L'histoire de Suzanne Valadon (1865-1938) et de Maurice Utrillo (1883-1955) a été faite de haine et d'incompréhension entre une femme éprise de liberté et son fils, délaissé et livré à lui-même au point de friser la folie en trouvant refuge dans les drogues et l'alcool.
La confrontation de leurs oeuvres jusqu'au 15 septembre 2009 à la Pinacothèque de Paris place de la Madeleine, montre à quel point la mère et son fils eurent des styles opposés, Suzanne la légère peignant des tableaux dans un style assez impressionniste alors que Maurice le désaxé se plut à reproduire à l'infini des scènes de rue à Montmartre.
Née d'une mère blanchisseuse et de père inconnu, Suzanne voulut d'abord être acrobate de cirque mais une mauvaise chute à 15 ans mit un terme à sa carrière. Sa beauté de sauvageonne lui valut alors de devenir le modèle et la maîtresse de nombreux peintres, comme Puvis de Chavannes, Vincent Van Gogh ou Toulouse-Lautrec auprès desquels elle apprit à dessiner et à peindre tout en posant aussi pour Degas ou Renoir.
A 18 ans, Suzanne donna naissance à un garçon qu'elle prénomma Maurice et que Miguel Utrillo, un Catalan qui fut un de ses amants, accepta de reconnaître alors que son vrai père aurait bien pu en fait être Toulouse-Lautrec en personne. Aimant avant tout sortir, flirter et danser avec les hommes, elle confia le bébé à sa mère qui l'éleva à Montmagny avant d'épouser un agent de change en ayant dans l'esprit d'assurer un avenir pour son fils.
Livré à lui-même, Maurice devint un être solitaire, dépressif et alcoolique dès l'âge de 14 ans tout en trouvant refuge dans la peinture, peignant inlassablement des paysages citadins inspirés des cartes postales que sa mère lui envoyait. Doté d'une constitution fragile, son intempérance le conduisit à être interné dans un asile psychiatrique à 21 ans et à ne plus pouvoir supporter les frasques de sa mère qui eut le chic de séduire André Utter, son meilleur ami, alors qu'elle avait le double de son âge.
Au fil des ans, Utrillo devint célèbre à travers ses légendaires vues de Montmartre qu'il peignit à profusion,en déclinant un genre aujourd'hui décrié et taxé parfois de peinture pour touristes de la place du Tertre, alors que sa mère, longtemps considérée comme une artiste de second ordre, est sortie de l'ombre pour être comparée comme l'égale des Impressionnistes et des Fauves à travers ses nus, ses portraits et ses natures mortes.
Au bout du compte, Suzanne Valadon s'embourgeoisa tout en produisant une peinture empreinte d'une rare sensualité tandis que son fils montra une extraordinaire verve créatrice durant la période blanche de ses débuts avant de marquer le pas pour produire ensuite à la chaîne des tableaux qui finirent par devenir répétitifs et lassants.