Les ventes d'art
impressionniste, moderne et contemporain organisées durant deux semaines à New
York par Christie's et Sotheby's ont atteint un total de 775,747,825 dollars
soit au moins 500 millions de dollars que les recettes espérées, tout cela en
raison de la crise financière et boursière qui a atteint la planète.
Un homme d'affaires comme Roman
Abramovich, le grand entrepreneur russe notamment propriétaire du club de
football de Chelsea, a ainsi vu sa fortune de 11,5 milliards de dollars fondre
de plus de 20% en l'espace de deux mois, ce qui prouve à
quel point la crise a frappé au portefeuille nombre de grosses fortunes.
Il y a toutefois deux manières
d'interpréter les performances enregistrées sur le marché de l'art depuis la
brutale apparition de cette crise planétaire. D'un côté, les optimistes sont
enclins à croire qu'elles sont encourageantes et de l'autre, les pessimistes
trouvent matière à dire que le recul équivaut à un effondrement. Bref, on se
retrouve face à la fameuse histoire de la bouteille à moitié pleine pour les
uns et à moitié vide pour les autres.
Les observateurs ayant été habitués à voir les prix grimper lors de chaque
vente, les contre-performances actuelles ont eu de quoi les inquiéter. Il
est néanmoins vrai que les baisses de prix sur le marché ont été
proportionnellement moindres que les résultats catastrophiques enregistrés sur
les places boursières et donc que les quelque 776 millions de dollars
d'enchères obtenues durant les ventes new-yorkaises seraient un facteur
encourageant et moins inquiétant en terme de niveau par rapport à la crise
survenue en 1991.
A cet égard, le nombre des
acheteurs encore actifs sur le marché a été plus important que durant les années
1990 mais rien n'indique qu'ils seront aussi présents en 2009. Pour l'instant,
Sotheby's et Christie's veulent croire dur comme fer à une stabilisation tout en admettant cependant que le niveau des prix est redescendu à celui de 2006.
L'activité sur le marché est
certes ralentie mais pas stoppée si on en juge par les résultats enregistrés durant
ces ventes. N'empêche, la prudence est devenue de mise parmi les acheteurs qui
ont axé leurs choix sur des pièces exceptionnelles, le taux d'invendus ayant
dorénavant atteint plus de 50% par rapport à 30% au début de l'année 2008.
Certes encore, Sotheby's a pu engranger près de 224
millions de dollars pour sa vente d'œuvres impressionnistes et modernes avec
64% de lots vendus pour parvenir à une moyenne presque comparable à celle de sa
vente de mai 2007 mais chez Christie's, la moyenne est tombée de 6,3 millions
de dollars en mai 2007 à 2,2 millions en novembre 2008. Il convient donc de
raison garder d'autant plus que Sotheby's a pu s'en sortir avec plusieurs
grosses enchères records, notamment les 60 millions de dollars obtenus pour une
rare composition suprématiste de Malevich, les 37 millions portés sur une « Danseuse
au repos » de Degas et les 38 millions de dollars enregistrés pour « Vampire »
d'Edvard Munch, des œuvres particulièrement recherchées des amateurs qui au
passage auraient atteint des prix plus conséquents en mai 2008.
D'autres tableaux intéressants ont aussi suscité de
belles enchères comme « La Guitare » de Juan Gris qui a
atteint 6,6 millions de dollars chez Sotheby's ou « Livre, pipe et
verres » de ce même artiste qui a culminé au prix record de 20,8
millions de dollars chez Christie's alors que « Bal masqué »
de Toulouse-Lautrec a été adjugé pour 4,6 millions de dollars, que « Jeune
femme assise en robe grise aux bandes violettes » de Matisse, resté en
rade dans une vente précédente, a atteint 4,2 millions de dollars et que « Shepherd
of the Hills » de l'artiste russe Boris Grigoriev a été enlevé au prix
record de 3,7 millions de dollars.
Tout cela peut avoir laissé croire que le marché de l'art a été en passe de tenir le coup face à la crise mais c'est oublier qu'en préparant leurs ventes
durant le printemps dernier, Christie's et Sotheby's avaient tablé sur des
recettes dépassant plus de 1,2 milliard de dollars. Autre fait dérangeant,
engagées dans une guerre sans merci pour attirer vers elles les possesseurs
d'œuvres majeures, les deux maisons de vente ont joué la carte du risque en
leur offrant des garanties dans le cadre de leurs vacations. Résultat :
elles ont dû cracher au bassinet pour payer des lots invendus et perdu au
passage plus de 150 millions de dollars payées de leur poche pour des toiles
qui ne pourront plus être mises sur le marché avant cinq bonnes années.
Si les
ventes d'art moderne et impressionniste n'ont somme toute pas été
catastrophiques aux yeux des observateurs, celles concernant l'art contemporain
ont été par contre franchementmauvaises si on excepte l'œuvre d'Yves Klein “RE 11
Archisponge » qui a été vendue
par Sotheby's pour21,4 millions de dollars alors que Christie's a
pu obtenir 14,8 millions de dollars pour « Abstraktes Bild
(710 ») de Gerhard Richter. Il y a eu aussi quelques surprises comme
l'adjudication à 5,5 millions de dollars de l'œuvre de John Currin titrée “ Nice
'N Easy » ou la bataille d'enchères qui a eu lieu pour « N°2 »
du JaponaisYayoi Kusama.
Pour le
reste, les amateurs ont su tirer profit de la crise pour acheter nombre
d'œuvres en-dessous des estimations basses avec l'espoir de faire des
plus-values lorsque le plus dur serait passé maisles analystes de Sotheby's ont été tentés de voir les choses
différemment en signalant que l'intérêt pour l'art contemporain demeurait quand
même persistant en dépit de la crise. N'empêche, les œuvres d'Andy Warhol ont
subi une décote de 20% tout comme celles de nombreux autres artistes.
Pour ces
analystes, le marché de l'art est simplement revenu à son niveau de 2006 mais
c'est oublier que la crise est appelée à se prolonger au moins jusqu'à l'orée
de 2010 et que les prix pourraient encore baisser sensiblement pour retomber
alors au niveau de 2001.
Finalement,
la prudence est plus que jamais de rigueur chez les amateurs encore actifs sur
le marché lesquels cherchent avant tout à effectuer des achats lucratifs à long
terme et non plus à acheter aveuglément comme cela a été le cas entre 2004 et le
printemps de 2008. La crise a donc entraîné un changement d'attitude, ce qui
néanmoins est un bien puisque la spéculation a pris une grosse claque, ce qui
signifie que le marché est appelé désormais à fonctionner d'une manière plus rationnelle N'empêche, les maisons de vente ont été fragilisées par leur
politique de garanties longtemps offertes aux vendeurs tout comme par la baisse
des prix ou le nombre d'invendus qui avoisine dorénavant les 55%. En outre,
nombre d'amateurs fortunés ont laissé des plumes suite à la crise financière et
boursière, ce qui signifie à coup sûr un ralentissement pour le marché.
Si on
s'avise de prendre en compte les déboires financiers d'un Roman Abramovich, qui avait
acquis des œuvres à des prix faramineux avant la crise, on peut sans risque
prédire une baisse des achats des amateurs fortunés et donc un recul de 20% des
chiffres d'affaires des maisons de vente, ce qui est déjà négatif alors que
l'année 2009 est porteuses de grosses incertitudes.