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ETAT DU MARCHE DE L'ART CONTEMPORAIN ET MODERNE Par Adrian Darmon
27 Novembre 2008
Catégorie : Marché


 

Les ventes d'art impressionniste, moderne et contemporain organisées durant deux semaines à New York par Christie's et Sotheby's ont atteint un total de 775,747,825 dollars soit au moins 500 millions de dollars que les recettes espérées, tout cela en raison de la crise financière et boursière qui a atteint la planète.

 

Un homme d'affaires comme Roman Abramovich, le grand entrepreneur russe notamment propriétaire du club de football de Chelsea, a ainsi vu sa fortune de 11,5 milliards de dollars fondre de plus de  20% en l'espace de deux mois, ce qui prouve à quel point la crise a frappé au portefeuille nombre de grosses fortunes.

 

Il y a toutefois deux manières d'interpréter les performances enregistrées sur le marché de l'art depuis la brutale apparition de cette crise planétaire. D'un côté, les optimistes sont enclins à croire qu'elles sont encourageantes et de l'autre, les pessimistes trouvent matière à dire que le recul équivaut à un effondrement. Bref, on se retrouve face à la fameuse histoire de la bouteille à moitié pleine pour les uns et à moitié vide pour les autres.

 

Les observateurs ayant été habitués à voir les prix grimper lors de chaque vente, les contre-performances actuelles ont eu de quoi les inquiéter. Il est néanmoins vrai que les baisses de prix sur le marché ont été proportionnellement moindres que les résultats catastrophiques enregistrés sur les places boursières et donc que les quelque 776 millions de dollars d'enchères obtenues durant les ventes new-yorkaises seraient un facteur encourageant et moins inquiétant en terme de niveau par rapport à la crise survenue en 1991.

 

A cet égard, le nombre des acheteurs encore actifs sur le marché a été plus important que durant les années 1990 mais rien n'indique qu'ils seront aussi présents en 2009. Pour l'instant, Sotheby's et Christie's veulent croire dur comme fer à une stabilisation tout en admettant cependant que le niveau des prix est redescendu à celui de 2006.

 

L'activité sur le marché est certes ralentie mais pas stoppée si on en juge par les résultats enregistrés durant ces ventes. N'empêche, la prudence est devenue de mise parmi les acheteurs qui ont axé leurs choix sur des pièces exceptionnelles, le taux d'invendus ayant dorénavant atteint plus de 50% par rapport à 30% au début de l'année 2008.

Certes encore, Sotheby's a pu engranger près de 224 millions de dollars pour sa vente d'œuvres impressionnistes et modernes avec 64% de lots vendus pour parvenir à une moyenne presque comparable à celle de sa vente de mai 2007 mais chez Christie's, la moyenne est tombée de 6,3 millions de dollars en mai 2007 à 2,2 millions en novembre 2008. Il convient donc de raison garder d'autant plus que Sotheby's a pu s'en sortir avec plusieurs grosses enchères records, notamment les 60 millions de dollars obtenus pour une rare composition suprématiste de Malevich, les 37 millions portés sur une « Danseuse au repos » de Degas et les 38 millions de dollars enregistrés pour « Vampire » d'Edvard Munch, des œuvres particulièrement recherchées des amateurs qui au passage auraient atteint des prix plus conséquents en mai 2008.

 

D'autres tableaux intéressants ont aussi suscité de belles enchères comme « La Guitare » de Juan Gris qui a atteint 6,6 millions de dollars chez Sotheby's ou « Livre, pipe et verres » de ce même artiste qui a culminé au prix record de 20,8 millions de dollars chez Christie's alors que « Bal masqué » de Toulouse-Lautrec a été adjugé pour 4,6 millions de dollars, que « Jeune femme assise en robe grise aux bandes violettes » de Matisse, resté en rade dans une vente précédente, a atteint 4,2 millions de dollars et que « Shepherd of the Hills » de l'artiste russe Boris Grigoriev a été enlevé au prix record de 3,7 millions de dollars.

 

Tout cela peut avoir laissé croire que le marché de l'art a été en passe de tenir le coup face à la crise mais c'est oublier qu'en préparant leurs ventes durant le printemps dernier, Christie's et Sotheby's avaient tablé sur des recettes dépassant plus de 1,2 milliard de dollars. Autre fait dérangeant, engagées dans une guerre sans merci pour attirer vers elles les possesseurs d'œuvres majeures, les deux maisons de vente ont joué la carte du risque en leur offrant des garanties dans le cadre de leurs vacations. Résultat : elles ont dû cracher au bassinet pour payer des lots invendus et perdu au passage plus de 150 millions de dollars payées de leur poche pour des toiles qui ne pourront plus être mises sur le marché avant cinq bonnes années.

 

Si les ventes d'art moderne et impressionniste n'ont somme toute pas été catastrophiques aux yeux des observateurs, celles concernant l'art contemporain ont été par contre franchement  mauvaises si on excepte l'œuvre d'Yves Klein “RE 11 Archisponge » qui a été vendue par Sotheby's pour 21,4 millions de dollars alors que Christie's a pu obtenir 14,8 millions de dollars pour « Abstraktes Bild (710 ») de Gerhard Richter. Il y a eu aussi quelques surprises comme l'adjudication à 5,5 millions de dollars de l'œuvre de John Currin titrée “ Nice 'N Easy » ou la bataille d'enchères qui a eu lieu pour « N°2 » du Japonais  Yayoi Kusama.

 

Pour le reste, les amateurs ont su tirer profit de la crise pour acheter nombre d'œuvres en-dessous des estimations basses avec l'espoir de faire des plus-values lorsque le plus dur serait passé mais  les analystes de Sotheby's ont été tentés de voir les choses différemment en signalant que l'intérêt pour l'art contemporain demeurait quand même persistant en dépit de la crise. N'empêche, les œuvres d'Andy Warhol ont subi une décote de 20% tout comme celles de nombreux autres artistes.

 

Pour ces analystes, le marché de l'art est simplement revenu à son niveau de 2006 mais c'est oublier que la crise est appelée à se prolonger au moins jusqu'à l'orée de 2010 et que les prix pourraient encore baisser sensiblement pour retomber alors au niveau de 2001.

 

Finalement, la prudence est plus que jamais de rigueur chez les amateurs encore actifs sur le marché lesquels cherchent avant tout à effectuer des achats lucratifs à long terme et non plus à acheter aveuglément comme cela a été le cas entre 2004 et le printemps de 2008. La crise a donc entraîné un changement d'attitude, ce qui néanmoins est un bien puisque la spéculation a pris une grosse claque, ce qui signifie que le marché est appelé désormais à fonctionner d'une manière plus rationnelle N'empêche, les maisons de vente ont été fragilisées par leur politique de garanties longtemps offertes aux vendeurs tout comme par la baisse des prix ou le nombre d'invendus qui avoisine dorénavant les 55%. En outre, nombre d'amateurs fortunés ont laissé des plumes suite à la crise financière et boursière, ce qui signifie à coup sûr un ralentissement pour le marché.

 

Si on s'avise de prendre en compte les déboires financiers d'un Roman Abramovich, qui avait acquis des œuvres à des prix faramineux avant la crise, on peut sans risque prédire une baisse des achats des amateurs fortunés et donc un recul de 20% des chiffres d'affaires des maisons de vente, ce qui est déjà négatif alors que l'année 2009 est porteuses de grosses incertitudes.

 

Adrian Darmon
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