Francisco Goya avait le pinceau prolifique dans tous les sens du terme. En produisant des centaines d'oeuvres mais aussi en séduisant nombre de femmes à la cour d'Espagne et en faisant 22 enfants à son épouse...
La dispersion de la collection de peintures et d'objets d'art de la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé constituera l'événement de l'année 2009. Prévue au Grand Palais du 23 au 25 février prochains, elle pourrait rapporter plus de 500 millions d'euros.
De nombreuses pièces phares seront proposées lors de cette dispersion qui fera certainement date dans l'histoire du marché de l'art.
ART MODERNE
« Les tableaux de Léger, la sculpture de Brancusi, les Juan Gris... La nature morte de Matisse est tellement parfaite et sensuelle, comment faire un tableau aussi équilibré et élégant. La toile cubiste de Picasso est un chef d'œuvre absolu ; j'ignorais qu'il existait encore des compositions cubistes d'une telle importance en mains privées. Le petit collage de Juan Gris est un bijou d'une pureté et d'une beauté parfaites. Le paysage de Degas est une pure merveille, quant au Pierrot d'Ensor, cela fait bien longtemps qu'on ne voit plus de tableaux de cette qualité sur le marché. Je n'ai jamais vu d'œuvres ayant autant de présence.", a déclaré Thomas Seydoux, Directeur international du Département d'Art Impressionniste et Moderne
Pablo Picasso (1878-1973)
Instruments de musique sur un guéridon, 1914
Estimation : € 30.000.000-40.000.000
Fernand Léger (1881-1955)
La tasse de thé, 1921
Estimation : € 10.000.000-15.000.000
Henri Matisse (1869-1954)
Les coucous, tapis bleu et rose, 1911
Estimation : € 15.000.000-20.000.000
Henri Matisse (1869-1954)
Le Danseur, 1937-38
Papier collé et gouache sur papier marouflé sur toile
(Probablement une étude pour le rideau de Rouge et Noir)
Estimation : € 5.000.000-7.000.000
Piet Mondrian (1872-1944)
Composition avec bleu, rouge, jaune et noir, 1922
Estimation : € 8.000.000-12.000.000
Constantin Brancusi (1876-1957)
Madame L.R. (Portrait de Madame L.R.) 1914-1917
Bois sculpté, 120 x 35 cm.
Estimation : € 15.000.000-20.000.000
Ancienne collection Fernand Léger
James Ensor (1860-1949)
Le désespoir de Pierrot, 1892
Estimation : € 2.000.000-3.000.000
ART DECO
« En Novembre 1972, au tout début de ma carrière, j'ai eu la chance d'assister à la vente devenue légendaire du mobilier Art Déco de Jacques Doucet. Lors de l'exposition dans les salles de l'Hôtel Drouot j'avais remarqué un grand jeune homme élégant, portant des lunettes qui paraissait tout a fait absorbé par la magie des trésors présentés. Je le reconnus tout de suite, il s'agissait de Monsieur Saint Laurent. Il allait devenir acquéreur de certains de ces lots. Quel privilège après toutes ces années d'être impliqué dans la dispersion de la Collection réunie par Yves saint Laurent et Pierre Bergé. Quoi de plus fascinant que de pouvoir suivre l'histoire d'un objet, observer le cycle de renouvellement des collections et apprendre de ces grands collectionneurs français qui ont tant contribué à enrichir notre culture par leur personnalité et leur sensibilité.
Guidés par un grand sens esthétique, un besoin vital de raffinement et d'élégance, et grâce à leur connaissance et à leur instinct, ils ont su réunir des œuvres majeurs de l'Art Déco. Chaque pièce est un coup de foudre, choisi avec passion par un œil sûr; l'ensemble évoque avec finesse l'une des périodes les plus brillantes de la société parisienne et rend hommage aux grands personnages, créateurs, collectionneurs ou mécènes qui ont marqué cette époque – Jacques Doucet et Marie-Laure de Noailles mais également Eileen Gray, Pierre Legrain, Jean-Michel Frank, et beaucoup d'autres, dont Yves Saint Laurent et Pierre Bergé sont les dignes héritiers", a soulignéPhilippe arner, Directeur international du Département des Arts Décoratifs du 20ème siècle
Eileen Gray (1878-1976)
Fauteuil aux dragons en bois laqué ocre brun, vers 1920-1922
Estimation : € 2.500.000-3.500.000
Gustave Miklos (1888-1957)
Paire de tabourets en placage de palmier, vers 1920-1922
Estimation : € 2.000.000-3.000.000
Eileen Gray (1878-1976)
Enfilade, vers 1920-1922
Estimation : € 3.000.000-5.000.000
Jean Dunand (1877-1942)
Paire de grands vases en dinanderie et laque, 1925
Estimation : € 1.000.000-1.500.000
Claude Lalanne (née en 1925)
Ensemble de quinze miroirs aux branchages, 1974-1985
Bronze et cuivre galvanique
Estimation : € 800.000-1.200.000
SCULPTURES EUROPEENNES ET OBJETS D'ART DE LA RENAISSANCE
« Magnifique collection de ce que nous appelons en Angleterre 'Works of Art'. Elle est l'expression de la complicité de deux esthètes. Les émaux de Limoges sont tout à fait exceptionnels comme ce grand plat ovale illustrant l'Enlèvement d'Europe par Jean de Court ainsi la paire de portraits, ceux du Christ et de la Vierge, par Léonard Limousin, datée de 1554. Quant aux bronzes de la Collection, un modèle d'Hermaphrodite attribué à Gianfrancesco Susini côtoie les ivoires du sculpteur autrichien Simon Troger. Et l'on découvre admiratif la Schatzkammer d'Yves Saint Laurent : lesfabuleux camées montés, les pièces en cristal de roche, notamment une urne ayant fait partie des collections royales françaises", a indiqué Donald Johnston, Directeur international du Département Sculpture.
