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Les acteurs du marché de l'art ont manifesté un certain pessimisme pour l'année 2008 suite aux remous ayant affecté au milieu du mois de janvier les places financières et boursières de la planète.
Les pertes de la Société Générale, qui se sont élevées à 7 milliards d'euros, soit bien plus que le chiffre d'affaires de Christie's à travers le monde (6,1 milliards de dollars), ont profondément marqué les esprits tout autant que le décrochage brutale des valeurs boursières qui auront probablement des répercussions à moyen terme sur le marché de l'art puisque de nombreux acheteurs dans ce domaine auront enregistré des pertes en bourse, ce qui signifiera qu'ils auront moins de liquidités pour acquérir des oeuvres.
On peut raisonnablement penser que le secteur des pièces exceptionnelles restera cependant un créneau pour les investisseurs désirant faire des placements susceptibles de générer des plus-values qui risqueront malgré tout d'être moindres que durant les années précédentes.
Dans son ensemble, le marché de l'art sera à coup sûr freiné par une diminution des acheteurs dont le pouvoir d'achat aura été écorné suite à la tempête boursière de ces dernières semaines, notamment pour les pièces de qualité moyenne mais en cas de krach majeur, comme cela fut le cas en 1929, pas un domaine ne sera épargné.
Déjà, l'indice de confiance du marché réalisé par Artprice a ouvert dans le rouge le 28 janvier avec un niveau de –11,10 d'après une enquête faite auprès d'un panel de 1000 membres.
Selon Artprice, l'opinion des acteurs sur l'évolution du marché de l'art a été sans appel, débouchant ainsi sur un profond pessimisme, 51% des acteurs du marché de l'art interrogés estimant que la conjoncture économique sera défavorable dans les 3 prochains mois. Par ailleurs, 50% des personnes interrogées ont estimé qu'il y aurait probablement une baisse des prix après mars 2008 même si le moment était encore favorable pour acheter des œuvres d'art.
Pour Artprice, une correction du marché de l'art sera à prévoir dans les prochains mois car si les intentions d'achats sont restées fortes, il paraît évident que l'élasticité-prix de la demande s'est subitement trouvée en phase de retournement. l'Artprice Global Index, autre indicateur de référence, avait affiché une hausse incroyable de +18% en 2007. Reste à savoir comment va réagir l'Art Market Confidence Index par rapport à la situation sur la place de Wall-Street.
Il ne fallait cependant pas être devin pour annoncer une décrue sur le marché de l'art- ce qu'avait fait artcult il y a de cela plus de six mois- puisque le dollar avait baissé fortement avant que les places boursières ne fassent du yoyo, ce qui constituait déjà un mauvais signe. D'ailleurs, dès le mois de septembre 2007, les voyants étaient au rouge au vu de résultats boursiers décevants, la crise des subprimes aux Etats-Unis ayant brutalement aggravé la situation.
Durant le second semestre de 2007, le premier réflexe des amateurs d'art a été d'acheter des oeuvres importantes, quitte à payer le prix fort, en pensant que le marché de l'art resterait à l'abri des turbulences mais plus la crise financière et boursière est forte, plus les investisseurs se retrouvent avec des problèmes de liquidités. Or, tout achat effectué sur le marché de l'art, n'est pas négociable dans le court terme, ce qui implique que les acheteurs doivent attendre un certain temps avant de revendre. Et là, il est évident que les acteurs du marché pourraient se retrouver confrontés à une situation de haut risque comme cela est survenu lorsque le Japon a été soumis à une crise au début des années 1990, ce qui a provoqué une mise sur le marché de centaines de tableaux impressionnistes difficiles à vendre car l'offre a largement dépassé alors la demande.
L'amélioration constatée après 2003 sur le marché de l'art, un temps menacé par les conséquences des attentats du 11 septembre 2001, a progressivement gommé les effets négatifs de la Guerre du Golfe de 1991 sans pour autant le mettre à l'abri des remous provoqués sur les places financières et boursières. L'euphorie qui a gagné le marché dans le domaine de l'art contemporain tout comme l'émergence de nouveaux riches en Russie, en Chine ou en Inde ont en outre eu des conséquences perverses en faisant croire à tort que le marché de l'art était devenu un eldorado alors qu'il est devenu patent que ses acteurs n'ont plus la capacité d'être aussi actifs que ces derniers mois.
Certes, il y aura encore des intervenants russes ou chinois qui continueront vraisemblablement à enchérir à de hauts niveaux dans les catégories qui les intéressent mais si les Etats-Unis étaient finalement soumis à une récession, le monde entier serait soumis à une crise majeure, ce qui entraînerait une baisse des prix sur le marché de l'art. Il reste à espérer un retournement favorable au milieu de l'année pour limiter un reflux que les acteurs de ce marché se sont mis à craindre sauf que lorsque la panique prend le pas sur le raisonnement, il est impossible de freiner une débandade.
On n'en est pas encore là, mais si les places boursières continuaient à perdre du terrain, c'en serait terminé des beaux jours du marché de l'art .
Adrian Darmon
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