La déflation signifie un net recul de la demande dans tous les secteurs économiques et donc une chute de la production et des prix pour entraîner la récession. Voilà comment résumer en une phrase la grave crise financière et boursière qui a frappé la planète à la fin de l'été 2008.
L'inflation, elle, fait monter les prix, les salaires, les taux de crédit et la consommation avec aussi le risque de causer une crise si son pourcentage dépasse la limite de l'acceptable, comme cela s'est vu durant les années 1970. Elle a eu toutefois l'avantage de tirer vers le haut le niveau de vie des classes supérieures et le désavantage de creuser le fossé entre ceux-ci et les pauvres. Le casse-tête des économistes est donc de trouver de justes équilibres pour éviter des crises, ce que le libéralisme à outrance a permis en laissant s'instaurer un système financier pervers à travers lequel nombre d'institutions financières se sont engouffrées pour engranger des profits fabuleux en jouant sur des valeurs, que ce soit à la baisse ou à la hausse, et en créant de ce fait une bulle qui a fini par éclater.
Les profits des banques et des riches de la planète étaient tels qu'une partie de l'argent amassé au cours d'opérations extrêmement juteuses a été investie sur le marché de l'art, considéré comme un domaine offrant des placements rentables de l'ordre de 7 à 12% l'an.
La crise qui a balayé la planète et mis de nombreux secteurs à mal, comme celui du bâtiment ou de l'automobile, n'a pas manqué d'avoir des répercussions sur le marché de l'art où nombre d'intervenants se sont retrouvés essoufflés par manque de liquidités ou en marquant une perte de confiance ou de la prudence pour attendre des jours meilleurs.
La déflation signifie la chute des prix des produits alimentaires, des matières premières ou du pétrole puisque l'activité s'est mise brutalement à tourner au ralenti, provoquant ainsi une baisse sensible de la croissance pour de nombreux pays.
L'art s'achète lorsque l'économie est euphorique et ne sert qu'à valoriser le statut des collectionneurs attirés par le beau. Ce constat a été naturel tant que le marché de l'art est resté leur chasse gardée mais à partir de la fin des années 1980, celui-ci n'a pas cessé d'attirer les spéculateurs qui ont provoqué une explosion des prix dans divers domaines, notamment celui de l'art contemporain, un réservoir ayant l'avantage d'être inépuisable et de pouvoir surtout faire l'objet d'opérations de marketing savamment orchestrées par les grandes maisons de vente et certaines galeries en vue.
En l'espace de deux décennies, ont a ainsi vu les cotes de plusieurs artistes contemporains comme Warhol, Basquiat, Jeff Koons ou Damien Hirst pour ce citer que ceux-là, dépasser allègrement celles des grands maîtres du passé alors que les historiens d'art ayant voulu sonner l'alarme n'ont pas été entendus par des acteurs du marché portés par une vague de spéculation effrénée lesquels ont fait de l'art contemporain un domaine à part, contribuant certes à pousser le marché vers le haut mais créant par la même occasions des distorsions catastrophiques avec d'autres secteurs du marché, même si ceux-ci ont profité des hausses à travers une euphorie dangereuse.
La chute du Mur de Berlin et l'émergence des oligarques en Russie, tout comme la libéralisation de l'économie dans la Chine communiste, ont amplifié le phénomène. Du jour au lendemain, les cotes des artistes russes et asiatiques ont plus que décuplé sous l'effet d'achats massifs de la part des nouveaux riches de ces pays qui aujourd'hui ont subi la crise de plein fouet. Il va sans dire que les résultats des ventes consacrées à l'art russe ou chinois seront en baisse tant que l'économie ne trouvera pas un second souffle dans le monde.
La déflation signifie donc une réduction de l'activité sur le marché de l'art du fait de l'affaiblissement du contingent de ses principaux acteurs sans compter que la prudence est devenue désormais de mise parmi ceux qui sont encore en mesure d'acheter des pièces importantes.
Les prix pour la plupart des peintres contemporains ont ainsi été fortement en baisse durant le dernier trimestre de 2008, à l'exception de quelques artistes encore épargnés par la crise, et le recul enregistré depuis la mi-septembre, déjà en route depuis mars, risque à tout le moins de s'amplifier parce que le pessimisme affiché par les principaux gouvernements ou la poursuite de la dégringolade des places boursières du monde entier n'est pas de nature à provoquer une relance économique dans les mois à venir.