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Quand on est plus vieux, on se mouille moins (AD)
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Le journal d'un fou d'art
Chapitre :
27 titres
XIXème Chapitre
Ennui d'un côté, disparition d'un Vinci de l'autre
01 Août 2003 |
Cet article se compose de 2 pages.
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Mercredi 27 août, la foire aux antiquités de Lille qui n'a attiré qu'un faible contingent de chineurs. Peu de bonnes pièces, trop de gros prix, pas assez d'acheteurs, cela a suffi pour faire de cette édition un fiasco et beaucoup de visiteurs ont ragé à l'idée d'avoir fait 410 kilomètres Paris-Lille et retour pour rien. Le même jour, la petite virée de deux malfaiteurs au château de Drumlanrig en Ecosse a été bien plus payante puisqu'ils ont dérobé « La Madone au fuseau », un tableau inestimable de Léonard de Vinci appartenant à Sir Walter Francis John Montagu Douglas Scott Walter dont le domaine s'étend sur 680 km2 de terres. Les voleurs ont simplement eu à neutraliser une gardienne vers onze heures du matin pour s'emparer du tableau et s'enfuir en compagnie de deux complices qui les attendaient à bord d'une voiture garée devant le château. Cette superbe peinture sur panneau représentant l'enfant Jésus sur les genoux de la Vierge Marie tenant entre ses mains un fuseau à tisser en forme de croix avait été peinte par Léonard de Vinci à la même époque que la Joconde. Estimée entre 70 et 90 millions d'euros, elle est bien évidemment invendable sur le marché de l'art et la police se demande si le but des voleurs ne serait pas de la restituer en échange d'une rançon. Il se pourrait d'ailleurs que ce vol ait été perpétré par un commando de l'IRA, l'organisation terroriste irlandaise qui, pour renflouer ses caisses avait mené une opération similaire en Irlande il y a quelques années. Quoiqu'il en soit, l'œuvre peinte sur bois et mesurant 47 x 35 cm court le risque d'être détruite si d'éventuelles tractations menées avec les voleurs venaient à échouer. En attendant, la compagnie Lloyds auprès de laquelle ce tableau a été assuré a offert une prime de 1,5 million d'euros à toute personne qui permettrait de le retrouver. Agé de 79 ans, Sir Walter Scott est l'héritier de la fabuleuse collection d'art des ducs de Buccleuch aujourd'hui évaluée à 650 millions d'euros. La « Madone au fuseau » figurait dans la collection des ducs depuis plus de 250 ans et faisait la fierté de son propriétaire. La collection présentée dans le château-musée avait de quoi susciter des convoitises et ce vol va probablement relancer le débat sur la sécurité dans les musées européens dont certains sont considérés comme de véritables passoires. Le vol de tableaux de Van Gogh au Musée d'Amsterdam portant le nom du célèbre peintre ou celui de la salière de Cellini en mai 2003 en Autriche ainsi que l'arrestation d'un Mulhousien qui durant des années avait dérobé des dizaines d'œuvres dans plusieurs musées en Europe confirment à bien des égards que maints trésors sont vraiment mal protégés. Suite au vol au musée de Vienne de la célèbre salière en argent et vermeil datant de la Renaissance, la compagnie d'assurances du musée vient de recevoir de la part d'un maître chanteur non-identifié une demande de rançon de 5 millions d'euros, un tarif qu'elle a jugé un peu trop salé. Maintenant, rien ne dit qu'on retrouvera un jour cette pièce extraordinaire réalisée par le maître orfèvre Benvenuto Cellini et dont Charles Quint se servit maintes fois pour impressionner ses convives. Vendredi 29 août, le marché aux Puces de Saint-Ouen est resté toujours aussi vide sous un ciel gris qui s'est mis brutalement à fondre en larmes comme pour bien témoigner du profond ennui dans lequel la capitale a sombré. En attendant, la polémique sur les ravages de la canicule qui ont provoqué des milliers de morts a enflé après l'annonce d'un bilan de 11 435 décès pour la première quinzaine du mois d'août. La solitude représente l'antichambre de la mort pour nombre de vieux qui disparaissent dans l'indifférence, un fait constaté amèrement durant ce mois d'août lorsque peu de gens se sont souciés du sort de nombreuses victimes, probablement pour la raison bien simple qu'ils n'avaient guère envie d'interrompre leurs vacances pour enterrer des proches qu'ils ne voyaient plus que de temps à autre. La canicule n'aura cependant pas eu des effets catastrophiques pour tout le monde puisque ces quelque 11 000 décès signifient autant de successions à ouvrir avec la certitude de voir bientôt des quantités de bonnes pièces apparaître sur le marché de l'art. Cela permet au moins à de nombreux professionnels d'espérer un semblant de reprise