Frappés de plein fouet par la crise économique, les individus des pays développés en sont venus à pratiquer le repli sur soi tout en réduisant leurs dépenses et en trouvant dans la culture un moyen de porter un regard plus motivant sur le monde.
La crise profite donc à la culture avec une hausse de la fréquentation des cinémas et des musées accompagnée par de nouvelles réflexions sur le sens des choses et un attrait accru pour la beauté et le rôle de l'art au sein de la société. Il convient à cet égard de signaler que l'histoire du monde a été ponctuée d'événements qui ont maintes fois fourni à l'art l'occasion d'influer sur les comportements des individus.
Au XVIIe siècle, l'engouement des Néerlandais pour les fleurs avait fini par déboucher sur une crise économique née de la spéculation sur les tulipes venues de Turquie mais dans le même temps, il permit l'essor de la peinture de natures mortes très prisée par les bourgeois des Pays-Bas. Au XVIIIe siècle, après des hivers extrêmement rigoureux en Europe qui provoquèrent la famine dans de nombreux pays, les gens trouvèrent matière à espérer un monde meilleur à travers les scènes galantes de Watteau puis les tableaux sirupeux d'artistes comme Boucher et Fragonard. Au milieu du XVIIIe siècle, la vogue des voyages initiée par les aristocrates anglais permit l'essor des vues de Venise peintes par Canaletto, Marieschi ou Guardi. Après la Révolution de 1789, le style néo-classique traduit par David et mis à l'honneur par l'Empire favorisa les recherches archéologiques en Egypte ou en Grèce. La révolution de 1830 conforta ensuite le goût pour le romantisme et celle de 1848 déboucha sur l'adoption de thèmes portés sur le naturalisme et les réflexions sociales. La décadence de l'Empire austro-hongrois fut dès 1880 à l'origine du mouvement sécessionniste viennois et de nouveaux courants en littérature. Au début des années 1900, de nouveaux questionnements donnèrent naissance au Fauvisme et au Cubisme en France tout comme l'Expressionnisme en Allemagne lequel fut amplifié par la grande crise qui suivit la Première Guerre Mondiale laquelle servit de détonateur pour le Dadaïsme ou le Surréalisme. Par ailleurs, les années 1930 furent celles de l'apparition de nouveaux styles au niveau de la décoration et de l'habitat alors que la Seconde Guerre Mondiale fut l'occasion pour les Etats-Unis de ravir à l'Europe son leadership en matière d'art. Tout ça pour souligner que les crises ont servi aux artistes pour trouver de nouveaux terrains à explorer tout en permettant à la société d'aller de l'avant. C'est dire l'importance du rôle de l'art dans l'existence des individus de la planète, un phénomène qui est devenu de plus en plus palpable mais qui reste toutefois encore trop limité au subconscient même si les gouvernements ont fini par comprendre la nécessité de développer le rôle économique de la culture. La crise qui a surgi en septembre 2008 engendrera un autre ordre économique mondial mais en attendant, elle a provoqué d'autres angoisses, d'autres interrogations, d'autres formes de rebellion et aussi d'autres recherches de la beauté pour renforcer encore plus l'intérêt de l'art parmi nos semblables déboussolés par l'effondrement de valeurs qui n'étaient malheureusement qu'éphémères car basées sur la folie de l'endettement à tout va et sur le jeu à outrance. On le constate déjà avec la hausse de la fréquentation des musées où la mémoire du beau est, elle, éternelle.
Adrian Darmon