle de faux tableaux produits par Marthouret, notamment de nombreuses vues de Collioure signées Derain pour lesquelles les ayants-droit n'étaient pas très regardants. Faux Monet, Bonnard, David, Wintherhalter, Gérôme, la palette de Marthouret avait une certaine envergure quoique pour tromper les amateurs, il lui fallait avoir une certaine dose de talent et surtout la capacité de mettre au point une touche similaire à celle du peintre plagié. Le secret de Marthouret était simple. Il essayait de se mettre à la place du maître, saisir ses émotions, parcourir ses chemins et de travailler à l'instinct en laissant surtout son cerveau au repos pour ne pas laisser une main moins spontanée le trahir. Contacté un jour par un riche amateur seulement désireux de s'entourer des plus belles toiles de l'histoire de l'art, Marthouret créa des Van Gogh, Gauguin et Modigliani criants de vérité et affirme aujourd'hui qu'un de ses « Vincent » a été vendu à un prix exorbitant dans une grande vente aux enchères. Pour ce faussaire génial, la connaissance de la peinture, même chez un individu cultivé, se limite dans le meilleur des cas à une soixantaine de tableaux. « C'est plus proche de 25 en général. J'en ai la preuve simple : depuis mes débuts de copiste, on ne m'a pratiquement commandé que ces soixante toiles là… J'ai connu un expert incapable de citer à brûle-pourpoint plus de quarante toiles. Il en a pourtant vendu, expertisé ou simplement vu passer plusieurs milliers », indique-t-il. Autant dire qu'il n'estime pas vraiment les professionnels du marché de l'art, incapables à ses yeux d'aimer les œuvres pour ce qu'elles sont. Marthouret a été Vincent Van Gogh, incarnant un homme perpétuellement déchiré par deux certitudes : n'être pas le commun des mortels et construire une œuvre pour l'humanité, ne jamais être reconnu pour tel de son vivant. Pour ce faire, il affirme s'être effacé pour vivre à sa place, ressentir sa douleur et traverser les enfers avant de renaître au Paradis. « Adopter leur technique (des maîtres), se draper dans leur génie, reprendre à la lettre leur œuvre et faire en sorte que le spectateur ressente, face à la copie, les mêmes émotions que devant l'original, voilà le seul rôle que j'ai souhaité jouer », dit-il tout en ajoutant que la seule perdante dans l'affaire est la spéculation. Marthouret hait la société de n'avoir pas compris Van Gogh ; de ne pas avoir saisi cette évidence que même seul, l'artiste est le reflet de toute la beauté du monde ou de toute sa déchéance alors que dans son esprit, il s'agissait d'afficher à la face du monde que celui-ci devait comprendre que la peinture avait un prix, c'est à dire l'existence même de sa personne. Et ce fils de bagnard d'égrener ses autres plagiats, Turner, Degas, Lautrec, Cézanne, Klimt, Matisse, Dufy, Monet, Vuillard, De Staël, Chagall, Gauguin, ce dernier sur des supports appropriés, parfois des sacs postaux volés à son facteur. Et de se moquer également des experts en déclarant : « Je souris de voir ressortir régulièrement un dessin « authentique » de Paul Gauguin… exécuté par moi ». Des croquis de Gauguin authentifiés, il en verra d'ailleurs passer en vente plus d'un exécuté par lui …