Parmi les lots proposés:
Hercule et Nessus et Hercule terrassant Achelous sous la forme d'un taureau
Paire de groupes en bronze, d'après Giambologna et Pietro Tacca, travail probablement français du début du 18ème siècle
Estimation : € 300.000-500.000
Pot à bouquet
En cristal de roche, Milan fin du 16èmesiècle début du 17ème siècle, monture en vermeil sertie de 24 rubis
Estimation : € 100.000-150.000
Plat en émail polychrome par Jean de Court, fin 16ème siècle, représentant l'enlèvement d'Europe
Estimation : € 300.000-400.000
MOBILIER ET OBJETS D'ART EUROPEEN
« Le mobilier ancien s'intègre à la collection d'Art Déco avec un étonnant naturel confirmant l'art avec lequel Yves Saint Laurent et Pierre Bergé ont su jongler avec les styles. En témoigne une superbe série de chaises italiennes d'époque Rococo provenant du Palazzo Carrega-Cataldi à Gènesqui entoure une monumentale table de salle à manger Art Déco en marbre et bronze argenté : un mariage inattendu et réussi", a remarquéAdrien Meyer, Directeur du Département Mobilier et Objets d'Art
A noter:
Suite de dix-huit chaises italiennes, milieu du 18ème siècle
Estimation : € 300.000-500.000
Paire de meubles d'entre-deux en placage d'ébène et pierre dure, Angleterre, 19ème siècle
Estimation : € 200.000-300.000
Table de salon d'époque Louis XVI, par Adam Weisweiler
Estimation : € 200.000-300.000
ORFEVRERIE
« La collection d'orfèvrerie est absolument fabuleuse. Les tables du salon débordent de chefs d'oeuvre allemands des 16ème, 17ème siècles et du début du 18ème siècle. Nautiles, œufs d'autruches montés en vermeil, lions en argent, aigle en or, bateau en vermeil et d'impressionnantes coupes provenant de la collection des princes de Hanovre. C'est sans aucun doute l'une des plus importantes collection d'orfèvrerie allemande, signée des plus grand orfèvres d'Augsbourg, de Nuremberg et de Hambourg qui apparaît sur le marché depuis peut être la collection Wernher à Londres en 2000. C'est une occasion tout à fait unique de découvrir un ensemble d'une telle qualité aussi brillamment mis en valeur", a tenu à signaler Anthony Phillips, Directeur international du Département Orfèvrerie
Parmi les lots offerts à la vente:
Statue en vermeil, probablement par Andreas I Wickert, Augsbourg, vers 1630-1650
L'enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus, d'après le dessin de Jean de Bologne
Estimation : € 300.000-500.000
Paire de présentoirs en or, Allemagne, vers 1730
Estimation : € 200.000-300.000
Le Temps, en vermeil et argent, Troppau,vers 1675
Estimation : € 200.000-300.000
ARCHEOLOGIE
« C'est un magnifique torse d'Apollon en marbre qui vous accueille majestueusement dès l'entrée de l'appartement de la rue de Babylone. Ce torse, de taille réelle est un travail romain inspiré par l'Apollon Lykeios, que l'on attribue au sculpteur grec Praxitèle, (4ème siècle avant notre ère). La collection est constituée de quelques superbes oeuvres d'art du monde antique, tel un impressionnant Minotaure trônant majestueusement au centre du jardin. Il s'agit d'un travail romain excessivement rare et intéressant. Le monstre à tête de taureau faisait sans doute partie d'un groupe de sculptures représentant le combat mortel contre le héros Thésée dans le labyrinthe crétois.", a tenu à dire Max Bernheimer, Directeur international du Département d'Archéologie
Rome, 1er-2ème siècle après JC
Torse masculin, marbre
Estimation : € 200.000-300.000
Rome, 1er-2ème siècle après JC
Minotaure, marbre
Estimation : € 200.000-300.000
Egypte, Epoque Ptolémaïque, 4ème siècle avant JC
Couvercle de sarcophage anthropomorphique
Estimation : € 50.000-70.000
TABLEAUX ANCIENS ET DU 19e SIECLE
