Une cinquantaine d'oeuvres du peintre d'origine ukrainienne Youla Chapoval (1919-1951) seront exposées par la galerie Laurentin lors de la Biennale des Antiquaires à Paris du 11 au 21 septembre 2008. Cette mini-rétrospective servira à coup sûr à booster la cote de cet artiste mort prématurément à l'âge de 32 ans.
Né au sein d'une riche famille juive de Kiev qui avait fui le communisme tout autant que les pogroms pour se réfugier en France en 1924, Youla Chapoval rencontra Picasso en 1938, l'année où il passa son Baccalauréat. En 1939, il entreprit des études de médecine tout en fréquentant l'Académie de la Grande Chaumière.
Peu après la défaite de la France, Chapoval abandonna la médecine pour se consacrer à la peinture mais en 1942, il fut obligé de fuir Paris après les rafles anti-juives du mois de juillet. Tandis que sa mère et une de ses soeurs furent déportées en Pologne, il se réfugia à Marseille où il fréquenta l'école des Beaux-Arts de cette ville.
En 1943, il alla à Toulouse en emportant dans ses bagages un ours en peluche dans lequel il avait dissimulé une pilule de poison prête à être avalée en cas d'arrestation. Là, il rencontra Jeanne Despujols, sa future épouse.
De retour en 1944 à Paris où il apprit la mort de sa soeur et de sa mère en déportation, Chapoval rencontra à nouveau Picasso et devint l'ami de James Lord. En 1946, il épousa Jeanne Despujols et emménagea au 43 avenue Montaigne où il travailla et vendit ses oeuvres à des amis, notamment les marchands Henri Bénézit et Pierre Berès.
En 1947, après avoir rencontré le critique Douglas Cooper et le collectionneur Henri Dutilleul, Chapoval se vit décerner le 2e Prix de la Jeune Peinture et exposa ses oeuvres à la galerie Jeanne Bucher.
En 1949, il passa à l'abstraction et exposa pour la 3e fois à la galerie Jeanne Bucher tout en montrant ses oeuvres à la Galerie Maeght. Il reçut cette année-là le Prix Kandinsky avec Marie Raymond. L'année suivante, il montra ses toiles en compagnie de cette dernière à la galerie Denise René et participa aux Salons de Mai et des Réalités Nouvelles.
En 1951, Chapoval participa à nouveau à ces deux Salons et s'installa à Montmartre tout en revenant à la figuration mais le 16 décembre, sa mort brutale mit fin à une carrière à peine longue de sept années et quand même riche de 800 oeuvres. Elle fut néanmoins trop courte pour jauger son rôle parmi les artistes qui se firent un nom au sortir de la guerre, tels Buffet, Soulages, Tal Coat, Pignon, Degottex, Charchoune et d'autres peintres de talent.
N'étant pas le besoin, Chapoval travailla sans rechercher le succès en abordant l'abstraction avec prudence tout en cherchant dans le Cubisme la voie de sa vérité pour aborder les rivages de l'abstraction en s'inspirant de Kandinsky avant de revenir à la figuration à la fin de sa courte vie.
Bref, marqué par la fuite, celle de ses parents puis la sienne, Chapoval avait fini par avoir tendance à se poser des questions, tant au niveau de sa condition que de son oeuvre en traversant le monde à la manière d'une étoile filante sans se soucier de connaître le succès.
Comme ces artistes morts prématurément, Seurat, Van Gogh ou Modigliani, l'oeuvre de Chapoval aurait pu faire l'objet d'une intense spéculation sur le marché. Il n'en a rien été puisque nombre de toiles ont été conservées par ses proches alors que son nom est resté longtemps dans l'oubli.
Le fait qu'il ait été ukrainien, une nationalité synonyme de spéculation depuis une décennie dans les pays de l'ancienne URSS où de nouvelles fortunes ont fleuri, et qu'il fasse l'objet d'une mini-rétrospective organisée par la galerie Laurentin lors de la prochaine Biennale, aura probablement pour effet de booster la cote de Chapoval dont l'oeuvre mérite amplement d'être redécouverte parce qu'indépendamment de la spéculation dont les artistes ukrainiens font l'objet sur le marché, elle exhale un talent indéniable.
Adrian Darmon