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Une oeuvre d'art n'appartient pas à celui qui la regarde mais à celui qui sait la regarder (Marcel Duchamp)
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Le journal d'un fou d'art
Chapitre :
27 titres
XIXème Chapitre
La Thrace des Bulgares perdue
01 Juillet 2003 |
Cet article se compose de 3 pages.
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Du 2 au 16 août, 14 jours de vacances en Bulgarie, pays délivré du joug soviétique il y a un peu plus d'une décennie mais pas encore des tares du régime communiste qui y a sévi près d'un demi siècle. Un beau pays en vérité peuplé malheureusement de gens en majorité hostiles aux étrangers et gangrené par une mafia qui contrôle la plupart des rouages de son économie. Il n'y a qu'à Plovdiv ou à Sofia où les individus semblent plus civilisés et aimables alors qu'ailleurs, on n'a souvent affaire qu'à des malpolis prêts à houspiller les touristes à la moindre occasion. Héler un serveur dans un café équivaut ainsi à une insulte, faire tomber accidentellement de la marchandise d'un étal en plein air revient à se faire fusiller d'un regard assassin et toucher un objet dans une boutique d'antiquités signifie pratiquement un sacrilège menant droit à une volée d'injures. Parlons-en des antiquités ! De la drouille innommable, de la quincaillerie de bas étage, du faux et pire, des souvenirs nazis hérités de l'alliance entre le Troisième Reich et le royaume Bulgare entre 1940 et 1944. La location d'une voiture représente certes une simple formalité mais prendre le volant relève du parcours du combattant sur des routes toutes ou presque à une voie, souvent défoncées et démunies de panneaux de signalisation sur des dizaines de kilomètres, sur lesquelles circulent des véhicules hors d'âge, des charrettes tirées par des chevaux, des vélomoteurs, des camions roulant à tombeau ouvert et parfois de rutilantes grosses cylindrées conduites comme des F1 par des nouveaux riches. Malgré la présence de voitures de police destinées à faire respecter une vitesse maximale fixée à 90 km/h, les Bulgares n'ont cure du code de la route et de par leur comportement au volant, transforment n'importe quel parcours routier en aventure périlleuse. Ainsi, il faut savoir qu'une bande continue tracée sur une route n'est que virtuelle puisqu'elle est violée à la moindre occasion, que ce soit dans une ligne droite ou un virage serré et tant pis pour celui qui a le malheur de surgir en face au même moment. Posséder une voiture est un signe évident de richesse pour un Bulgare dont le salaire mensuel moyen n'est que de 200 euros alors que le prix du litre d'essence, qui ferait certainement la joie d'un Français, est affiché à 70 centimes d'euros mais il est impossible pour un étranger de passage de comprendre de quelle manière les autochtones se débrouillent pour joindre les deux bouts. Autre sujet d'étonnement : la consommation effrénée de cigarettes faite par les Bulgares qui fument du soir au matin en ayant l'avantage de n'avoir à payer que 50 centimes d'euros un paquet mais aussi le désavantage de mourir pour la plupart à moins de 70 ans comme le démontrent des centaines d'avis de décès placardés devant l'entrée des maisons et des églises. Il n'y a vraisemblablement que dans les villages reculés des montagnes que certains d'entre eux deviennent centenaires en se contentant pour leur menu quotidien de yaourt, d'oignons, de salade et de miel…
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Du 2 au 16 août, 14 jours de vacances en Bulgarie, pays délivré du joug soviétique il y a un peu plus d'une décennie mais pas encore des tares du régime communiste qui y a sévi près d'un demi siècle. Un beau pays en vérité peuplé malheureusement de gens en majorité hostiles aux étrangers et gangrené par une mafia qui contrôle la plupart des rouages de son économie. Il n'y a qu'à Plovdiv ou à Sofia où les individus semblent plus civilisés et aimables alors qu'ailleurs, on n'a souvent affaire qu'à des malpolis prêts à houspiller les touristes à la moindre occasion. Héler un serveur dans un café équivaut ainsi à une insulte, faire tomber accidentellement de la marchandise d'un étal en plein air revient à se faire fusiller d'un regard assassin et toucher un objet dans une boutique d'antiquités signifie pratiquement un sacrilège menant droit à une volée d'injures. Parlons-en des antiquités ! De la drouille innommable, de la quincaillerie de bas étage, du faux et pire, des souvenirs nazis hérités de l'alliance entre le Troisième Reich et le royaume Bulgare entre 1940 et 1944. La location d'une voiture représente certes une simple formalité mais prendre le volant relève du parcours du combattant sur des routes toutes ou presque à une voie, souvent défoncées et démunies de panneaux de signalisation sur des dizaines de kilomètres, sur lesquelles circulent des véhicules hors d'âge, des charrettes tirées par des chevaux, des vélomoteurs, des camions roulant à tombeau ouvert et parfois de rutilantes grosses cylindrées conduites comme des F1 par des nouveaux riches. Malgré la présence de voitures de police destinées à faire respecter une vitesse maximale fixée à 90 km/h, les Bulgares n'ont cure du code de la route et de par leur comportement au volant, transforment n'importe quel parcours routier en aventure périlleuse. Ainsi, il faut savoir qu'une bande continue tracée sur une route n'est que virtuelle puisqu'elle est violée à la