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Lundi 3 novembre, lecture du livre titré « L'Art en Feu » (Editions Carnot) par Alin Marthouret, ancien braqueur et surtout plagiaire génial, auteur de nombreux faux signés Marquet, Derain, Vlaminck, Utrillo, Modigliani ou autres grands noms de la peinture. Selon Marthouret, plus de 200 000 excellentes copies de grands maîtres furent produites de la fin du XVIIIe à celle du XIXe siècle. Nombreuses furent celles qui furent ensuite attribuées à « untel » avant d'être considérées comme authentiques par certains conservateurs de musées. Ce faussaire commença sa carrière à vingt ans pour le compte de propriétaires de boîtes de nuit qui lui demandèrent de produire des toiles impressionnistes, fauves et post-impressionnistes pour les écouler sur le marché. A partir de là, il découvrit le gotha du marché de l'art et notamment le marchand Pétridès pour qui, affirme-t-il, il réalisa des faux Utrillo. Ce fut Fernand Legros qui écoula ses plagiats, notamment de nombreuses toiles signées Marquet que l'escroc faisait authentifier par sa veuve. Il peignit également de nombreux faux Derain fauves pour lesquels la fille et la veuve du peintre ne se faisaient pas beaucoup prier pour produire des certificats d'authenticité. « Les filles de Maurice de Vlaminck étaient, elles, toujours à courir après l'argent pour les réparations de leur maison de campagne. Combien de signatures Fernand leur a-t-il fait cautionner ? », demande-t-il dans son livre. Et d'ajouter : « Pendant la période Legros, qui dura pour moi jusqu'en 1970 environ, les documents d'authenticité arrivaient souvent avant même la réalisation de l'œuvre, tant tout ce beau monde (celui des veuves, des maîtresses et des ayants droit manquant de morale) était pressé ». Fernand Legros écoula ainsi aux Etats-Unis une quantité industrielle de faux tableaux produits par Marthouret, notamment de nombreuses vues de Collioure signées Derain pour lesquelles les ayants-droit n'étaient pas très regardants. Faux Monet, Bonnard, David, Wintherhalter, Gérôme, la palette de Marthouret avait une certaine envergure quoique pour tromper les amateurs, il lui fallait avoir une certaine dose de talent et surtout la capacité de mettre au point une touche similaire à celle du peintre plagié. Le secret de Marthouret était simple. Il essayait de se mettre à la place du maître, saisir ses émotions, parcourir ses chemins et de travailler à l'instinct en laissant surtout son cerveau au repos pour ne pas laisser une main moins spontanée le trahir. Contacté un jour par un riche amateur seulement désireux de s'entourer des plus belles toiles de l'histoire de l'art, Marthouret créa des Van Gogh, Gauguin et Modigliani criants de vérité et affirme aujourd'hui qu'un de ses « Vincent » a été vendu à un prix exorbitant dans une grande vente aux enchères. Pour ce faussaire génial, la connaissance de la peinture, même chez un individu cultivé, se limite dans le meilleur des cas à une soixantaine de tableaux. « C'est plus proche de 25 en général. J'en ai la preuve simple : depuis mes débuts de copiste, on ne m'a pratiquement commandé que ces soixante toiles là… J'ai connu un expert incapable de citer à brûle-pourpoint plus de quarante toiles. Il en a pourtant vendu, expertisé ou simplement vu passer plusieurs milliers », indique-t-il. Autant dire qu'il n'estime pas vraiment les professionnels du marché de l'art, incapables à ses yeux d'aimer les œuvres pour ce qu'elles sont. Marthouret a été Vincent Van Gogh, incarnant un homme perpétuellement déchiré par deux certitudes : n'être pas le commun des mortels et construire une œuvre pour l'humanité, ne jamais être reconnu pour tel de son vivant. Pour ce faire, il affirme s'être effacé pour vivre à sa place, ressentir sa douleur et traverser les enfers avant de renaître au Paradis. « Adopter leur technique (des maîtres), se draper dans leur génie, reprendre à la lettre leur œuvre et faire en sorte que le spectateur ressente, face à la copie, les mêmes émotions que devant l'original, voilà le seul rôle que j'ai souhaité jouer », dit-il tout en ajoutant que la seule perdante dans l'affaire est la spéculation. Marthouret hait la société de n'avoir pas compris Van Gogh ; de ne pas avoir saisi cette évidence que même seul, l'artiste est