Il y a de par ce monde un marchand coutumier de belles découvertes qui sert de pourvoyeur régulier à un grand antiquaire ravi de profiter de sa main heureuse et surtout de sa candide gentillesse. Au lieu d'aller vendre ses trouvailles à Drouot, notre homme court les proposer à l'antiquaire qui ne se prive pas de l'étrangler au passage, à croire qu'il se retrouve dans la position d'un cheval docile mené par son lad.
Pourquoi cavaler ainsi pour se voir en général offrir un prix au moins cinq fois inférieur à la valeur de l'objet qu'il présente? Voilà un mystère difficile à expliquer mais dont la signification repose sur l'antique notion de relation entre suzerain et vassal.
A une certaine époque, il y avait les fournisseurs patentés du roi et dans le domaine de l'antiquité, il y a aujourd'hui les pontes et leurs courtisans tout heureux d'être à leur dévotion au point qu'ils en sont devenus les esclaves.
Satisfaits de trouver des débouchés pour les trésors qu'ils dénichent, ils ne visent guère à chercher ailleurs pour les revendre car ils finissent par avoir la sensation qu'ils ne trouveront pas d'autres acquéreurs que ceux qui les tiennent plutôt en otages. En un an, cet incorrigible marchand s'est ainsi délesté de trois beaux trésors auprès du même antiquaire en oubliant que son manque à gagner était désormais devenu abyssal. Le pire est que certains de ses amis l'ont mis plus d'une fois en garde tout en lui recommandant d'aller proposer ses découvertes à de grandes maisons de vente mais le bougre est malheureusement resté jusqu'à présent sourd à leurs conseils.