moindre occasion, que ce soit dans une ligne droite ou un virage serré et tant pis pour celui qui a le malheur de surgir en face au même moment. Posséder une voiture est un signe évident de richesse pour un Bulgare dont le salaire mensuel moyen n'est que de 200 euros alors que le prix du litre d'essence, qui ferait certainement la joie d'un Français, est affiché à 70 centimes d'euros mais il est impossible pour un étranger de passage de comprendre de quelle manière les autochtones se débrouillent pour joindre les deux bouts. Autre sujet d'étonnement : la consommation effrénée de cigarettes faite par les Bulgares qui fument du soir au matin en ayant l'avantage de n'avoir à payer que 50 centimes d'euros un paquet mais aussi le désavantage de mourir pour la plupart à moins de 70 ans comme le démontrent des centaines d'avis de décès placardés devant l'entrée des maisons et des églises. Il n'y a vraisemblablement que dans les villages reculés des montagnes que certains d'entre eux deviennent centenaires en se contentant pour leur menu quotidien de yaourt, d'oignons, de salade et de miel…
Ma voiture de location n'était rien d'autre qu'un cendrier à moteur avec un nombre incroyable de trous de cigarettes dans les sièges, à croire que sans une clope entre les doigts les Bulgares n'auraient plus aucune identité, ce qu'on leur a néanmoins souvent dénié depuis plus de 2500 ans. Au début, il y eut la peuplade des Thraces qui laissa les premiers signes de son installation en Bulgarie vers le 14e siècle avant J.-C. et se montra digne de rivaliser avec ses voisins grecs et macédoniens au niveau des arts et de la conduite de la guerre. Quelques tombes exhumées de tumulus éparpillés dans le centre du pays témoignent ainsi d'un certain raffinement exprimé par les Thraces qui eurent cependant la malchance d'habiter une contrée coincée entre deux chaînes de montagnes formant une sorte de boulevard naturel entre la Mer Noire et les plaines du Danube. Venus de la mer ou de Macédoine, les Grecs supplantèrent les Thraces dont les descendants se fondirent assez rapidement dans le nouveau creuset créé par ces nouveaux conquérants. Puis vinrent les Romains qui colonisèrent une partie de la région et l'annexèrent à leur empire oriental. Ce fut ensuite au tour des Goths de ravager le pays puis des Huns qui massacrèrent des milliers d'habitants à tout va et détruisirent d'admirables cités dont les ruines, comme celles de Plovdiv, sont aujourd'hui enfouies entre trois et six mètres sous terre et recouvertes par des demeures plus récentes qu'il est impossible d'abattre. La terreur des Huns à peine oubliée, les Bulgares eurent ensuite droit au tourisme guerrier des Vikings, des Byzantins et des Russes avant de voir la déferlante turque les submerger au début du XVe siècle et là, ils durent subir cinq siècle d'une domination ottomane entrecoupée de périodes paisibles et d'années d'oppression. Les Bulgares firent montre d'un courage à toute épreuve en résistant à l'assimilation, surtout ceux qui vivaient dans les montagnes, difficilement accessibles et peu sûres pour l'occupant musulman, alors que d'autres durent se convertirent à l'Islam de gré ou de force mais la majorité demeura fidèle à l'Eglise orthodoxe au point de faire de la Bulgarie un de ses principaux sanctuaires au grand dam des Turcs qui en furent finalement chassés en 1885 à l'issue de la grande révolte de 1876. Puis durant une cinquantaine d'années, les Bulgares s'offrirent des souverains d'origine allemande dont le dernier eut la mauvaise idée de pactiser avec Hitler avant de mourir mystérieusement en 1943. Très attachés à leur folklore tout en ayant subi de nombreuses influences, les Bulgares ont été avant tout des Européens longtemps marqués par l'Orient avant de plonger brutalement dans la modernité il y a seulement une décennie. Comme me l'a précisé une intellectuelle de Plovdiv, les Bulgares âgés de plus de 40 ans n'ont pas pu ou su s'adapter au capitalisme naissant tandis que les jeunes ne jurent plus que par l'argent. Les filles ont maintenant pour la plupart délaissé leurs petites jupes à la soviétique et leurs sages nattes pour des tenues provocantes et même le string sur les plages en n'oubliant pas de fumer tout autant que les garçons qui, pris dans leur ensemble ne sont pas vraiment raffinés. Appauvris, les vieux vivent plutôt mal au sein d'une société dominée par le capitalisme sauvage, les trafics d'influence, les magouilles, les affaires louches, la concussion, la contrebande et le crime organisé mais incapable de se débarrasser de mauvaises habitudes héritées du communisme qui gangrènent encore l'administration et la police. Le pays n'est guère avare de scènes surréalistes propres à laisser le touriste stupéfait. Magasins de faux produits de luxe en pagaille, restaurants tous les dix mètres dans la plupart des villes et bourgades, grosses Mercedes ou Audi noires aux vitres teintées d'où sortent des malabars entourant des types aux mines patibulaires bardés de chaînes en or et de bagouses, villas luxueusement aménagées gardées par des molosses, baraques de tôle et de bois ou roulottes rouillées dans certaines périphéries, policiers se prenant pour des shérifs de westerns, troupeaux d'oies se promenant sur certaines routes au long desquelles paissent des brebis ou des chevaux alors qu'on peut se prendre à rêver en découvrant ça et là des tumulus sous lesquels pourraient se trouver de magnifiques trésors archéologiques thraces.
