Intitulée « Picasso et les Maîtres », l'exposition qui se tient au Grand Palais à Paris jusqu'au 2 février 2009 vise à mieux faire comprendre les influences subies par le grand peintre espagnol qui fut probablement le plus grand adaptateur de l'histoire de l'art.
Adaptateur, et non copieur ou usurpateur, c'est bien le mot car le génie de Picasso (1881-1973) fut de s'inspirer des grands maîtres sans les plagier pour inventer sans cesse de nouvelles formulations en matière de peinture.
La réunion de nombreux chefs d'œuvres de divers maîtres appelés à être confrontés avec ceux de Picasso vaut assurément le détour pour mieux comprendre l'intérêt manifesté par ce dernier à l'égard du Titien, du Greco, de Vélasquez, Murillo, Poussin, Rembrandt, Zurbaran, Chardin, Goya, Delacroix, Degas, Ingres, Manet, Cézanne, Renoir ou même le Douanier Rousseau.
L'important est de ne pas oublier que dès l'âge de 8 ans, Picasso fut un enfant prodige qui trouva vite son inspiration en contemplant les oeuvres des maîtres anciens avant d'aborder les rivages de l'art moderne tel Christophe Colomb découvrant l'Amérique. Les œuvres qu'il admira lui servirent ainsi à développer son talent en partant souvent d'idées puisées au fil de ses découvertes pour déboucher sur des créations très personnelles.
Il va sans dire que dans tous les domaines, les inventeurs se basèrent sur des idées imaginées et mises en route avant eux pour découvrir de nouveaux territoires et atteindre la postérité. Picasso, plus que tout autre, sut se servir des œuvres de plusieurs maîtres comme des tremplins pour sublimer son art à l'instar d'un génial concepteur de l'industrie automobile lequel aura su créer un modèle mythique en lui conférant une élégance rare non sans oublier que les véhicules ont quatre roues, un moteur et une carrosserie.
On a accusé Picasso d'être un prédateur, voire un cannibale, mais loin d'être un copiste l'artiste a toujours tenté d'aller au-delà des œuvres de maîtres qui firent son admiration avec le souci de détecter dans celles-ci leur côté révolutionnaire. Cela s'est simplement traduit par une volonté de renouveler la révolution déjà contenue dans chaque œuvre regardée et à apprendre comment trouver une nouvelle formulation.
Son propos était donc de révolutionner la peinture. Or, dans toute révolution il y a le désir d'instaurer un nouveau système en évitant de conserver ce pourquoi elle s'est mise en route. Celle de 1789 fut de se débarrasser de l'ancien régime, d'abolir les privilèges, d'établir l'égalité entre les hommes pour instaurer la démocratie. Les révolutions en peinture ont ainsi été menées par des artistes qui allaient à l'encontre d'un ordre établi sans pour autant remettre totalement en cause les acquis de leurs prédécesseurs, la peinture restant la peinture. Ce fut là le propos de Picasso qui inventa un nouvel univers sans renier les classiques en ayant l'avantage de vivre à une époque qui fut propice aux grands changements.
Picasso fut un peintre ultramoderne qui porta avec acuité son regard sur les chefs d'œuvre de maîtres anciens pour réinventer des thèmes légendaires d'une manière géniale et révolutionnaire. Maintenant, il semble important de considérer avant tout son œuvre à partir des peintures de sa jeunesse pour bien appréhender son cheminement durant près de 85 ans.
Pour Gilbert Moreno, un passionné qui pense dur comme fer avoir découvert une série d'œuvres peintes durant la prime jeunesse de Picasso, l'artiste aurait en fait inventé d'emblée un canevas destiné à servir ensuite à l'ensemble de sa production. Depuis maintenant sept années et à l'issue d'un travail stupéfiant réalisé via un CD-Rom, Moreno a décortiqué comme un entomologiste acharné ces tableaux inédits, dont l'un représente une nature morte avec un broc et des châtaignes pour affirmer l'existence d'un secret jalousement gardé par Picasso jusqu'à sa mort. Il reste cependant à savoir si les œuvres découvertes par Moreno sont authentiques auquel cas ce coupeur de cheveux en quatre renverrait lles spécialistes de l'artiste à leurs chères études pour entrer dans l'histoire comme étant celui qui aura percé le mystère Picasso lequel fit d'ailleurs l'objet d'un film à tiroirs réalisé par Clouzot.