et un retour des gros acheteurs. Bref, on oublie que si la mort est synonyme de perte cruelle elle peut aussi être une belle source de profit, notamment pour les pompes funèbres, le fisc, les notaires, les héritiers, les agences immobilières, les commissaires-priseurs et les antiquaires… Week-end sans relief à Saint-Ouen où même Robinson Crusoë se serait senti plutôt seul. Des dizaines de marchands n'ont pas enregistré un seul centime de recette depuis deux mois, à croire que les acheteurs ont disparu à moins que les puces se soient fait la malle sur le dos d'un chien devenu invisible… La crise, qui touche tous les secteurs de l'économie, est bien là, inquiétante, énervante, stressante, lancinante et insupportable pour beaucoup au point que lorsqu'on évoque le mot reprise on pense d'abord à ses chaussettes et à rien d'autre. Lundi 1er septembre, mauvaise nouvelle, la cristallerie Daum, créée il y a 125 ans, n'a pas résisté à cette fichue conjoncture et a déposé son bilan. Néanmoins, les collectionneurs de verreries Art Nouveau s'en contrefichent étant donné qu'ils s'intéressent seulement aux pièces signées Daum réalisées avant 1925. Ils pourront simplement se montrer compatissants en disant à propos de cette déconfiture que c'est « daumage ». Drôle de nouvelle, la momie que l'on pensait être de Néfertiti, découverte en juin 2003 dans une tombe de la vallées des rois à Louxor, pourrait être celle d'un homme. La reine d'Egypte, célèbre pour sa beauté, reste encore à trouver à moins que cette dernière ait été en fait un transsexuel…
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Mercredi 27 août, la foire aux antiquités de Lille qui n'a attiré qu'un faible contingent de chineurs. Peu de bonnes pièces, trop de gros prix, pas assez d'acheteurs, cela a suffi pour faire de cette édition un fiasco et beaucoup de visiteurs ont ragé à l'idée d'avoir fait 410 kilomètres Paris-Lille et retour pour rien. Le même jour, la petite virée de deux malfaiteurs au château de Drumlanrig en Ecosse a été bien plus payante puisqu'ils ont dérobé « La Madone au fuseau », un tableau inestimable de Léonard de Vinci appartenant à Sir Walter Francis John Montagu Douglas Scott Walter dont le domaine s'étend sur 680 km2 de terres. Les voleurs ont simplement eu à neutraliser une gardienne vers onze heures du matin pour s'emparer du tableau et s'enfuir en compagnie de deux complices qui les attendaient à bord d'une voiture garée devant le château. Cette superbe peinture sur panneau représentant l'enfant Jésus sur les genoux de la Vierge Marie tenant entre ses mains un fuseau à tisser en forme de croix avait été peinte par Léonard de Vinci à la même époque que la Joconde. Estimée entre 70 et 90 millions d'euros, elle est bien évidemment invendable sur le marché de l'art et la police se demande si le but des voleurs ne serait pas de la restituer en échange d'une rançon. Il se pourrait d'ailleurs que ce vol ait été perpétré par un commando de l'IRA, l'organisation terroriste irlandaise qui, pour renflouer ses caisses avait mené une opération similaire en Irlande il y a quelques années. Quoiqu'il en soit, l'œuvre peinte sur bois et mesurant 47 x 35 cm court le risque d'être détruite si d'éventuelles tractations menées avec les voleurs venaient à échouer. En attendant, la compagnie Lloyds auprès de laquelle ce tableau a été assuré a offert une prime de 1,5 million d'euros à toute personne qui permettrait de le retrouver. Agé de 79 ans, Sir Walter Scott est l'héritier de la fabuleuse collection d'art des ducs de Buccleuch aujourd'hui évaluée à 650 millions d'euros. La « Madone au fuseau » figurait dans la collection des ducs depuis plus de 250 ans et faisait la fierté de son propriétaire. La collection présentée dans le château-musée avait de quoi susciter des convoitises et ce vol va probablement relancer le débat sur la sécurité dans les musées européens dont certains sont considérés comme de véritables passoires. Le vol de tableaux de Van Gogh au Musée d'Amsterdam portant le nom du célèbre peintre ou celui de la salière de Cellini en mai 2003 en Autriche ainsi que l'arrestation d'un Mulhousien qui durant des années avait dérobé des dizaines d'œuvres dans plusieurs musées en Europe confirment à bien des égards que maints trésors sont vraiment mal protégés. Suite au vol au musée de Vienne de la célèbre salière en argent et vermeil datant de la Renaissance, la compagnie d'assurances du musée vient de recevoir de la part d'un maître chanteur non-identifié une demande de rançon de 5 millions d'euros, un tarif qu'elle a jugé un peu trop salé. Maintenant, rien ne dit qu'on retrouvera un jour cette pièce extraordinaire réalisée par le maître orfèvre Benvenuto