Les ventes aux enchères organisées à New York durant la première semaine du mois de novembre 2008 ont marqué un net fléchissement dû à la crise financière internationale avec en général des résultats bien en dessous des estimations effectuées par les maisons de vente avant l'été, c'est à dire avant que la récession ne fasse des ravages.
J'avais moi-même annoncé le début de la crise pour la fin de juin 2008 dans une interview donnée au journal belge « Le Soir » à la veille de Noël 2007 alors que Thierry Ehrmann, le patron d'Artprice, avait manifesté son désaccord en signalant que le pourcentage d'invendus, situé à 29%, restait constant et que ses analystes ne décelaient aucun signe permettant de croire à un fléchissement prochain du marché. C'était sans compter sur la tempête financière et boursière qui s'annonçait.
Les ventes de novembre avaient été préparées dès le mois de mai alors que le marché de l'art continuait à se comporter relativement assez bien mais il faut dire que celui-ci a toujours eu un temps de retard par rapport aux tourmentes sur les places financières ou boursières où les cotations se font au jour le jour. Bref, les estimations portées sur les pièces destinées à être vendues ont été de loin supérieures à la réalité actuelle du marché. Pire même, les maisons de vente n'ont pas joué la prudence en continuant à accorder des garanties trop généreuses à nombre de vendeurs dans le cadre de leur duel pour attirer vers eux les possesseurs de pièces importantes .
La crise ayant rogné les finances de nombreux riches amateurs tirant leurs revenus dans l'industrie ou l'économie, il ne fallait donc pas être devin pour dire que le marché de l'art ne resterait pas longtemps à l'abri de la tourmente. Au vu de la situation au début du mois d'octobre, Sotheby's et Christie's ont soudainement compris qu'il était urgent de persuader leurs vendeurs de baisser leurs réserves pour éviter un désastre vraisemblable lors de leurs vacations new-yorkaises prévues au début du mois de novembre.
Confrontés à des acheteurs refroidis par la crise financière et boursières, les deux maisons de ventes ont enregistré des résultats médiocres, 223,8 millions de dollars pour Sotheby's, soit 55% de moins que le total espéré, et 221,8 millions de dollars pour Christie's concernant les ventes The Modern Age, The Impressionist and Art Modern art evening and day sales, Impressionist and modern works on paper, un score également loin du total des estimations basses de ces vacations.
Déjà, les héritiers du peintre italien Enrico Donati avaient préféré retirer de la vente de Sotheby's « L'Arlequin », un tableau peint par Picasso en 1909, de peur de ne pas voir l'estimation de 30 millions de dollars être atteinte lors de cette vacation où néanmoins un prix record de 60,2 millions de dollars a été enregistré pour un tableau suprématiste de Kazimir Malevitch exécuté en 1916 sauf que personne n'a su si celui-ci avait été acquis avant sa mise en vente ou adjugé durant celle-ci.
Preuve que les pays émergents ont subi la crise de plein fouet, les acheteurs russes ou chinois, si actifs sur le marché jusqu'en juin, n'étaient pas là pour animer ces ventes où près de 60% des acheteurs étaient des Américains. Les amateurs se sont enfin réveillés chez Sotheby's pour une gouache et pastel de Degas représentant une danseuse au repos vendue 37 millions de dollars et une toile d'Edvard Munch titrée « Vampire », adjugée 38,2 millions de dollars et chez Christie's oùune nature morte avec pipe, livre et verre peinte en 1915 par Juan Gris a atteint l'enchère record de 20,8 millions de dollars pour une estimation haute de 18 millions.
Christie's a eu le plus à souffrir de sa mévente du fait que cette maison aurait garanti la collection Lawrence qui comptait plusieurs tableaux restés invendus, notamment un Rothko, estimé entre 20 et 30 millions de dollars. L'échec constaté lors de ces ventes poussera certainement Christie's et Sotheby's à prendre des mesures d'urgence pour essayer de faire face à la crise lors de leurs prochaines vacations dont les résultats risqueront d'être décevants surtout dans le domaine de l'art contemporain qui était encore euphorique à la mi-septembre avec les 200 millions de dollars enregistrés lors de la dispersion de 200 œuvres de l'artiste britannique Damien Hirst. Enregistrés et non intégralement encaissés à ce jour du fait que certains acheteurs n'ont toujours pas réglé leurs factures.
Comme l'avait prédit Artcult au début de janvier 2008, les chiffres d'affaires des groupes de vente dans le monde marqueront un recul d'au moins 10% pour l'année par rapport à 2007 alors que 2009 ne s'annoncera pas sous les meilleurs auspices. En outre, il est même à craindre que la crise subie soudainement par le marché de l'art sera bien plus profonde que celle qui suivit la Guerre du Golfe en 1991. Il convient quand même de souligner que le marché s'était dangereusement emballé sous l'effet d'achats hautement spéculatifs de la part d'acheteurs qui se comportaient comme les traders des places financières. Le retour à la réalité a donc été brutalen mettant fin au mythe de l'art considéré comme placement refuge avec des rendements de plus de 8% l'an. Il a été toutefois quelque part salutaire du fait que la sagesse et surtout un regain d'intérêt pour des valeurs avérées permettront de remettre les choses en ordre sur un marché qui était devenu fou.