Le Grand Palais à Paris présente jusqu'au 13 juillet 2009 une exposition consacrée à Andy Warhol, l'artiste américain qui révolutionna l'art contemporain en se servant des symboles de la société de consommation, des icônes du cinéma et des images qui entrèrent dans l'histoire ou la firent.
Le roi du Pop Art a été conjugué à toutes les sauces dans toutes sortes de manifestations organisées dans le monde entier depuis plus de vingt ans et celle-ci attirera à coup sûr un nombre important de visiteurs qui pourrait d'ailleurs atteindre le million en trois mois. Ils pourront admirer 250 portraits faisant aujourd'hui partie de la légende de l'art contemporain, notamment ceux de Mick Jagger, Elizabeth Taylor, Marilyn Monroe, Keith Haring, Brigitte Bardot, Elvis Presley, les Marx Brothers et tant d'autres réalisés pour la plupart sur commande.
Warhol chercha par tous les moyens à rencontrer le succès et à devenir célèbre. Il se fit ainsi connaître dès 1965 lors d'une exposition à Philadelphie qui déchaîna les foules et lui fit comprendre d'emblée son pouvoir d'attraction sur les masses. Issu du monde de la publicité, il fit montre de son génie en bousculant les conventions pour faire de l'art un le miroir des produits de consommation à travers la multiplication d'oeuvres sur une grande échelle et non plus un genre basé sur l'esthétisme et la peinture pure.
L'artiste eut aussi le don de façonner sa propre image en devenant le pape adulé de l'Underground et des milieux branchés new-yorkais en ne suivant donc pas la mode mais en la faisant à travers des manifestations qui eurent des répercussions retentissantes sur le comportement de ses contemporains. Né au sein d'une famille pauvre d'immigrés tchèques, il devint un roi en révolutionnant l'art à sa manière tout en faisant croire que son pouvoir de création était aussi immense que celui de Picasso alors sa gloire se construisit sur une imposture incroyable puisque pour créer ses oeuvres, il se contentait d'émettre simplement une idée, certes géniale, pour les faire réaliser par une multitude d'assistants.
Ce fut ainsi que l'art contemporain passa la vitesse supérieure en devenant comme une machine à travers la fabrication d'oeuvres multiples vendues de plus en plus cher sur le marché de l'art à partir de la fin des années 1980 pour faire du dandy Warhol un des artistes parmi les plus recherchés dans le monde. Plus célèbre que nul autre artiste de son vivant, Warhol fut fauché par la mort à 59 ans le 22 février 1987 lors d'une opération de la vésicule biliaire sans pouvoir assister à l'incroyable frénésie des amateurs s'arrachant ses oeuvres dans les ventes aux enchères durant les 20 années qui suivirent sa disparition.
Fort de son succès qui fit de lui un personnage incontournable, Warhol put tout se permettre au point de devenir mégalomane et peu aimable. Les célébrités étaient à ses genoux, les galeristes lui faisaient la cour, New York lui faisait les yeux doux et le monde de l'art l'encensait au point que personne ne tenta de le critiquer et encore moins de remettre sa démarche en question alors que lui-même pensait que son oeuvre n'avait aucun avenir.
La fascination provoquée par Warhol et par l'imagerie qu'il a créée a finalement troublé le jugement des historiens d'art qui n'ont pas su faire la part des choses pour expliquer comment le dessinateur publicitaire pour la presse nommé Andrew Warhola avait pu atteindre le firmament sous le patronyme d'Andy Warhol adopté en 1952. A tout le moins, on aura compris que l'utilisation de la publicité aura complètement bouleversé l'art contemporain pour le transformer en supermarché réservé à des spéculateurs. Quand on saura qu'il ne toucha pas un pinceau entre 1965 et 1986, on pourra peut-être enfin mesurer son énorme imposture car il ne fut en fait qu'un génial concepteur qui se servit de la sérigraphie à profusion pour la faire passer pour de la peinture.
Chrétien fervent, il fut subjugué par les icônes religieuses au point de fabriquer celles qui devaient contribuer à sa gloire en faisant de stars de cinéma comme Liz Taylor ou Marilyn Monroe des madones du capitalisme dont il fut un des chantres. Il y a en fait un mystère Warhol à éclaircir, ne serait-ce déjà que pour démontrer que le système qu'il créa avait un rapport étroit avec le mécanisme financier qui a affolé la planète durant plus de deux décennies avant d'imploser brutalement en septembre 2008. En six mois, les valeurs financières et boursières se sont brutalement effondrées alors que la cote de Warhol a commencé à vaciller en reculant de 20% et en entraînant dans sa foulée la chute de celles de ses disciples Jeff Koons, Richard Prince et Damien Hirst. N'empêche, Warhol est à coup sûr un mythe qui restera vivace durant longtemps parce qu'il a été l'artisan d'une révolution incontestable dans le domaine de l'art contemporain toutefois exposé depuis 30 ans à toutes sortes de dérives causées en grande partie par cet extraordinaire trublion.
Le génie de Warhol fut d'être curieux de tout et de faire croire aussi qu'il était ingénu tout en cultivant un humour qui ravissait ses nombreux courtisans alors que sous ses dehors de provocateur se cachait un être angoissé qui accumulait chez lui toutes sortes d'objets entassés parfois jusqu'au plafond pour combler apparemment les manques de son enfance. Au final, le monde de l'art a été fasciné par Warhol qui fut lui-même vraisemblablement conscient de son imposture lorsque la nuit, retranché seul chez lui, il redevenait Andrew Warhola, l'obscur enfant pauvre de Pittsburgh mal fagoté dans son uniforme de star. Après tout, il n'était qu'un être humain sorti de nulle part, confronté au doute de ne pas être à sa place, comme le fut Marilyn et d'autres célébrités qui masquèrent sous les paillettes une profonde détresse.
Adrian Darmon