La renaissance de la Bulgarie s'opère lentement dans un contexte chaotique quelque peu à l'exemple de la Russie dont de nombreux pans de l'économie sont sous le contrôle de parrains mafieux alors que le syndrome du soupçon et de l'espionnite persiste à bien des niveaux. Promenade en voiture dans le nord du pays avec l'envie de faire un petit détour en Roumanie histoire de faire une comparaison ultra-rapide entre les deux Etats. Arrêt devant le poste de douane où un officier à l'allure peu sympathique vous invite à attendre devant un feu rouge marquant le stop. Des minutes interminables s'écoulent alors que le véhicule qui vous précède est inspecté minutieusement par deux autres policiers à l'esprit tatillon. Signal d'avancer puis de s'arrêter à nouveau. Présentation des papiers du véhicule et des passeports. Le policier à qui j'ai affaire se met alors à débiter un discours dans un étrange sabir qui me fait rapidement comprendre que la voiture ne passera pas en Roumanie où il m'est cependant loisible de me rendre à pied. Apparemment, il a dû avoir peur qu'une fois la frontière franchie, je serais allé vendre la voiture à des Roumains pour me faire de l'argent de poche… Sourd à mes prières et se prenant peut-être pour un ministre tout puissant, le policier m'a aboyé sans plus de manière de faire demi-tour et de laisser la voiture au parking si je voulais franchir cette frontière qui semble encore plus imperméable que du temps du communisme. Deux jours plus tard, après avoir roulé durant 300 kilomètres sur une route infernale entre Plovdiv et Senebar, je me suis trouvé en pleine nuit face à face avec deux officiers de la police des frontières qui m'ont brutalement intimé l'ordre de m'arrêter. Vérification intempestive ubuesque, les deux policiers étant incapables de comprendre l'anglais ou le français mais à leur regard, il était clair qu'ils n'étaient pas du genre à plaisanter. Palabres, questions enquiquinantes, attitudes hostiles, soupçons débiles alors qu'il leur était facile de se rendre compte qu'ils n'avaient affaire qu'à de simples touristes exténués par un périple interminable . A la fin de mon séjour, lorsqu'on s'est à nouveau avisé de vouloir vérifier mon identité, j'ai osé signer un document en faisant croire que je m'appelais James Bond, histoire de faire un pied de nez à une bureaucratie pesante sauf que cela a eu néanmoins pour effet de dérouter mon questionneur… Cette lourde atmosphère de suspicion ne s'est terminée qu'après le contrôle des passeports pour le voyage du retour avec des épisodes énervants pour certains touristes qui avaient égaré leur formulaire de lieu de séjour tamponné par la police, sésame indispensable pour quitter le pays. Un Français d'origine vietnamienne s'est par ailleurs vu accuser être en possession d'un faux passeport qui a failli être réduit en charpie par un officier soupçonneux alors que quelques voyageurs ont été forcés de filer des petits pots de vin à certains de ses collègues pour pouvoir se sortir de leurs griffes. L'arrivée en France a paru être paradisiaque pour les passagers d'un vieux mais vaillant Tupolev puant le moisi sauf pour l'un d'entre eux qu'un chien des douanes est venu gentiment renifler, ce qui lui a valu d'être illico embarqué pour une fouille en règle. Pour certains, le voyage en Bulgarie n'aura donc pas été de tout repos. Finalement, en dehors de la beauté de leurs paysages, les Bulgares ont encore beaucoup à faire pour se montrer plus accueillants avec les étrangers, dont plus d'un aura été déçu de constater que le patrimoine artistique bulgare est plutôt pauvrement mis en valeur malgré la présentation par des musées de quelques belles pièces thraces, grecques et romaines. Quant à évoquer la peinture bulgare, pourtant intéressante à certains égards entre 1880 et 1920, celle-ci est désormais dépourvue de toute originalité et ce ne sont pas les artistes de plage croquant avec beaucoup de réalisme les touristes à longueur de journée qui pourront faire croire à l'existence d'un quelconque « Bulg art ». Apparemment, il n'y a que Christo qui se soit fait une réputation propre à emballer le public en dehors des frontières de ce pays…
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