le reflet de toute la beauté du monde ou de toute sa déchéance alors que dans son esprit, il s'agissait d'afficher à la face du monde que celui-ci devait comprendre que la peinture avait un prix, c'est à dire l'existence même de sa personne. Et ce fils de bagnard d'égrener ses autres plagiats, Turner, Degas, Lautrec, Cézanne, Klimt, Matisse, Dufy, Monet, Vuillard, De Staël, Chagall, Gauguin, ce dernier sur des supports appropriés, parfois des sacs postaux volés à son facteur. Et de se moquer également des experts en déclarant : « Je souris de voir ressortir régulièrement un dessin « authentique » de Paul Gauguin… exécuté par moi ». Des croquis de Gauguin authentifiés, il en verra d'ailleurs passer en vente plus d'un exécuté par lui …
« Pour une émission de télévision, j'ai fait présenter à un expert trois œuvres dont deux étaient annoncées fausses. Sans la moindre hésitation, le fin connaisseur a identifié sans sourciller la seule véritable à ses yeux. Seulement voilà, les trois étaient de moi », ajoute-t-il en révélant au passage que Zborowski, le marchand de Modigliani, fit fabriquer par Soutine et Kisling bien des tableaux qui furent ensuite attribués avec certitude au bel italien. Evoquant les musées, Marthouret affirme avoir découvert quelques unes de ses toiles à celui d'Oslo où trônent des Munch et des Delaunay et d'ajouter : « Je dois être l'un des peintres les plus accrochés aux Etats-Unis ! ». Et puis, voilà qu'il jette un pavé dans la mare en évoquant la collection Jean Planque, un amateur qu'il conteste concernant la provenance et l'authenticité des œuvres qu'il a amassées. Il a été voir l'exposition de celles-ci à l'Hôtel de Ville et laisse entendre que certaines seraient en fait de lui. Tout en livrant certains secrets (page 118 de son livre) pour vieillir des tableaux et contrecarrer les expertises scientifiques, Marthouret s'enorgueillit d'avoir produit des dizaines de fausses aquarelles signées Dufy qui trônent pour la plupart dans des salons bourgeois aux Etats-Unis Précisant que le marché des faux n'existe que par la valeur donnée aux œuvres sur le marché de l'art et que par conséquent il n'y a pas de voleur sans receleur, Marthouret rappelle qu'à la fin des années 1960, l'affaire David Stein, un autre faussaire génial, avait révélé l'existence d'un juteux marché de faux (Matisse, Picasso, Miro, Chagall) aux Etats-Unis et d'autres affaires, comme ces deux Watteau, œuvres du copiste Quillard, achetés par le Louvre ou ce fameux « Chapeau » de Magritte inscrit dans une vente par M° Rheims et souligne que la lithographie, « non œuvre », constitue sans aucun doute le plus gros marché du faux puisque les lithos sont écoulées à des millions d'unités. « Une astuce à connaître : une bonne lithographie sent très fort l'encre grasse ; une fausse est inodore », précise-t-il. Concernant l'exposition de chefs d'œuvre de la peinture française dans les musées de Saint-Pétersbourg et de Moscou, Marthouret se souvient que Daniel Wildenstein découvrit 17 faux parmi les tableaux exposés et Germain Bazin, conservateur du Louvre, en décela un dix-huitième, ce qui lui valut bizarrement de payer les pots cassés et de perdre son poste au profit de Rosenberg. Quant aux collections Pierpont Morgan et Andrew Mellon, qui légua ses œuvres à la National Gallery de Washington, celles-ci, provenant aussi de Russie pour certaines, comporteraient de nombreux faux. En définitive, Alin Marthouret affirme ne s'être jamais pris pour l'auteur d'une fausse œuvre mais simplement l'interprète de l'artiste à qui il veut rendre sa noblesse et sa grandeur en devenant son copiste faisant souvent appel au regard d'un enfant pour corriger ses erreurs au besoin.
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