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Francisco Goya avait le pinceau prolifique dans tous les sens du terme. En produisant des centaines d'oeuvres mais aussi en séduisant nombre de femmes à la cour d'Espagne et en faisant 22 enfants à son épouse...
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Le journal d'un fou d'art
Chapitre :
27 titres
XIXème Chapitre
Le comble pour un commissaire-priseur : devenir marteau
01 Juillet 2003 |
Cet article se compose de 2 pages.
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Vendredi 4 juillet, morne matinée au marché aux Puces de Saint-Ouen où de plus en plus de marchands sont rongés d'angoisse à l'idée que la rentrée de septembre ne sera pas positive. Au plan économique, les clignotants sont au rouge alors que l'Allemagne se retrouve dans une situation à la japonaise avec une déflation synonyme de chômage aggravé et de faibles investissements de la part des entreprises plutôt désireuses de réduire leurs déficits. En outre, l'euro fort plombe les espoirs d'une reprise rapide, ce qui fait dire aux économistes que cette fameuse reprise tant attendue n'aura lieu au mieux qu'à partir du second semestre de 2004. En soirée, un commissaire-priseur m'appelle pour me faire part de sa profonde inquiétude et de sa déprime. Il craint même de devoir bientôt cesser son activité en m'avouant n'atteindre à présent que 30% de son chiffre d'affaire habituel. « J'ai l'impression que c'est la fin des haricots pour notre profession qui a de plus en plus de mal à s'en sortir. Ca va mal et tout indique que ce n'est pas fini surtout qu'à Drouot et ailleurs le pourcentage des invendus frise les 85% ce qui veut dire qu'à la longue, on ne pourra plus couvrir nos frais », me dit-il d'un ton fatigué. « Les gens sont complètement démotivés et ça se sent lourdement dans les ventes mais le pire est que nos clients ont vieilli et que leur contingent se réduit au fil des années d'autant plus que la génération qui les suit n'a pas repris le flambeau. Le vide qui va se créer est un drame qui se noue dont personne n'a vraiment pris conscience mais si cette situation persiste, il y aura déjà d'énormes dégâts au sein de notre profession», ajoute-t-il d'une voix cassée. Le problème est que les commissaires-priseurs n'ont pas vraiment compris les changements que la réforme des ventes impliquait et qu'en étant souvent forcés de se regrouper pour tenter de survivre, ils n'ont pas su se fondre dans leur nouveau moule car dans l'ensemble, ils n'ont pas été capables de se débarrasser de leurs vieilles habitudes. Les nouvelles associations au sein de sociétés de ventes volontaires (SVV) n'ont guère débouché sur des changements marquants d'autant plus que les commissaires-priseurs ont souvent eu tendance à vouloir préserver leur position initiale et à éviter que d'autres confrères viennent fouler leurs plates-bandes une fois la réforme accomplie. A titre d'exemple, la création du groupe Pierre Bergé et Associés regroupant sous la houlette de l'ex-patron d'Yves Saint-Laurent Couture des ténors du marteau tels que Eric Buffetaud, Antoine Godeau, Frédéric Chambre ou Raymond de Nicolay ne semble pas encore avoir donné les résultats escomptés alors que des rumeurs concernant des dissensions entre ces partenaires ont couru avec insistance durant le mois de juin.. Les associés du groupe ont dû déjà avoir un certain mal à se retrouver sous la coupe exigeante d'un patron de la couture autoritaire au risque d'avoir la sensation de se faire planter des aiguilles dans le séant alors qu'en prime, ils ont perdu leur identité puisqu'on ne les connaît plus que sous la dénomination d'associés. Les petites misères qu'endureraient ces messieurs ne devraient cependant pas occulter le fait qu'indépendamment de la crise latente qu'elle subit, la profession a fait fausse route depuis l'adoption de la réforme en oubliant que son salut passait avant tout par la communication afin d'attirer de nouveaux clients dans les salles de ventes.
