La galerie Alexis Renard, 5 Rue des deux ponts dans l' Ile St Louis présente en collaboration avec Moulin de l'Est- The Windmill Gallery une exposition d'art contemporain du continent indien à partir du 26 septembre 2008, notamment d'oeuvres de jeunes artistes pakistanaises, Aisha Abid Hussain, Isbah Afzal, Nerissa Fernandez et Sobia Naeem. La galerie, fondée en 1999 et située sur l'Ile saint Louis, est spécialisée dans les antiquités islamiques et indiennes.
Abordant des sujets résolument modernes, le travail de ces artistes s'inscrit dans la longue tradition de la peinture de miniature qui, à l'origine, illustrait les splendides manuscrits royaux des souverains indo persans.
Toutes les quatre ont étudié la peinture au prestigieux National College of Arts (NCA) de Lahore, dont elles sont originaires, et qui est considérée comme la capitale artistique du pays. Ce savoir faire ancestral leur fut transmis par un 'Ustaad' (maître).
Leur apprentissage fut axé sur l'étude, particulièrement fastidieuse, des techniques de la miniature indo persane.
D'une profonde sensibilité, ces artistes puisent leur force créatrice dans cette tradition ancienne afin de témoigner de leur époque.
Qu'elles soient abstraites ou figuratives, leurs œuvres sont toujours le fruit d'un imaginaire fertile et d'une grande introspection.
L'inspiration initiale de Aisha Abid Husain fut puisée dans les journaux intimes tenus par sa mère dans lesquels elle traitait des peines et des traumatismes engendrés par les relations entre les hommes et les femmes. Avec le temps, cette inspiration prit une autre dimension.

Elle travaille selon l'idée de la spirale, colonne vertébrale du journal, mais aussi tourbillon exerçant une forte influence qui l'entraîne et l'élève, à l'image d'un vortex.
L'intérêt de son travail réside dans les multiples interprétations que l'on peut en donner :
la dimension personnelle prenant une dimension plus générale, historique ou même politique selon la perspective sous laquelle on l'aborde.
Ainsi, lorsqu'elle utilise de vielles pages de journal rongées par les termites, elle effectue un parallèle entre l'absence de certains mots et les pans de l'Histoire que l'on occulte avec le temps.
Selon l'artiste, le journal intime est le recueil des émotions et des sentiments exprimés sous forme de mots qui constituent un réseau, le texte, qui est élaboré avec patience et dévouement tout comme le sont les relations humaines.
Du point de vue formel, elle superpose ses waslis, les couvre de denses réseaux de formes géométriques et répétitives dont les contrastes de couleurs ou les gradations de tons sont frappants. L'abstraction semble poussée à l'extrême mais n'empêche jamais la lisibilité des images presque ' infusées d'une lumière divine'.
Progressivement, le travail de l'artiste prend une nouvelle orientation avec la représentation de ses fameux carnets et de vertèbres.
Il est intéressant de noter qu'elle fut formée à la miniature traditionnelle par Ustaad Bashir Ahmed, et à la miniature contemporaine par Imran Quereshi.
Isbah Afzal relate les relations humaines qui s'interpénètrent les unes les autres selon un système complexe. Chaque être étant relié aux autres par des émotions et des sentiments formant une trame dense. En concevant les évènements de la vie comme les nœuds très serrés d'un réseau de fils enchevêtrés, elle réalise une métaphore des relations humaines.

Du point de vue plastique, elle privilégie le dessin et s'exprime grâce à la répétition de motifs uniques et complexes. Des flots de lignes, droites ou courbes, aussi aériennes et vaporeuses que des 'cheveux d'ange', régissent subtilement la composition de chacune de ses oeuvres tels des textiles délicatement tissés.
L'artiste, virtuose, procède avec la méticulosité d'un orfèvre.
Ses œuvres interpellent et se distinguent par une gracieuse légèreté pourtant toujours empreinte de complexité.
L'œuvre de Nerissa Fernandez se définit comme un va et vient constant et poétique entre abstraction et réalisme, entre ses propres réflexions et celles du spectateur.
Elle dit trouver ses images dans des formes organiques ambivalentes, âpres et douces, fortes et fragiles à la fois selon l'angle sous lequel on les appréhende.

Selon elle, la notion de contradiction, de paradoxe et de contraste se trouve à l'état brut dans la nature.
Le pouvoir plastique de ses œuvres est particulièrement puissant.Sensorielles, leur contemplation amène une sensation tactile et appelle les émotion.
Très intéressant, le travail de ces artistes s''inscrit à l''avant-garde de l'art contemporain indien et pakistanais, en plein développement et particulièrement porteur au sein du marché de l'art.
Sobia Naeem transpose dans ses œuvres la puissance des illusions qui, selon elle, sont plus fortes

que l'existence elle-même, comme le sont la présence ou l'absence.
Pour elle, le rôle de chaque individu est de créer une 'impression'. Nous sommes tous dans un processus qui disparaitra dans un autre plus vaste.
Dans sa série de miniatures générées par un profond travail d'introspection, elle transpose cette notion de manière formelle en réalisant des effets de pliages sous forme de trompe-l'œil. Ces effets de pliages sont les métaphores de ces illusions.
Résolument contemporain, le travail de ces quatre artistes possède une grande force expressive et reflète, avec sincérité, leurs questionnements sur la vie, sur l'identité de chacun, sur la place de la femme, sur les relations entretenues par les personnes entre elles.
Moulin de l'Est –The WindMill Gallery est une organisation travaillant avec de jeunes artistes originaires d'Asie du sud dont l'objectif est d'encourager l'émergence de jeunes artistes et de développer leur carrière à l'échelle internationale.