Devenu une icône du marché de l'art en peu de temps, Damien Hirst, la star de l'art contemporain britannique, a vu sa réputation être écornée par les effets de la crise financière et boursière qui a ravagé la planète au lendemain d'une incroyable vente aux enchères de ses œuvres qui sur le papier lui avait rapporté plus de 100 millions d'euros chez Sotheby's à Londres, sur le papier car plusieurs acheteurs dont les fortunes ont été d'un coup pulvérisées par cette tourmente, ont laissé leurs factures impayées.
Né en 1965 à Bristol, Hirst a créé et exposé des assemblages selon le principe de la vitrine qu'il s'agisse de morceaux organiques, viscères ou têtes d'animaux en décomposition, des papillons collés vivants sur des tableaux monochromes ou d'une collection de produits pharmaceutiques.
S'étant donc fait connaître dans le domaine de l'art avec ses cabinets pharmaceutiques, ses vaches découpées et autres animaux baignant dans le formol, Damien Hirst était soudainement devenu avant la crise l'artiste le plus riche du monde. Aujourd'hui, il risque d'être renversé de son piédestal du fait de la désaffection constatée sur le marché de nombre d'amateurs, notamment des golden boys, attirés auparavant par le mirage de la spéculation en croyant bêtement que les œuvres d'art pouvaient se négocier comme les titres boursiers sur lesquels ils jouaient.
Aujourd'hui donc, Damien Hirst a dû revoir sa copie d'urgence en licenciant la moitié de ses assistants qui contribuaient à asseoir sa fortune après le démarrage fulgurant de sa carrière lorsque durant les années 1980 il exposait des têtes de mort dans des hangars désaffectés de Londres avant de trouver l'idée apparemment géniale de transformer des animaux pour en faire des œuvres d'art vendues cent mille fois plus cher qu'un kilo de viande ordinaire.
Le succès rencontré à la Biennale de Venise en 1993 et le prix Turner que Hirst reçut en 1995 tombèrent à point nommé pour faire de lui un artiste courtisé par les galeries et les musées. A partir de là, l'excentrique Hirst prit avec une certaine jouissance le train de la renommée en jouant avec malice sur le concept de la vie et de la mort pour engranger des millions de dollars à la pelle et suivre la voie tracée par Andy Warhol tout en s'affirmant comme le rival le plus sérieux de Jeff Koons sur le marché de l'art.
Rares furent ceux qui trouvèrent à redire de ce succès étonnant et remarquable, nonobstant le fait que le marché de l'art s'était mis à fonctionner comme un TGV de luxe fonçant sur les rails des records sans cesse battus dans les ventes aux enchères.
Pour suivre ce rythme infernal, Hirst sut trouver les moyens idoines pour répondre à d'innombrables demandes en créant une véritable entreprise tournant à plein régime et ce, en mettant une œuvre une politique de marketing que bien des sociétés commerciales auraient pu lui envier.
L'explosion de la bulle Internet en 2001 aurait pu servir de signal pour freiner les ardeurs des golden boys et autres soi-disant as de la finance qui faisaient des affaires à gogo en profitant de l'euphorie boursière laquelle était repartie de plus belle quelques mois plus tard grâce à la hausse incroyable de la croissance en Russie et dans d'autres pays émergents comme la Chine ou l'Inde jusqu'au jour où les marchés financiers et boursiers ont fini par s'effondrer comme un château de cartes.
Devenu en quelques années l'artiste fétiche de nombreux collectionneurs, notamment Charles Saatchi, le promoteur américain Aby Rosen ou François Pinault, Hirst pensait donc avoir atteint le firmament de la gloire après avoir réalisé quelques coups médiatiques fumants comme lorsqu'il obtint de placer un de ses tableaux dans la sonde Beagle 2 envoyée sur Mars en juin 2003 avant de faire sensation en exposant à la fin de 2007 une installation morbide composée de son armoire à pharmacie, d'agneaux décapités et d'autres animaux transformés dans un immeuble de Manhattan avec l'aide du marchand Mugrabi . Il y eut ensuite cette fameuse vente de Sotheby's les 15 et 16 septembre 2008, organisée au moment même de la faillite retentissante de la banque Lehman Brothers avec notamment un Veau adjugé pour plus de dix millions de livres parmi 222 autres de ses œuvres, une consécration à l'âge de 43 ans qui fit croire que l'artiste était béni de Dieu pour passer ainsi à travers les mailles du filet de la crise.
Il n'en a rien été puisque lors de ventes organisées moins de deux mois plus tard, les créations de Hirst n'ont plus ravi les amateurs subitement refroidis par la crise.
L'année 2009 s'est donc profilée sous de sombres auspices pour l'artiste patron de l'entreprise Science Limited à qui tout semblait réussir avant de devenir désormais une valeur critiquée. Encensé hier, Hirst est maintenant considéré comme le créateur de concepts liés à la spéculation et vides de tout sens, ce qui aura peut-être pour conséquence de le navrer avec toutefois la consolation d'avoir su placer une partie de sa fortune dans l'achat de belles propriétés en Angleterre et de créations d'artistes dont la cote ne devrait pas trop baisser car en deux décennies il a su tirer parti de son sens extraordinaire du business qui l'a amené à créer l'œuvre considérée comme la plus chère du monde, un crâne serti de plus de 8500 diamants, estimée à plus de 100 millions d'euros laquelle à ce jour n'a cependant pas trouvé d'acheteur.
Hirst s'est donc retrouvé loin d'être ruiné après s'être fabriqué une aura de star du marché de l'art tout en ayant l'assurance de préserver quelque peu sa légende grâce à la présence de nombre de ses œuvres dans plusieurs musées de la planète. Il lui restera à faire le dos rond face à la crise et à tenter de rebondir car ce diable d'homme a de la ressource à revendre. N'empêche, les amateurs ont fini par remettre les pieds sur terre et à faire ainsi montre de prudence dans les ventes aux enchères mais il faudra patienter au moins trois ou quatre ans pour mesurer à quel point le mythe Hirst aura été écorné. Il convient à cet égard de se méfier du côté irrationnel du marché de l'art contemporain depuis l'émergence de Warhol, le designer génial qui sut le révolutionner en profondeur en jonglant avec les images des produits de consommation et des icônes de l'Amérique moderne pour essayer au passagede comprendre la complexité de ses mécanismes lesquels, en dépit de la crise, pourraient encore être surprenants. Ainsi, nul n'osera prétendre que Hirst n'aura été qu'une parenthèse dans l'histoire de l'art car on peut gager que cet artiste mettra un point d'honneur à affronter la crise pour préserver ses acquis en sachant déjà que toutes les grandes pointures de l'art contemporain n'ont pas été épargnées par celle-ci. Cela lui donnera au moins l'occasion de faire le point et de trouver de nouvelles sources de motivation car chacun sait que pour tout le monde, demain est un autre jour.