Partie des Etats-Unis, la crise financière a contaminé l'ensemble de la planète en provoquant des faillites de banques en cascade et un vent de panique sur toutes les places boursières durant le mois d'octobre 2008. Résultat : l'économie mondiale a subi un sérieux coup de frein alors que le marché de l'art, devenu une annexe des marchés financiers depuis près de 30 ans, est resté miraculeusement à l'abri du tsunami monétaire jusqu'à présent.
Conséquence directe de la crise des sub-primes survenue aux Etats-Unis au début de l'année 2008, l'explosion de la bulle financière a provoqué une situation comparable à celle qui suivit le krach de Wall Street en 1929 en mettant un terme au mythe de l'argent trop facilement gagné pour causer d'énormes dégâts dans le secteur bancaire devenu subitement exsangue en raison d'un manque flagrant de liquidités suite aux pertes abyssales subies par de nombreuses institutions financières. Cela n'ira donc pas sans conséquences sur le marché de l'art puisque plusieurs de ses acteurs ont vu leurs fortunes être dévastées par le tsunami monétaire qui a submergé la planète.
La première conséquence de cette crise a été l'apparition d'une peur générale contagieuse dans les milieux financiers et d'affaires. Premier constat : nombre de traders qui gagnaient plus de 300 000 euros par an ont perdu leurs emplois, ce qui les a poussés à mettre en vente leurs biens immobiliers aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne sans que ceux-ci puissent trouver des acheteurs aux prix demandés. Cette crise financière mondiale, sans précédent depuis celle de 1929, va ainsi se traduire par un repli sur soi et par plus de prudence de la part des investisseurs en perte de repères pour se ressaisir alors qu'une ruée sur l'or s'est emballée et que nombre de gens ont retiré leurs liquidités des banques pour les mettre à l'abri chez eux comme en témoignent les ventes de coffres-forts qui ont explosé dans plusieurs pays durant ces deux dernières semaines, à croire qu'il faudrait miser sur les actions d'une maison comme Fichet.
Maintenant, les analystes ont été bien en peine de prédire ce que seront les effets de cette crise financière dévastatrice sur le marché de l'art lequel a plus ou moins bien semblé tenir le choc au vu des résultats des ventes aux enchères enregistrées ça et là depuis la mi-septembre. On peut néanmoins avancer qu'il y aura pour ce marché des aspects positifs d'un côté et négatifs de l'autre.
L'avantage offert par ce marché a été de constituer un secteur adéquat pour des placements sûrs et assez solides, les investisseurs ayant été persuadés que leur argent serait plus ou moins à l'abri via des achats d'œuvres considérées comme des valeurs sûres. Voilà pour le côté positif.
Néanmoins, ceux qui ont perdu beaucoup d'argent dans la tourmente financière risqueront d'être désormais à court de liquidités pour acheter de l'art, sans oublier le fait que pour récupérer une mise, il faut attendre au moins six mois pour revendre une œuvre alors que pour être certain de faire un bon placement, il est nécessaire d'attendre plus de cinq ans pour remettre une pièce en vente, le déjà vu aux enchères n'étant guère prisé des amateurs.
D'autre part, des milliers de traders devenus riches rapidement mais confrontés dorénavant au chômage vont être tentés de vendre des œuvres d'art achetées durant les périodes fastes pour récupérer des liquidités, ce qui risquera de mettre à mal l'équilibre de l'offre et de la demande sur le marché et de se traduire par une augmentation brutale du nombre d'invendus dans les ventes aux enchères.
Par ailleurs, le marché de l'art a connu un coup de frein depuis le début de l'année 2008 avec un recul des cotes de certains artistes, notamment celle d'Andy Warhol dont les œuvres ont connu une baisse de prix d'environ 5% depuis la fin de 2007.
Le manque de confiance qui s'est installé parmi les investisseurs de la planète risquera en outre de perturber le marché de l'art où les acheteurs feront montre de plus de prudence. Moins de liquidités sur les marchés financiers, cela signifiera plus que des pertes en filigrane or, les investisseurs ont acheté des œuvres d'art grâce aux bonus engrangés sur ces marchés, bonus devenus aujourd'hui des mirages. Cela se traduira finalement par une baisse de l'activité sur le marché de l'art et provoquera donc un net recul des prix, notamment pour des artistes contemporains comme Jeff Koons, Maurizio Cattelan et d'autres dont les cotes ont littéralement explosé en une décennie.
Le marché de l'art sera probablement moins affecté par cette terrible crise que les places financières ou boursières qui ont été confrontées à une incroyable débandade malgré tous les efforts entrepris par les gouvernements concernés pour y remédier. Toutefois, il faudra s'attendre à une baisse des chiffres d'affaires des maisons de vente de l'ordre de 10 à 15% dans les six mois à venir.
D'autre part, la baisse du moral des ménages à travers le monde n'arrangera pas les choses car la tendance désormais va au repli sur soi et à la prudence, ce qui va provoquer un recul des achats dits superflus. Déjà, pour beaucoup de cadres moyens ayant sacrifié à des priorités comme le maintien de leur emploi et de leur niveau de vie, les achats d'œuvres d'art ont fait partie du domaine du superflu depuis l'introduction en 2001 de l'euro qui a été en assez grande partie la causede l'augmentation des prix pour les biens de première nécessité.
La baisse des prix pour la plupart des artistes contemporains devenus sur-cotésne sera toutefois pas un mal en soi car on sera assuré d'assister à un retour des achats portés sur des valeurs plus réelles comme Picasso et d'autres maîtres modernes par exemple. Il était devenu en fait anormal de voir les œuvres de Jeff Koons se vendre plus cher que celles d'un Rembrandt ou d'un Vélasquez et un rééquilibrage des valeurs constituera donc un juste retour des choses qui servira d'exemple à ces spéculateurs qui ont cru faire monter au firmament des artistes qui étaient loin d'avoir l'envergure des grands maîtres.
La leçon à tirer de cette situation toute nouvelle est que la vérité des prix réside avant tout dans le talent avéré d'artistes entrés dans l'histoire depuis des décennies et non dans les valeurs créées artificiellement par des petits malins qui se sont pris pour des génies du marketing car ce n'est pas en moins de dix ans que des cotes d'artistes contemporains peuvent être établies d'un coup de baguette magique.
Comme l'a remarqué le galeriste Charles Bailly, il y aura à coup sûr pour le marché de l'art à des remous collatéraux provoqués par l'explosion sans précédent de la bulle financière mais au final, les grands gagnants pourront enfin être les acheteurs d'œuvres de qualité produites par des artistes consacrés et non plus les spéculateurs qui ont bien cru trouver dans l'art un moyen de s'enrichir sans vergogne.