Organisée sur
trois jours, la vente par Christie's de la collection d'art Pierre Bergé-Yves
Saint-Laurent a totalisé 373,9 millions d'euros (frais compris) en répondant
donc aux attentes de la maison de vente qui espérait au mieux un produit de 300
millions d'euros.
Sans les frais,
cette vente a en fait correspondu à l'estimation globale la plus généreuse de
Christie's mais si elle avait eu lieu six mois avant la crise financière et
boursière survenue en septembre 2008, elle aurait probablement atteint plus de
450 millions d'euros lorsque les nouveaux riches des pays émergents faisaient
flamber les enchères à tout va. Or, ceux-là ont brillé par leur absence durant
ces trois jours.
Les acheteurs
présents au Grand Palais étaient ainsi en majorité des Européens alors qu'on a compté
environ 30% d'Américains. Ce sont donc des collectionneurs d'une époque qu'on a
cru un peu vite à tort révolue qui ont été au rendez-vous de cette vente dite du siècle en
achetant souvent des pièces à des prix qui ont paru abusifs en misant un peu
trop sur leur provenance et en oubliant qu'ils ne les remettront pas de sitôt
sur le marché au risque de perdre une partie de leurs mises.
Exemple :
des flacons en verre de Marinot, valant d'ordinaire entre 8000 et 10 000 euros,
vendus à plus de 40 000 euros, cela ne s'était jamais vu. Autant dire qu'il y
aurait pas mal d'argent à perdre s'ils devaient repasser en vente durant les trois ou quatre ans à venir..
Beaucoup de collectionneurs huppés
et de grands marchands ont participé avec frénésie à cette vente hors normes
mais d'autres étaient venus comme pour prendre la température, notamment le roi
de Manhattan, Larry Gagosian, qui n'a apparemment rien acheté alors que les
frères Nahmad ou le collectionneur russe Roman Abramovitch ont semblé assez
discrets
On a surtout vu enchérir sur de
nombreux lots les courtiers français de New York, Philippe Segalot et Franck
Giraud, ex de Christie's. Pour un client européen, le premiera emporté le beau Mondrian monochrome contre
le marchand François Gobbi, connu surtout pour être un spécialiste de Chagall.
Le second a acheté, aussi pour un Européen, la nature morte de Matisse pour
plus de 35 millions d'euros, au nez et à la barbe d'Alain Tarica, marchand et
conseiller d'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé,. C'est aussi Frank Giraud qui
a raflé au prix record de 8,91 m €, le flacon à parfum de Duchamp, une
pièce unique, de l'époque dada.
La
sculpture en bois de Brancusi adjugée 29,18 M€ (un record) a par contre été
acquise par un Américain alors que les
musées français n'ont pas été inactifs puisque Alfred Pacquement a préempté
pour Beaubourg à plus de 11 millions d'euros le magnifique De Chirico que
Breton avait acquis de Paul Guillaume et vendu à Jacques Doucet.
Sans nul doute, cette vente aura servi à rassurer un tant soi peu les acteurs du marché et laisser espérer un regain d'activité dans les ventes mais comme artcult l'a souligné ces derniers jours, celui-ci restera conditionné par la situation économique. Au mieux, les maisons de vente limiteront donc les dégâts causés par la crise pour faire du marché un domaine plus stable que la bourse, ce que certains investisseurs ont déjà semblé comprendre en venant de plus en plus nombreux participer aux enchères mais si les groupes de vente semblent encore assez bien armés face à la crise,du côté des professionnels, celle-ci a quand même eu des effets pernicieux.