L'activité sur le marché de l'art durant le premier semestre de 2008 a été soutenue pour les pièces de très grande qualité et pour l'art contemporain, notamment à la foire de Bâle, mais ralentie au niveau inférieur avec des signes d'essoufflement dus à la crise financière et boursière aux Etats-Unis et en Europe.
Les millions de dollars ont valsé dans les ventes pour Francis Bacon (86 millions) ou Lucian Freud (34 millions) grâce au soudain appétit pour l'art manifesté par l'oligarque russe Roman Abramovitch pour qui les sommes dilapidées pour ces artistes représentent à peine les montants de quatre achats de joueurs pour Chelsea, son club de football.
D'ici trois ou quatre ans, ce Bacon et ce Freud seront vraisemblablement plus faciles à revendre avec des plus-values que les joueurs acquis par Chelsea alors que le millionnaire russe se sera déjà offert gratuitement pour son image une sacrée publicité qui en temps ordinaire lui aurait coûté bonbon.
Malgré les remous causés par la crise américaine des sub-primes sur les principaux marchés financiers et boursiers, le marché de l'art a fait étalage d'une superbe santé au plus haut niveau grâce à des acheteurs originaires de pays épargnés par ce tsunami économique, notamment la Russie, la Chine ou l'Inde.
Il serait néanmoins idiot de croire que les Russes, les Chinois et les Indiens seront en mesure d'éviter un ralentissement que de nombreux observateurs estiment inéluctable d'ici la fin de l'année et ce, pour la raison bien simple qu'ils ne pourraient pas continuer à acheter des pièces exceptionnelles si leurs concurrents occidentaux se faisaient moins nombreux.
La crise des sub-primes est loin d'être terminée, comme les mauvais résultats de la banque américaine Lehman Brothers l'ont démontré au début du mois de juin. Elle aura donc des conséquences sur le marché de l'art puisque nombre de golden boys, un temps actifs sur celui-ci, ont été mis au chômage durant ces derniers mois.
Le succès de la foire d'art contemporain de Bâle a fait croire aux plus optimistes que le marché de l'art serait à l'abri des effets de la tornade financière alors que les mauvais chiffres d'affaires des groupes de vente et des professionnels au niveau des oeuvres de moyenne qualité semblent d'orès et déjà présager d'une fin d'année difficile.
Déjà, après les Américains et tout comme les Britanniques, les Espagnols ou les Italiens, les Français ont dû se serrer la ceinture au niveau des dépenses, ce qui signifie que seuls les plus riches auront pu rester actifs sur le marché où ce ne sont pas une ou deux oeuvres vendues à 5 millions d'euros mais bien un millier à dix mille euros qui pèsent le plus lourd dans la balance des résultats.
En attendant, le marché peut dire merci aux gros acheteurs russes, chinois ou indiens mais faute d'une reprise économique dans les six prochains mois, improbable en raison de la hausse des prix des carburants et des matières premières, le marché sera confronté à une baisse d'activité dans les pays occidentaux laquelle provoquera une baisse des recettes, comme cela a été le cas pour Drouot à la fin de 2007.