Le Musée du Luxembourg présentedu 20 février au 20 juillet 2008 une exposition consacrée à Maurice de Vlaminck, un des grands maîtres du Fauvisme.Vlaminck (1876-1958) fut un peintre à deux facettes, génial durant sa période fauve, plutôt mièvre et répétitif une fois qu'il épuisa son registre basé sur l'utilisation de couleurs pures.
Le Musée du Luxembourg présente une centaine de toiles réalisées entre 1900 et 1915 lesquelles témoignent de l'incroyable force créatrice qui habita cet artiste durant une quinzaine d'années.
Père à 20 ans, il dut subvenir aux besoins de sa famille en gagnant sa vie comme coureur cycliste et en exerçant des petits métiers, notamment en exerçant celui d'écrivain de romans grivois . Attiré par la peinture durant son adolescence, il rencontra fortuitement André Derain (1880-1954) en 1900 dans un train qui le menait à Chatou et, constatant qu'ils partageaient les mêmes vues au plan artistique, ils décidèrent de travailler ensemble le long de la Seine en peignant des oeuvres aux couleurs éclatantes. Ils furent ainsi à l'origine du mouvement fauviste en compagnie de Matisse, Friesz, Braque et Puy mais celui-ci ne fut qu'une étape dans la carrière de ces artistes, hormis le dernier cité.
Le début du 20e siècle marqua pour la peinture un bouleversement initialisé par Cézanne qui jeta les bases du Cubisme alors que le Fauvisme prit naissance dans la foulée de l'art nabi. Matisse et Braque s'y essayèrent mais l'abandonnèrent assez tôt pour trouver leur propre style et connaître la gloire alors que Vlaminck et Derain y restèrent fidèles un certain temps avant de s'en détourner à leur tour à l'orée de la Seconde Guerre Mondiale.
Vlaminck fut probablement le plus flamboyant des Fauves après avoir réalisé une série de tableaux marquants dans l'histoire de ce mouvement éphémère mais alors que les Expressionnistes allemands continuèrent à peindre des tableaux violemment colorés jusqu'au début des années 1930, les artistes français empruntèrent vite d'autres voies, le Fauvisme n'ayant pas entraîné l'adhésion du public.
Il travailla un moment sous l'influence de Cézanne à partir de 1907, tout comme Derain qui flirta comme lui brièvement avec le Cubisme, avant de se mettre à peindre des paysages sombres et plutôt mièvres par rapport aux oeuvres magistrales produites entre 1903 et 1912. Si son revirement peut s'expliquer par le désintérêt du public, il est par contre difficile de comprendre ses motivations à partir de la guerre de 1914. Il y a donc deux périodes distnctes dans son oeuvre, la première faisant de lui un maître incontesté, la seconde un peintre englués dans des thèmes répétitifs et dénués d'intérêt, sauf que les peintures de la seconde période trouvèrent une clientèle parmi nombre de bourgeois restés conservateurs dans l'âme, attirés par ses paysages enneigés qui reflétaient l'état d'esprit régnant parmi les Français après la Première Guerre Mondiale.
On ajoutera que Vlaminck avait plutôt un sale caractère et qu'il professait souvent des idées réactionnaires sans oublier qu'il fit partie de ces artistes qui allèrent en Allemagne en 1942 à l'invitation du régime nazi, un épisode peu glorieux dans sa vie quand bien même ceux-ci se défendirent par la suite en expliquant que ce voyage avait eu pour but de permettre la libération de prisonniers français. Il reste qu'on peut admirer au Musée du Luxembourg de nombreux chefs d'oeuvre de sa période fauve et regretter qu'il n'ait pas continué à appliquer avec un certain génie les couleurs pures dans ses tableaux.
Adrian Darmon