« Ce goût du mélange des styles, des époques et des continents transparaît jusque dans leur choix de peintures anciennes. Cet esthétisme réunit les œuvres au-delà des siècles et des écoles. Yves Saint Laurent et Pierre Bergé se sont attachés à choisir leurs tableaux pour leur qualité picturale intrinsèque. Voyage à travers les siècles, du 16ème au 19ème siècles, le Portrait de la Comtesse de Larue est le premier portrait féminin connu de Jean-Auguste-Dominique Ingres et l'un des très rares ou le modèle n'est pas représenté dans un intérieur. Elégance de la ligne, raffinement du coloris, perfection du rendu des riches vêtements: toutes les qualités qui firent la gloire d'Ingres portraitiste sont déjà réunies dans ce ravissant tableau peint alors que l'artiste n'avait que 24 ans. Cet ensemble très personnelnous livre des scènes enfantines librement esquissées par Francesco Salvator Fontebasso, un orgueilleux portrait d'homme de Fans Hals ainsi qu'une élégante scène d'intérieure de Peter de Hooch", a indiquéCécile Bernard, Directrice du département des tableaux anciens
« Les tableaux du 19ème siècle de la Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé attestent d'un raffinement et d'une indépendance de goût face aux modes et aux caprices du marché de l'art. Ainsi, il est extrêmement rare de voir autant de chefs d'œuvre de Géricault dans une collection privée. Les trois portraits d'enfants sont particulièrement singuliers dans l'œuvre de cet artiste romantique. Le Portrait d'Elisabeth et Alfred de Dreux, par exemple, est un tableau d'une grande modernité et d'une profonde intensité, troublant à la façon de Goya.
Notons également la présence inattendue dans une collection française d'œuvres préraphaélites, parmi lesquelles plusieurs œuvres de Sir Edward Burne-Jones, dont Luna qui est une redécouverte importante ainsi que l'état de conservation exceptionnel du monumental carton de vitrail", a ajoutéSebastian Goetz, Spécialiste en tableaux du 19ème siècle.
Théodore Géricault (1791-1824)
Portrait d'Alfred et d'Elisabeth de Dreux, 1816-1817
Estimation : €4.000.000-6.000.000
Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)
Portrait de la Comtesse de Larue, 1804
Estimation : €2.000.000-3.000.000
Frans Hals (1580/85-1666)
Portrait d'homme tenant un livre
Estimation : €800.000-1.200.000
DESSINS ANCIENS ET DU 19e SIECLE
« Ce sont cinq dessins du 19ème siècle d'une très belle qualité, en majorité des portraits, signés David, Ingres et Delacroix. Le dessin le plus important est un portrait en tondo par David. Il fait partie d'une célèbre série de portraits exécutés par l'artiste lors de son séjour en prison en 1795 et représente tous les révolutionnaires emprisonnés. Celui-ci a longtemps été considéré comme un autoportrait. Il a appartenu aux frères Goncourt", a fait remarquer Benjamin Peronnet, Directeur international du Département des Dessins Anciens et du 19ème siècle
« Les pièces asiatiques de la collection traduisent leur goût pour les oeuvres décoratives d'exception telles que la statue de Bouddha chinois en bois laqué du 16èmesiècle ou l'imposant brûle-parfum tripode en bronze et émaux cloisonnés du 17èmesiècle, qui garni d'orchidées, reflétait avec originalité leur raffinement.
Toutefois les deux pièces maîtresses sont sans conteste deux têtes d'animaux en bronze. Représentant un lapin et un rat, elles faisaient partie de l'horloge fontaine zodiacale qui décorait le Pavillon de la Mer Calme de l'Ancien Palais d'Eté (Yuan Ming Yuan) de l'Empereur Qianlong (1736-1795). Construit entre 1756 et 1759 sous la direction du fameux père jésuite Giuseppe Castiglione, les têtes se caractérisent par un style résolument occidental. L'horloge fontaine était composée des douze animaux du zodiaque chinois qui crachaient de l'eau chacun à leur tour pour marquer les différentes heures de la journée, à l'exception de midi où ce mécanisme hydraulique élaboré se déclenchait simultanément chez tous les animaux", a indiqué Mathilde Courteault, Directrice du Département d'Art Asiatique.
Tête de lapin en bronze provenant de la clepsydre zodiacale du palais d'été de l'empereur Qianlong (Yuanming Yuan)
Chine Dynastie Qing, Epoque Qianlong (1736-1795)
Estimation : € 8.000.000-10.000.000
Tête de rat en bronze provenant de la clepsydre zodiacale du palais d'été de l'empereur Qianlong (Yuanming Yuan)