La reprise de l'activité du marché de l'art aura lieu le 15 septembre 2009 dans un climat plutôt morose suite à une baisse conséquente des chiffres d'affaires des grandes maisons de vente durant le premier semestre.
Pour la première fois depuis de nombreuses années, le C.A d'une maison comme Christie's a baissé de plus de 20% depuis janvier 2009, un signe qui ne trompe pas quant à la dégradation du marché de l'art confronté à la désertion de nombreux acheteurs victimes de la crise financière et boursière de septembre 2008.
Le nombre des invendus dans les ventes a dépassé les 60% alors que les lots adjugés n'ont atteint en général que les estimations basses. Premier secteur touché: l'art contemporain fréquenté en grande partie par des spéculateurs qui n'ont plus été en mesure de soutenir les prix sur le marché. Résultat: ceux-ci sont revenus au niveau de ceux de 2005.
Le secteur des tableaux anciens, mieux régulé depuis plusieurs décennies, a moins souffert de la crise mais les maisons de vente ont eu moins de pièces exceptionnelles à vendre, les propriétaires d'oeuvres rares ayant attendu des jours meilleurs pour s'en séparer.
Le domaine de l'Art Déco, très performant depuis l'an 2000, a été en recul et a été sauvé en grande partie par la vente de la prestigieuse collection Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent organisée par Christie's en février 2009 à Paris. Il va sans dire qu'il sera difficile d'avoir affaire affaire à un tel événement dans les mois ou les années à venir, ce qui laisse supposer qu'une relance dans ce secteur ne sera possible qu'après une reprise significative de l'économie mondiale.
Les arts asiatiques, boostés par le nombre de croissant de nouveaux millionnaires en Chine ou en Inde, ont eux aussi fini par connaître un coup de frein après une chute du PIB de ces pays.
Bref, l'activité dans pratiquement tous les secteurs a subi un net recul alors que le plus inquiétant a résidé dans la baisse des achats provenant des classes moyennes lesquelles ont été confrontées à une chute de leur pouvoir d'achat sans compter que la crise a provoqué des changements au niveau des mentalités, l'art étant devenu superflu pour des individus inquiets pour l'avenir et obligés désormais de faire des sacrifices pour joindre les deux bouts.
N'ayant pu écouler leurs stocks comme ils le faisaient déjà difficilement jusqu'en septembre 2008, les professionnels n'ont en outre pas eu suffisamment de moyens pour les renouveler, ce qui a déjà constitué un mauvais signe pour la rentrée. En outre, ils seraient les derniers à profiter d'une reprise économique au plan mondial car les acteurs du marché de l'art ont été poussés par la force des choses à faire preuve de plus de prudence et à réfléchir à deux fois avant d'être de nouveau pleinement actifs.
En conclusion, le marché de l'art est appelé à fonctionner au ralenti durant encore de longs mois et les professionnels qui auront eu le courage et la chance de survivre à la crise ne pourront espérer au mieux voir le bout du tunnel qu'à la fin de 2010. En attendant, ils devront faire le dos rond mais nombre d'entre eux auront malheureusement cessé leur activité lorsque la crise aura été surmontée pour de bon.
Adrian Darmon