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Vendredi 4 juillet, morne matinée au marché aux Puces de Saint-Ouen où de plus en plus de marchands sont rongés d'angoisse à l'idée que la rentrée de septembre ne sera pas positive. Au plan économique, les clignotants sont au rouge alors que l'Allemagne se retrouve dans une situation à la japonaise avec une déflation synonyme de chômage aggravé et de faibles investissements de la part des entreprises plutôt désireuses de réduire leurs déficits. En outre, l'euro fort plombe les espoirs d'une reprise rapide, ce qui fait dire aux économistes que cette fameuse reprise tant attendue n'aura lieu au mieux qu'à partir du second semestre de 2004. En soirée, un commissaire-priseur m'appelle pour me faire part de sa profonde inquiétude et de sa déprime. Il craint même de devoir bientôt cesser son activité en m'avouant n'atteindre à présent que 30% de son chiffre d'affaire habituel. « J'ai l'impression que c'est la fin des haricots pour notre profession qui a de plus en plus de mal à s'en sortir. Ca va mal et tout indique que ce n'est pas fini surtout qu'à Drouot et ailleurs le pourcentage des invendus frise les 85% ce qui veut dire qu'à la longue, on ne pourra plus couvrir nos frais », me dit-il d'un ton fatigué. « Les gens sont complètement démotivés et ça se sent lourdement dans les ventes mais le pire est que nos clients ont vieilli et que leur contingent se réduit au fil des années d'autant plus que la génération qui les suit n'a pas repris le flambeau. Le vide qui va se créer est un drame qui se noue dont personne n'a vraiment pris conscience mais si cette situation persiste, il y aura déjà d'énormes dégâts au sein de notre profession», ajoute-t-il d'une voix cassée. Le problème est que les commissaires-priseurs n'ont pas vraiment compris les changements que la réforme des ventes impliquait et qu'en étant souvent forcés de se regrouper pour tenter de survivre, ils n'ont pas su se fondre dans leur nouveau moule car dans l'ensemble, ils n'ont pas été capables de se débarrasser de leurs vieilles habitudes. Les nouvelles associations au sein de sociétés de ventes volontaires (SVV) n'ont guère débouché sur des changements marquants d'autant plus que les commissaires-priseurs ont souvent eu tendance à vouloir préserver leur position initiale et à éviter que d'autres confrères viennent fouler leurs plates-bandes une fois la réforme accomplie. A titre d'exemple, la création du groupe Pierre Bergé et Associés regroupant sous la houlette de l'ex-patron d'Yves Saint-Laurent Couture des ténors du marteau tels que Eric Buffetaud, Antoine Godeau, Frédéric Chambre ou Raymond de Nicolay ne semble pas encore avoir donné les résultats escomptés alors que des rumeurs concernant des dissensions entre ces partenaires ont couru avec insistance durant le mois de juin.. Les associés du groupe ont dû déjà avoir un certain mal à se retrouver sous la coupe exigeante d'un patron de la couture autoritaire au risque d'avoir la sensation de se faire planter des aiguilles dans le séant alors qu'en prime, ils ont perdu leur identité puisqu'on ne les connaît plus que sous la dénomination d'associés. Les petites misères qu'endureraient ces messieurs ne devraient cependant pas occulter le fait qu'indépendamment de la crise latente qu'elle subit, la profession a fait fausse route depuis l'adoption de la réforme en oubliant que son salut passait avant tout par la communication afin d'attirer de nouveaux clients dans les salles de ventes.
