Longtemps épargné par les
remous boursiers et financiers, le marché de l'art a fini par être rattrapé par
la crise qui a secoué la planète durant la seconde guerre quinzaine du mois de
septembre 2008, pour s'enfoncer brutalement dans le marasme.
Ce marché avait été depuis 2005
un domaine prisé des investisseurs qui plaçaient une partie de leurs gains
obtenus en bourse ou à travers des activités lucratives mais, ayant subitement
subi de lourdes pertes lors de la dégringolade enregistrée sur les places
boursières, ceux-ci l'ont déserté en grande partie dans l'attente de se
refaire, ce qui ne se fera pas de sitôt.
Jeudi 13 juin 2008, Christie's
a encaissé dans la soirée une nouvelle fois les effets de la crise avec sa
vente d'art moderne et contemporain qui a démontré que le marché était devenu
morose et instable. La principale victime de cette vacation a été Francis
Bacon, crédité six mois plus tôt d'un record de 86,3 millions de dollars pour
un de ses triptyques acheté par le milliardaire russe Roman Abramovitch et dont
un autoportrait de 1964, estimé à 40 millions de dollars, est resté en rade à
24 millions.
Ainsi Bacon a semblé grillé et
même tué dans l'œuf par la crise après une hausse spectaculaire des prix pour
ses œuvres due en grande partie à l'appétit d'ogres des nouveaux riches
originaires des pays émergents comme la Russie, violemment touchés au portefeuille
par la crise financière internationale.
Christie's a néanmoins réussi à
limiter la casse en vendant « Untitled » (Boxer) de Jean-Michel
Basquiat pour près de 14 millions de dollars contre une estimation de 12
millions, à croire que l'artiste new-yorkais mort prématurément à 28 ans avait
encore la faveur des amateurs. La maison de vente a aussi eu la satisfaction
d'enregistrer une enchère record de 5,7 millions de dollars, sur une estimation
haute de 3,5 millions de dollars,pour
une toile blanche à petits points peinte en 1959 par l'artiste japonais Yayoi
Kusama et un prix étonnant de 3,7 millions de dollars pour la boîte
« Pharmacie » de Joseph Cornell. Chez Phillips, « Untitled
Mirror » (2003) d'Anish Kapoor a atteint 782500 dollars, une somme conséquente
par les temps qui courent.
Au cours de cette semaine de
ventes, les autres victimes de la crise ont été Andy Warhol, subitement mal en
point, Roy Liechtenstein, monté trop haut depuis quatre ans, et Damien Hirst,
subitement boudé après avoir fait sensation à peine deux mois plus tôt avec une
vente qui lui était exclusivement dédiée chez Sotheby's à Londres et dont le
produit avait atteint plus de 200 millions de dollars, une somme qui n'a pas
été intégralement encaissée à ce jour en raison de la réticence montrée par
certains acheteurs pour régler leurs factures.
Le bilan des maisons de vente a
été plutôt mauvais avec des produits de vente de 125 millions de dollars pour
Sotheby's qui espérait entre 200 et 280 millions, 113,6 millions de dollars
pour Christie's qui escomptait une recette globale de 228 millions et 9,8
millions de dollars pour Phillips qui pensait tirer au moins 20 millions de sa
vacation.