Cellini et dont Charles Quint se servit maintes fois pour impressionner ses convives. Vendredi 29 août, le marché aux Puces de Saint-Ouen est resté toujours aussi vide sous un ciel gris qui s'est mis brutalement à fondre en larmes comme pour bien témoigner du profond ennui dans lequel la capitale a sombré. En attendant, la polémique sur les ravages de la canicule qui ont provoqué des milliers de morts a enflé après l'annonce d'un bilan de 11 435 décès pour la première quinzaine du mois d'août. La solitude représente l'antichambre de la mort pour nombre de vieux qui disparaissent dans l'indifférence, un fait constaté amèrement durant ce mois d'août lorsque peu de gens se sont souciés du sort de nombreuses victimes, probablement pour la raison bien simple qu'ils n'avaient guère envie d'interrompre leurs vacances pour enterrer des proches qu'ils ne voyaient plus que de temps à autre. La canicule n'aura cependant pas eu des effets catastrophiques pour tout le monde puisque ces quelque 11 000 décès signifient autant de successions à ouvrir avec la certitude de voir bientôt des quantités de bonnes pièces apparaître sur le marché de l'art. Cela permet au moins à de nombreux professionnels d'espérer un semblant de reprise et un retour des gros acheteurs. Bref, on oublie que si la mort est synonyme de perte cruelle elle peut aussi être une belle source de profit, notamment pour les pompes funèbres, le fisc, les notaires, les héritiers, les agences immobilières, les commissaires-priseurs et les antiquaires… Week-end sans relief à Saint-Ouen où même Robinson Crusoë se serait senti plutôt seul. Des dizaines de marchands n'ont pas enregistré un seul centime de recette depuis deux mois, à croire que les acheteurs ont disparu à moins que les puces se soient fait la malle sur le dos d'un chien devenu invisible… La crise, qui touche tous les secteurs de l'économie, est bien là, inquiétante, énervante, stressante, lancinante et insupportable pour beaucoup au point que lorsqu'on évoque le mot reprise on pense d'abord à ses chaussettes et à rien d'autre. Lundi 1er septembre, mauvaise nouvelle, la cristallerie Daum, créée il y a 125 ans, n'a pas résisté à cette fichue conjoncture et a déposé son bilan. Néanmoins, les collectionneurs de verreries Art Nouveau s'en contrefichent étant donné qu'ils s'intéressent seulement aux pièces signées Daum réalisées avant 1925. Ils pourront simplement se montrer compatissants en disant à propos de cette déconfiture que c'est « daumage ». Drôle de nouvelle, la momie que l'on pensait être de Néfertiti, découverte en juin 2003 dans une tombe de la vallées des rois à Louxor, pourrait être celle d'un homme. La reine d'Egypte, célèbre pour sa beauté, reste encore à trouver à moins que cette dernière ait été en fait un transsexuel…
Avec l'Egypte ancienne, on n'est jamais en panne de surprises et il ne se passe pas un semestre sans qu'une nouvelle belle découverte ne soit annoncée, à Louxor, Alexandrie ou ailleurs. On finira peut-être par découvrir des hiéroglyphes surprenants sur les colonnes ou les murs temple redécouvert dont la traduction littérale sera: « Oh Momie, Oh momie blues »… Trêve de plaisanterie, question surprise on n'est pas mieux servi qu'avec l'affaire de la statue de Sésostris III achetée par M. et Mme Pinault en novembre 1998 à Drouot. Je passe les détails. Proposée à la vente sans succès durant une vingtaine d'années, la statue devint subitement un chef d'œuvre au moment où elle passa en vente. Mais deux jours plus tard, le professeur Wildung de Berlin mit les pieds dans le plat en décrétant qu'il s'agissait d'un faux. Le couple Pinault ne voulut alors plus de la statue acquise pour quelque 5 millions de francs. Retour donc à l'envoyeur. Une contre-expertise fut ensuite réalisée par Mmes Desroches-Noblecourt et Delange lesquelles la jugèrent comme parfaitement authentique hormis petite erreur de datation de 60 ans, ce qui servit de prétexte aux acheteurs pour plaider l'erreur sur la substance mais la cour ne voulut rien savoir. Les Pinault perdirent à nouveau en appel malgré un rapport du jeune égyptologue Luc Watrin, pas très bien considéré par ses pairs en France, et une analyse du laboratoire Maurer concluant au faux. On en est arrivé à un procès en révision et malgré les opinions négatives d'une bonne vingtaine d'égyptologues étrangers, les juges risquent encore de conclure que cette statue date bien d'avant environ 1850 avant J.-C. Une chose est sûre, au train où vont les choses, l'affaire pourra définitivement être close en l'an 6 000 car alors personne ne sera en mesure de nier que l'âge cette statue sera d'au moins 3 850 ans…
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