Rien ne prouve que les hommes de la préhistoire avaient des voix caverneuses...Rien ne dit que l'homme d'aujourd'hui a une voix qui compte et pour cause, on reste souvent sans voix...
Le galeriste et collectionneur d'art genevois Jan Krugier est décédé à
80 ans le samedi 15 novembre 2008. Il était le représentant exclusif de la
collection de Marina Picasso, la petite-fille du peintre. Ses obsèques ont eu
lieu dans l'intimité le 18 novembre au cimetière israélite de la commune de
Veyrier (Suisse)
Jan Krugier avait ouvert une galerie à Genève au
début des années 1960, puis une seconde à New York quelques années après.
Spécialisées dans l'art des XIXe et XXe siècles, ses galeries ont vendu outre
des œuvres de Picasso, des toiles de Francis Bacon, Balthus, Paul Cézanne,
Edgar Degas, Alberto Giacometti, Paul Klee ou encore Jean-Michel Basquiat.
Jan Krugier possédait lui-même une importante
collection de dessins, qui a été exposée à Berlin, Paris, Vienne ou encore
Venise. Né en 1928 en Pologne dans une famille juive, il avait survécu aux
camps de concentration et émigré à Zurich puis à Paris après la guerre. Il
s'était établi dans la cité de Calvin dans les années 1950 après avoir épousé
une Genevoise en premières noces.
Pilier du commerce international d'art moderne, le
Genevois Jan Krugier était connu pour sa grande compétence, son franc-parler et son côté théâtral.
Séducteur, parlant souvent de ses désirs à la manière d'un
incompris, il avait tendance à se montrer paternaliste, tantôt bienveillant, tantôt irrité avec une propension
à faire des scandales.
Né en Pologne dans une famille juive passionnée d'art, il avait admiré dès son enfance des Chagall, Bonnard et autres Vlaminck ornant les murs
de la maison de ses parents. La Seconde Guerre Mondiale brisa brutalement le
bonheur familial. Son père, officier dans l'armée, fut tué par les Ukrainiens,
tandis que sa mère et son frère finirent gazés au camp de Treblinka. Se
retrouvant seul à l'âge de 12 ans, Jan Krugier entra dans la résistance. Arrêté
deux ans plus tard, il fut déporté à Auschwitz. Après avoir échappé durant trois
ans à la chambre à gaz, il survécut à la marche de la mort qui conduisit les
rescapés d'Auschwitz jusqu'au camp de Bergen-Belsen, où les survivants furent
libérés par les Alliés.
Élevé par une mère adoptive, Jan Krugier fréquenta en 1948 l'école des beaux-arts
de Zurich puis rencontra le sculpteur Alberto Giacometti qui lui conseilla
d'aller à Paris. Là, à l'atelier de la cité Falguière, il s'essaya à la
peinture en créant des œuvres épurées et abstraiteset resta dans la capitale jusqu'en 1952, avant d'épouser une Suissesse en premières noces. Il s'installa ensuite à Genève où il devint le
conseiller d'une dizaine de collectionneurs rencontrés grâce à Giacometti avant
d'ouvrir en 1962 sa galerie à Genève. Après une exposition consacrée àBram Van Velde, il présenta en 1963 une
centaine de pièces de Giacometti et attira vers lui nombre de marchands étrangers,
notamment le galeriste américain Sidney Janis qui lui acheta plus de 70 pièces
de l'exposition Giacometti. Krugier fut aussi le premier marchand à organiser
des expositions thématiques avant d'inaugurer en 1965 une galerie à New York
après s'être associé pour peu de temps avec Albert Loeb,
Ses activités prirent un tournant
significatif aprèsla mort en 1973 de
Pablo Picasso lorsque Marie-Thérèse Walter, l'ex-compagne de l'artiste, lui
demande d'aider Marina et Pablito, petits-enfants oubliés du maître espagnol.
Pablito ayant fait une tentative de suicide, Jan Krugier fit tout ce qu'il put
pour le sauver, ce dont Marina se rappela trois ans plus tard en le désignant comme
son représentant exclusif. A la suite de la dation faite à l'Etat français, le
marchand sut choisir pour elle dans la succession Picasso un bel ensemble de la
carrière du maître.
Ayant gardé l'œil du peintre qu'il avait été dans sa jeunesse, Krugier sut
aussi amasser une superbe collection de dessins avec Marie-Anne Poniatowski, sa
seconde épouse, tout en s'intéressant à des peintres contemporains bien avant qu'ils
ne devinssent des célébrités, notamment Jean-Michel Basquiat ou Miguel Barcelo. Doté d'un goût très éclectique, Krugier était un
personnage surprenant qui se montrait parfois odieux avec ses employés etn'hésitait pas à vilipender nombre de ses
confrères ou à se moquer des amateurs en osant dire qu'acheter de temps à autre
ne signifiait pas être collectionneur pour autant en expliquant qu'une
collection était reliée à une chaîne, une idée qu'il démontrait en réunissant
chez lui des dessins anciens et des peintures modernes.
Il avait ainsi pour habitude de
souligner qu'un dessin était une œuvre spontanée au contraire d'un tableau
qu'un artiste pouvait retoucher ou transformer à sa guise
Débutée avec l'achat en 1971 d'un
dessin de Georges Seurat pour 12 000 dollars, sa collection de dessins était
constituée aussi bien d'œuvres de la Renaissance, de feuilles du 18e
ou du 19e siècle et d'autres plus modernes, comme celles de Picasso. Bien
qu'il avait affirmé n'avoir jamais vendu des dessins de sa propre collection,
il proposa dans sa galerie et à la Biennale des Antiquaires de Paris en 2002 ou
ensuite au Salon des Antiquaires à Moscou le portraitde la comtesse d'Haussonville d'Ingres, acheté en vente publique.
Certains de ses confrères firent toutefois remarquer que les dessins de sa
collection n'étaient pas tous de grande qualité mais comme à son habitude, Krugier n'eut
que faire de leurs avis.