A la mi-mars 2008, le marché de l'art a fonctionné cahin-caha avec des prix restés soutenus pour les pièces importantes et une stagnation inquiétantes pour celles de moyenne qualité.
La crise économique mondiale marquée par la chute des valeurs boursières et du dollar qui ont provoqué des hausses conséquentes pour les matières premières n'a pas été sans affecter le marché de l'art, la plupart des acteurs de celui-ci ayant subi des pertes sur les marchés boursiers et financiers.
L'état du marché de l'art ne laisse pas d'inquiéter depuis quelques semaines avec une baisse du chiffre d'affaires de Drouot SA, certes négligeable mais néanmoins préoccupante alors que les professionnels ont pour la plupart constaté une baisse constante de leurs activités.
Ce marché ne tient que par certaines ventes de prestige, telle celle de la collection Gillot organisée au début du mois de mars chez Christie's à Paris, ainsi que par la dispersion de tableaux contemporains importants achetés par des amateurs encore fortement argentés ou par des Russes qui, eux, n'ont pas eu tellement à subir la crise survenue dans les pays occidentaux.
La chute du dollar a été préoccupante à plus d'un titre même si certaines enchères enregistrées à New York ont laissé croire que le marché était encore vaillant mais à cet égard, il convient de relativiser les scores obtenus à travers une devise américaine très affaiblie. Il faut ainsi 1,54 dollar pour un euro là où la monnaie américaine se situait à 1,25 euros il y a quelques mois, ce qui signifie un décrochement de 20%, un pourcentage qui a été loin d'être compensé dans les ventes. A titre d'exemple, une oeuvre vendue 10 millions de dollars au début de 2007 devrait atteindre désormais 12 millions de dollars pour rester au même niveau de prix. Or tel n'a pas été le cas pour nombre de pièces vendues récemment.
Par ailleurs, la faiblesse du dollar a eu de sérieuses répercussions sur les activités des professionnels, la proportion des acheteurs américains ayant été naguère de plus de 60% au marché aux Puces de Saint-Ouen lequel a souffert depuis des mois de leur désaffection. Il y a aujourd'hui moins de 15% d'acheteurs américains dans ce marché où les clients français ont souvent été aux abonnés absents, une situation qui ne sera pas près d'être corrigée étant donné la baisse de leur pouvoir d'achat sans compter que ceux-ci ont eu une moyenne d'âge de plus de 50 ans et que la nouvelle génération a paru plus intéressée par le design, voire l'art contemporain, que par les tableaux ou les objets anciens.
Comme l'Europe tout entière a été affectée par la crise économique et boursières, il y a eu à Saint-Ouen et ailleurs une baisse conséquente de fréquentation de la part des acheteurs espagnols, italiens, britanniques ou allemands alors que les amateurs russes n'ont recherché pour la plupart que des oeuvres "Made in Russia" et que les Chinois n'ont préféré ne faire acte de présence que dans les salles de ventes.
La marchandise de qualité moyenne a été fortement délaissée, ce qui s'est expliqué par le faible rendement qu'elle pourrait produire ainsi que par le désintérêt accru des collectionneurs qui recherchent avant des pièces importantes. Or, les ventes d'oeuvres de qualité moyenne ont longtemps servi à booster le marché lequel s'est désormais retrouvé confronté à la raréfaction des pièces de qualité musée. D'ailleurs, même les ventes sur Internet d'objets et de tableaux valant moins de 1000 euros pièce ont fini par stagner, ce qui prouve que le marché a eu du mal à tenir le cap ces derniers mois.
La seule solution qui permettrait au marché de rebondir réside dans une reprise économique qui n'est cependant pas pour demain vu que les Etats-Unis subissent désormais une récession propre à avoir des répercussions sur les économies européennes et même asiatiques. Le tableau est donc inquiétant et les professionnels n'ont pas d'autre recours que de courber l'échine en attendant des jours meilleurs.