La Pinacothèque de Paris, 28 place de la Madeleine, organise jusqu'au 27 janvier 2008 une exposition consacrée à Chaïm Soutine (1893-1943), un artiste souvent dénigré de son vivant.
Ce sont quelque 100 toiles, prêtées pour la plupart par des musées et des collectionneurs étrangers, que les visiteurs peuvent découvrir pour se faire une idée plus précise du talent de l'artiste ainsi que de ses angoisses quasi-permanentes.
Soutine fut un être terriblement tourmenté et ce, dès son plus jeune âge lorsque vivant au sein d'un ghetto juif de Lituanie, il s'était mis en tête de faire de la peinture et de défier ses parents et les rabbins pour qui toute représentation humaine était sacrilège. Ce fut ainsi que, corrigé à coups de bâton pour avoir croqué le portrait d'un religieux, le jeune garçon buté décida de quitter au plus vite un environnement hostile pour aller étudier la peinture à Vilna dès l'âge de 14 ans avant de poursuivre ses études artistiques à Paris en 1911.
Devenu l'ami de Chagall et de Modigliani, Soutine vécut d'abord dans la misère avant de pouvoir vendre certaines de ses œuvres par l'intermédiaire du marchand Zborowski qui le notamment poussa à aller peindre à Céret. Ensuite, il put connaître une certaine aisance grâce au collectionneur américain Barnes qui lui acheta à partir de 1923 plus d'une centaine de toiles peintes pour la plupart à Céret, avant d'être libéré partiellement de ses soucis en étant hébergé par les époux Castaing dans leur château de Lèves, près de Chartres. Resté sujet à des crises de dépression au cours desquelles il détruisit nombre d'œuvres, Soutine dut ensuite se cacher durant la guerre pour éviter d'être arrêté et déporté comme juif avant de mourir en août 1943, victime d'un grave ulcère à l'estomac.
Peintre de la souffrance et du désespoir, Soutine ne peignit pas d'œuvres faisant référence à ses racines juives, ce qui, d'après les organisateurs de cette exposition, serait simplement suffisant pour ne pas l'assimiler à ces artistes, notamment Chagall, qui firent de la peinture en rapport avec le folklore juif.
Or, Soutine fut bien un peintre juif si on prend la peine de revisiter les premières années de sa carrière pour comprendre l'essence des tourments de son âme, celle d'un garçon élevé pieusement dans la religion juive, puis battu pour avoir offensé un ultra-religieux avant de fuir un ghetto dont lus us et coutumes l'avaient profondément marqué au point de laisser une trace indélébile en son for intérieur.
Il resta ainsi marqué au plus profond de lui-même par ses origines au point de ressentir confusément le poids de l'handicap d'être plus qu'un étranger à Paris. Pour ainsi dire, la peinture de Soutine refléta intensément l'âme juive en étant quelque part à l'image de la pauvreté, de la souffrance et du désespoir de ses semblables qui restèrent confinés dans leurs shtetls (villages) jusqu'au moment où les nazis les exterminèrent. Même à l'abri du besoin, Soutine se sentit donc toujours comme un paria affligé d'une indicible douleur qui se manifesta jusqu'au bout de son pinceau.
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