Les ventes d'art contemporain organisées par Christie's et Sotheby's les 13 et 14 mai 2008 à New York ont donné lieu à des enchères soutenues, notamment pour Lucian Freud, devenu l'artiste vivant le plus cher au monde, et Francis Bacon, crédité de plus de 86 millions de dollars pour un tryptique.
Un nu peint par LucianFreud, peintre britannique né en Allemagne a été adjugé lors d'une vente d'art contemporain le 13 mai chez Christie's pour près de 34 millions de dollars, devenant ainsi l' artiste vivant le plus cher de la planète.Le précédent record était détenu par l'artiste américain Jeff Koons pour Hanging Heart, une oeuvre qui avait atteint 23 millions de dollars à l'automne dernier à New York.
Christie's avait en fait pressenti avant sa vente que "Benefits supervisor sleeping", une toile peinte par le petit-fils de Sigmund Freud en 1995 et représentant Sue Tilley, surnommée "Big Sue" en raison de ses formes imposantes, allongée nue sur un canapé, allait établir un nouveau record.
Lors de nombreuses interviews, Sue Tilley a raconté avoir été payée une quarantaine de dollars pour poser mais avoir beaucoup apprécié l'expérience.
Christie's a annoncé avoir réalisé un total de 348 millions de dollars pour ses enchères de printemps, un score conséquent enregistré une semaine après ses ventes impressionnistes et apparemment propre à démentir les rumeurs de crise sur le marché de l'art aux Etats-Unis.
95 % des lots (57 oeuvres étaient proposées) ont été vendus, dont 70 % à des collectionneurs américains, 26 % à des Européens et 4 % à des Asiatiques. 35 % des oeuvres ont été vendues au-dessus de leur estimation, et 11 % en-dessous.
Parmi les autres lots, une toile de Mark Rothko de 1952 a été adjugée un peu plus de 50 millions de dollars tandis que plusieurs Andy Warhol se sont bien vendus, notamment un "Double Marlon", représentant l'acteur américain Marlon Brando à moto (daté 1966), une sérigraphie sur toile adjugée un peu plus de 32 millions de dollars.
La déception est toutefois venue d'un triptyque de Francis Bacon, "Etudes pour un auto-portrait" de1976, estimé entre 25 et 35 millions de dollars et qui n'a été adjugé que pour 28.041.000dollars, commission comprise, mais moins de 24 heures plus tard Bacon a pris une sacrée revanche avec un autre tryptique peint en 1976, vendu cette fois par Sotheby's pour la somme faramineuse de 86,2 millions de dollars battant ainsi de 33,6 millions de dollars son précédent record établi en mai 2007 pour un portrait du Pape Innocent X.
Le groupe rival de Christie's a réalisé pour sa vente un total de 362 millions de dollars dans une salle comble et très animée, "le montantle plus élevé jamais atteint pour une vente d'art contemporain chez, Sotheby's", a déclaré après la vente Tobias Meyer, directeur du département d'artcontemporain.
83lots étaient proposés aux acheteurs, nettement plus que d'habitude grâce à la mise aux enchères d'une partie de l'exceptionnelle collection d'art contemporain de Helga et Walter Lauffs.
Les ventes de mercredi chez Sotheby's se sont déroulées dans une ambiance euphorique, de nombreuses toiles ayant dépassé de beaucoup les estimations des experts, notamment trois Yves Klein adjugés nettement au-dessus de leur estimation supérieure, dont une oeuvre peint à l'or qui a atteint 23,561,000 USD et un autre sur fond adjugé 17,40 millions de dollars sans oublier "Lonesome cowboy" de Takashi Murakami, estimé entre 3 et 4 millions de dollars, qui a été vendu pour 15,1 millions de dollars.
Les résultats combinés des ventes d'art contemporain de Christie's et Sotheby's ont ainsi totalisé 710 millions de dollars, ce qui a conforté les analystes dans l'opinion que le marché de l'art était à l'abri des turbulences la crise économiques et financières dues à la crise des subprimes aux Etats-Unis. Il serait cependant bon de tempérer leur optimisme pour diverses raisons qui finalement pourraient leur donner tort si un redémarrage économique ne survenait pas avant la fin de l'année.
1) Le dollar a perdu 50% de sa valeur face à l'euro depuis la fin de 2001, ce qui fait que les prix enregistrés pour l'art contemporain se doivent d'être convertis dans la devise européenne pour se faire une idée véritable de leur évolution, laquelle, à quelques exceptions près, est tout juste supérieure à l'inflation dans la zone euro.
2) La crise des subprimes aux Etats-Unis a eu de lourds effets collatéraux sur les indices boursiers et sur le monde de la finance. De nombreux riches ont perdu de l'argent à Wall Street ou ailleurs alors que plus de 50 000 golden boys employés des banques sont désormais promis au chômage à New York ou à Londres.
3) Le prix du baril de pétrole ne cesse de grimper tout comme ceux des produits alimentaires, ce qui à la longue a affecté le pouvoir d'achat de millions de ménage à travers le monde. Certains analystes rétorqueront que ces augmentations ne grèveront pas les portefeuilles des plus nantis, ce qui est vrai sauf que ces derniers ont commencé à se poser des questions sur l'avenir, ce qui les a conduits à devenir plus prudents sur le marché de l'art.
4) La Russie, la Chine ou l'Inde ont été les pays qui ont enregistré les plus fortes croissances dans le monde sans trop souffrir de la crise des sub-primes. Leurs magnats ont acheté sans compter sur le marché de l'art en maintenant les prix à des niveaux élevés mais ils finiront peut-être à devenir comme l'arbre qui masque la forêt des problèmes sur le marché de l'art.
5) Les acheteurs ne visent que les oeuvres rares et de qualité. Lucian Freud, Warhol, Basquiat, Rothko, Picasso ou Bacon sont parmi d'autres grands artistes des valeurs sûres du marché de l'art. Les amateurs savent qu'ils prennent moins de risques à miser sur ces noms et même qu'ils peuvent engranger des plus-values intéressantes lorsque le marché de l'art devient un refuge à partir du moment où les places boursières et financières se mettent à vaciller. Pour l'instant, il n'y a pas de panique générale mais en cas de krach majeur, ce sera alors la débandade sur tous les marchés, celui de l'art compris.
6) Pour l'instant donc, le marché de l'art se maintient à un bon niveau, du moins pour les pièces de qualités mais la hausse des prix ne compense en fait que la baisse du dollar par rapport aux résultats enregistrés avant 2002. Il faut quand même souligner que si les galeries d'art contemporain continuent à faire de bonnes affaires, il n'en est pas de même pour les antiquaires et les brocanteurs dont les chiffres d'affaires ont grandement diminué depuis deux-trois ans, ce qui signifie que les comportements ont changé sur le marché de l'art avec d'un côté, un engouement accru pour l'art contemporain et de l'autre, une désaffection concernant l'ancien. Comme les pièces exceptionnelles tendent à devenir de plus en plus rares, les maisons de vente ont de plus en plus de difficultés à organiser des ventes de prestige qui ne réunissent à présent pas plus d'une centaine de lots et comme le nombre des acheteurs fortunés a baissé depuis la crise des subprimes, on peut donc s'attendre à une baisse de l'activité sur le marché de l'art si une reprise économique majeure n'est pas au rendez-vous d'ici la fin de 2008.
Adrian Darmon