Déjà, il est regrettable que les catalogues ne s'adressent avant tout qu'aux habitués des salles de ventes et qu'ils n'aient aucune portée au plan de l'information tandis que le service de presse de l'Hôtel Drouot se contente d'appliquer des méthodes de communication encore archaïques heureusement compensées par la couverture hebdomadaire du marché de l'art du «Figaro ». Communiquer pour démocratiser le marché de l'art, voilà le principal défi auquel sont confrontés les commissaires-priseurs qui ont longtemps cru qu'il leur suffisait de vivre sur les acquis du passé pour engranger des bénéfices sans se rendre suffisamment compte qu'ils avaient dorénavant à s'inquiéter de la concurrence étrangère et aussi locale. Ce n'est pas l'augmentation des frais de vente et d'achat qui pourront leur sauver la mise à un moment où la marchandise s'est considérablement raréfiée et quand bien même certains groupes enregistreraient des enchères confortables pour des pièces rares ou de grande qualité, les commissaires-priseurs ont depuis quatre mois fait face à une baisse considérables du volume de leurs ventes et ce, en dépit d'une augmentation de 15% du chiffre d'affaires de Drouot pour le premier semestre de 2003. Il semblerait malvenu de jouer les pythonisses puisque les affaires semblent marcher si bien mais à y regarder de plus près, l'excellent chiffre d'affaires de Drouot repose sur quelques ventes de prestige comme la dispersion des collections André Breton et Jean Arp venues à point nommé mettre du beurre dans les épinards. Mais qu'on ne s'y trompe pas, les ventes de Drouot ont été sauvées par des acheteurs désireux de miser sur du sûr, c'est à dire des œuvres de grande qualité ou des livres rares qui se sont arrachés à prix d'or au lieu de faire des placements boursiers propres à leur donner des boutons, comme cela a été le cas durant plusieurs mois. Si on analyse à la loupe ce qui s'est vendu à l'hôtel des ventes durant ce dernier semestre, on s'aperçoit que la marchandise de qualité moyenne a été fortement délaissée puisque les invendus ont atteint plus de 70% depuis le mois de mars 2003, ce qui veut dire que les ventes de prestige ont été à l'image de l'arbre qui cache la forêt. En attendant, il est urgent de comprendre que tant que le Français moyen ne sera pas sensibilisé par le rôle de l'art au sein de la société, aucun redressement notable des affaires dans les salles de ventes ne sera possible sans une forme de communication agressive qui nécessite également un changement d'attitude de la part des commissaires-priseurs s'ils ne veulent pas devenir des dinosaures en voie d'extinction parce que quoiqu'il advienne, les pièces exceptionnelles deviendront de plus en plus rares sur le marché. Elle est donc finie l'époque où les officiers ministériels se bonifiaient avec le temps comme le bon vin. Aujourd'hui, nombre d'entre eux risquent de se fossiliser à force de rester vissés à de vieilles idées alors que d'autres commencent sérieusement à trembler pour leur avenir au point que face à la morosité ambiante, plus d'un se sent devenir marteau, ce qui est bien le comble pour un commissaire-priseur… Dimanche 6 juillet, rencontre au marché de Vanves avec Richard Rodriguez, éternel pourfendeur de l'élite du marché de l'art toujours aussi décidé à en découdre avec ceux qui n'en font pas assez pour les artistes français contemporains. Celui qui fut parmi les premiers à collectionner des œuvres de Jean-Michel Basquiat a des idées plein sa besace mais on ne l'écoute guère du côté de Beaubourg, de Christie's ou d'ailleurs. Lui aussi est déprimé mais cela ne l'empêche pas de noyer les ministères et les rédactions de magazines ou de journaux de fax bien sentis sur la situation de l'art contemporain en France. Les déprimés prennent des comprimés pour ne pas sentir brimés. Déprimé, comprimé, trop de pression entraîne une dépression, étonnant paradoxe. Peut-être que les compressions de César ont un rapport avec la dépression, allez savoir… A Vanves, les chineurs errent comme des zombies dans les allées à la recherche du trésor devenu trop rare ces temps-ci. Et pourtant, il y a encore quelques veinards de ci de là comme Chester Fielx qui a trouvé un beau dessin cubiste de Derain ou comme J.C dit « Le Jésus des Foires » qui a chiné pour 3 euros un livre sur la poésie surréaliste dans lequel il a découvert deux superbes dessins érotiques de Pascin cachés au milieu des pages.
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